Il dénonce l’importation du conflit, mais place israël au cœur de son combat en France
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À force de vouloir parler d’Israël, pour Israël et au nom d’Israël, le CRIF finit par soulever une question embarrassante : que reste-t-il exactement de sa vocation française ? Son président, Yonathan Arfi, a au moins le mérite de la franchise. « Nous aimons Israël, nous soutenons Israël », proclame-t-il, avant d’ajouter que le CRIF aurait vocation à faire entendre dans la société française « les aspirations profondes d’Israël». Voilà qui est clair.
Le Conseil représentatif des institutions juives de France semble désormais revendiquer une seconde fonction : celle de porte-voix d’Israël en France.
« Nous aimons Israël, nous soutenons Israël »
Il y a des déclarations qui dispensent presque leurs adversaires de commentaires. Invité du podcast Un jour, une histoire, produit par Studio Qualita, Yonathan Arfi déclare : « Nous devons avoir une relation décomplexée avec Israël : nous aimons Israël, nous soutenons Israël, nous avons vocation à faire entendre la complexité des aspirations profondes d’Israël dans la société française. » Tout est là.
On connaissait les ambassades, les consulats, les services diplomatiques chargés de défendre les intérêts d’un État à l’étranger. Il faudra désormais ajouter une catégorie : l’organisation communautaire française qui se donne pour « vocation » de faire entendre les « aspirations profondes » d’un autre État dans la société française. La formulation est d’autant plus saisissante qu’elle vient de son président. Personne ne lui arrache cet aveu. Personne ne lui tend un piège. Personne ne l’accuse. Il revendique. « Nous aimons Israël. » Fort bien. « Nous soutenons Israël. » C’est déjà plus politique. Mais surtout : « nous avons vocation à faire entendre […] les aspirations profondes d’Israël dans la société française ». À ce niveau-là, on ne parle plus seulement d’affection. On décrit une fonction.
CRIF ou CRIIF ?
Il faut peut-être rappeler une banalité devenue apparemment nécessaire. CRIF signifie Conseil représentatif des institutions juives de France. Pas Conseil représentatif des institutions israéliennes de France (CRIIF) . Pas Conseil pour la promotion d’Israël en France. Pas annexe parisienne de la diplomatie israélienne de France. Le détail a son importance. Le CRIF est censé fédérer des institutions juives françaises, défendre leurs intérêts légitimes, combattre l’antisémitisme et intervenir auprès des pouvoirs publics français. Personne ne conteste cette mission. Mais depuis quand les « aspirations profondes d’Israël » font-elles partie des intérêts institutionnels des citoyens français juifs ? Israël dispose pourtant de tout l’équipement nécessaire pour faire connaître ses aspirations : un gouvernement, un ministère des Affaires étrangères, des diplomates, une ambassade à Paris, des services de communication et des représentants officiels. L’État israélien n’est donc pas précisément condamné au silence. Pourquoi faut-il encore que le CRIF se donne pour mission de porter sa parole au cœur de la société française ?
Mais qui est ce « nous » ?
La petite phrase de Yonathan Arfi contient surtout un mot considérable : « nous ». « Nous aimons Israël. » « Nous soutenons Israël. » Qui est « nous » ? Yonathan Arfi et les dirigeants du CRIF ? Aucun problème : ils ont parfaitement le droit d’aimer le pays de leur choix. Les organisations adhérentes du CRIF ? Qu’elles le disent. Mais si ce « nous » prétend englober les Juifs de France, alors le problème change entièrement de nature. Car les Juifs français ne forment pas un bataillon politique marchant au pas derrière le gouvernement israélien ni le derrière le CRIF. Certains sont sionistes, d’autres antisionistes. Certains soutiennent Israël tout en combattant son gouvernement. D’autres ne s’intéressent presque pas à Israël. Certains sont pratiquants, d’autres athées. Certains votent à droite, d’autres à gauche, d’autres encore ne votent pas. Bref, ils ressemblent à ce qu’ils sont : des citoyens français, et non les membres d’une représentation diplomatique étrangère. C’est précisément cette pluralité que le « nous soutenons Israël » tend à écraser.
