LOPÉ : LE CAVALIER SEUL QUI FRAGILISE L’INCLUSIVITÉ DE L’UDB
Il y a des gestes qui, sous couvert de solidarité, finissent par poser une question politique. À Booué, dans la Lopé, le lycée Daniel-Kossé a été frappé par un incendie à quelques heures de la rentrée scolaire. Le ministère de l’Éducation nationale a pris des mesures d’urgence pour assurer la continuité pédagogique. Face à l’épreuve, l’idée d’une action commune des parlementaires de la Lopé avait été envisagée. L’objectif semblait pourtant simple : « faire bloc autour de l’établissement sinistré ». Une manière de dire que la solidarité n’a de sens que lorsqu’elle est partagée.
Mais c’est précisément là que le bât blesse. Lorsqu’une initiative collective est décidée au nom d’une même famille politique, le choix d’agir en solo ne peut pas être rangé dans la catégorie des détails. Non pas qu’un parlementaire doive renoncer à sa liberté d’initiative. Mais parce que l’action individuelle, dans un moment pareil, donne le sentiment d’un fonctionnement en « ordre dispersé ». Et ce sentiment, en politique, coûte cher.
L’Union démocratique des bâtisseurs ne peut pas l’ignorer. Dès sa création, la formation a été présentée comme reposant sur le triptyque « Inclusivité-Développement-Félicité ». Le président-fondateur, Brice Clotaire Oligui Nguema, avait lui-même érigé l’inclusivité en marqueur de la nouvelle formation. Un mot qui, s’il reste dans les discours, ne vaut rien. L’inclusivité doit se traduire dans les pratiques : concertation, coordination, complémentarité, respect des décisions collectives. Faute de quoi, elle devient un slogan de plus.
Alors, que penser de ce cavalier seul ? Qui l’accompagne ? Qui le valide ? Et surtout, quel message envoie-t-il aux militants et aux populations qui attendent des représentants de l’UDB qu’ils parlent et agissent d’une même voix lorsqu’il s’agit de l’intérêt général ? Ces questions méritent d’être posées sans procès d’intention, mais sans naïveté non plus. Le Sénateur de la Lopé dispose de ses prérogatives. Personne ne le conteste. Mais appartenir à un parti, c’est aussi accepter une responsabilité collective. Un parti ne peut pas durablement fonctionner si chacun de ses responsables évolue selon sa propre feuille de route, au risque de transformer la complémentarité en concurrence et la solidarité en juxtaposition d’initiatives.
Le sujet dépasse largement le seul lycée Daniel-Kossé. Il renvoie à une question plus profonde : quelle culture politique veut-on construire au sein de l’UDB ? Une culture où les élus additionnent leurs forces, coordonnent leurs initiatives et privilégient l’action collective ? Ou une culture dans laquelle chaque responsable peut décider seul, au risque de brouiller la lisibilité de l’action du parti ? À l’heure où l’UDB cherche à structurer ses méthodes et ses organes, la presse gabonaise a déjà relevé des interrogations sur le fonctionnement du parti et sur les prises de parole ou initiatives individuelles de certains responsables. Ce n’est pas un détail. C’est un signal.
L’enjeu n’est pas de condamner une personne. Il est de rappeler un principe : « l’inclusivité commence par la capacité à travailler ensemble ». À Booué, les élèves et la communauté éducative ont besoin de solidarité. Les parlementaires de la Lopé ont l’opportunité de transformer cette épreuve en démonstration d’unité. Car, en politique comme dans l’action publique, l’unité ne signifie pas que chacun renonce à son initiative. Elle signifie que les initiatives individuelles savent s’inscrire dans une démarche collective. C’est peut-être là, précisément, que se mesure concrètement la fidélité à l’esprit d’inclusivité revendiqué par l’UDB. Et à Boué, le cavalier seul n’a rien d’un acte anodin : il ressemble à un test. Un test que le parti serait bien inspiré de ne pas rater.
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- 604 words · 3 min read
- Published
- September 19, 2026
- Byline
- Jimmy MANDOUKOU
- Source
- Gabon Infos