Le CRIF fabrique l’amalgame qu’il dénonce
Et voici que surgit une contradiction autrement plus embarrassante. Depuis des décennies, on explique, à juste titre, qu’il ne faut jamais confondre les Juifs avec Israël.
On répète qu’un Français juif n’est pas responsable de ce que décide le gouvernement israélien. On rappelle que demander à un citoyen juif français de se désolidariser d’Israël à chaque bombardement ou à chaque décision de son gouvernement revient à lui imposer une responsabilité collective qu’on n’exigerait pas des autres citoyens. Tout cela est parfaitement juste. Mais voilà que l’organisation qui prétend représenter les institutions juives françaises proclame elle-même : « Nous aimons Israël, nous soutenons Israël. » Cherchez l’incohérence. D’un côté : surtout, ne confondez pas les Juifs de France avec Israël. De l’autre : le président de leur principale organisation représentative institutionnelle explique que celle-ci a vocation à faire entendre les aspirations israéliennes en France. Comment dénoncer un amalgame tout en alimentant soi-même la confusion qui le rend possible ? Le CRIF devrait être le premier à dresser une muraille entre deux réalités radicalement différentes : la protection des Français juifs contre l’antisémitisme et la défense politique de l’État d’Israël. Il contribue au contraire à les imbriquer.
Le CRIF importe le conflit qu’il prétend tenir à distance
Mais la contradiction la plus spectaculaire du CRIF est ailleurs.
Yonathan Arfi ne cesse de dénoncer l’« importation du conflit israélo-palestinien en France ». Et il a raison sur un point essentiel : ce conflit ne devrait jamais transformer les Français juifs en substituts des Israéliens, pas davantage que les Français musulmans ne devraient être transformés en substituts des Palestiniens. Seulement voilà : qui contribue précisément à importer ce conflit en France lorsqu’il proclame que les institutions juives françaises « soutiennent Israël », un État génocidaire, et qu’elles ont vocation à faire entendre dans la société française les « aspirations profondes d’Israël » ? Le CRIF dénonce l’incendie tout en transportant lui-même une partie des braises. Car on ne peut pas tenir simultanément deux discours contradictoires.
(A suivre…)
Khider Mesloub
On ne peut pas dire : « N’associez surtout pas les Juifs de France à Israël », puis proclamer au nom de leurs institutions : « Nous aimons Israël, nous soutenons Israël. » On ne peut pas demander que le conflit israélo-palestinien reste à plusieurs milliers de kilomètres de Paris et transformer chaque dîner du CRIF en tribune consacrée à la politique israélienne, au sionisme, à la diplomatie française au Proche-Orient et aux votes de la France dans les institutions internationales. On ne peut pas dénoncer l’assignation des Français juifs à Israël tout en arrimant constamment leur représentation institutionnelle à Israël, État suprémaciste condamné pour crimes contre l’humanité. C’est pourtant exactement ce que fait le CRIF. Et cette politique peut produire des conséquences que ses dirigeants refusent manifestement d’interroger.
Qui expose les français juifs à l’amalgame ?
Soyons extrêmement clairs : les seuls responsables de l’antisémitisme sont ceux qui commettent ou propagent des actes et discours antisémites. Aucune déclaration du CRIF ne saurait excuser l’agression d’un Juif, la profanation d’une synagogue, une insulte antisémite ou quelque discrimination que ce soit. Mais cette évidence morale n’interdit nullement d’examiner les conséquences politiques d’une stratégie institutionnelle. Car si le CRIF veut réellement combattre l’assignation des Juifs de France au conflit israélo-palestinien, sa première responsabilité devrait être de proclamer :
Les Juifs de France ne sont pas Israël. Les Juifs de France ne sont pas le gouvernement israélien. Les Juifs de France ne sont pas Tsahal. Les Juifs de France n’ont pas à répondre des bombardements de Gaza, de la colonisation en Cisjordanie ou des décisions de Benyamin Netanyahou. Et pour mieux marquer la rupture avec Israël : Les juifs de France condamnent la guerre de Gaza et les massacres des Palestiniens. Voilà ce que devrait marteler une institution soucieuse de protéger les citoyens juifs français de l’amalgame. Or que fait son président ? Il proclame : « Nous aimons Israël, nous soutenons Israël », au moment même où cet État colonial mène à Gaza une guerre qualifiée de génocidaire par de nombreuses organisations et experts internationaux. Un tel soutien place nécessairement le CRIF dans le débat politique sur Israël et expose ses positions, comme celles de toute organisation politique, à la critique.
Et après avoir institutionnellement soudé le « nous » juif français à l’État israélien génocidaire, le CRIF s’indigne que certains renvoient ensuite les Juifs français à Israël. Étrange méthode pour combattre un amalgame que de contribuer soi-même à en construire les termes.
Le CRIF devrait désisraéliser la question juive en France
C’est précisément ici que le CRIF manque à ce qui devrait être l’une de ses fonctions historiques essentielles. Sa mission devrait consister à désisraéliser la condition des Juifs français.
À rappeler inlassablement qu’un Français juif n’est pas un Israélien vivant provisoirement à Paris, Marseille, Lyon ou Strasbourg. Qu’il n’est pas le représentant local d’un État situé au Proche-Orient. Qu’il n’est pas responsable de la politique d’Israël. Qu’il n’a pas à répondre de Netanyahou qu’un Français d’origine algérienne n’a à répondre du gouvernement algérien. Mais le CRIF emprunte précisément le chemin inverse. Il israélise politiquement la représentation des Juifs de France. Israël devient omniprésent. Israël dans les discours. Israël dans les communiqués. Israël dans les dîners. Israël dans les interventions médiatiques. Israël dans les controverses avec les partis français. Israël dans les critiques adressées à la diplomatie française. Israël jusque dans la définition de ce que devraient penser les institutions juives françaises de la guerre de Gaza. Et après avoir installé Israël au centre de la représentation politique des Juifs français, on s’étonne que le conflit israélo-palestinien traverse la Méditerranée, nourrisse les amalgames et fournisse aux antisémites un prétexte supplémentaire pour prendre les Juifs de France à partie.
Le pompier et le bidon d’essence
La contradiction devient presque caricaturale lorsqu’on relit une déclaration de Yonathan Arfi lui-même. En 2023, il mettait en garde contre ceux qui, selon lui, « importent le conflit israélo-palestinien en France », ajoutant qu’une telle importation revenait à mettre « de l’huile sur le feu de l’antisémitisme ». Formidable formule. Encore faudrait-il se l’appliquer. Car lorsqu’une organisation française affirme avoir vocation à faire entendre dans la société française les « aspirations profondes d’Israël », que fait-elle sinon introduire Israël au cœur du débat politique français ? Lorsque son président proclame publiquement que « la cause d’Israël est juste » dans la guerre, parle-t-il encore seulement au nom de la protection des Français juifs ? Non. Il prend position dans une guerre étrangère. Mais qu’il ne prétende pas ensuite que seuls ses adversaires importent ce conflit en France. Le CRIF ne peut pas être simultanément le douanier qui dénonce l’importation du conflit et le transporteur qui le fait entrer.
Une politique dangereuse pour ceux qu’elle prétend défendre
Voilà finalement le paradoxe le plus cruel. À force d’identifier institutionnellement la défense des Juifs de France à la défense d’Israël, le CRIF risque d’exposer davantage les premiers aux contrecoups des actes du second. Non parce que les Juifs seraient responsables d’Israël. Ils ne le sont évidemment pas.
Mais précisément parce que leurs représentants institutionnels devraient consacrer toute leur énergie à empêcher cette assimilation. Au lieu de cela, le CRIF entretient une proximité politique revendiquée avec Israël, puis découvre avec effroi que des antisémites utilisent Israël pour s’en prendre aux Juifs de France. Il combat donc les conséquences d’une confusion qu’il contribue, sur un autre terrain, à entretenir. La meilleure protection des Français juifs ne consiste pourtant pas à transformer le CRIF en défenseur d’Israël. Elle consiste à proclamer leur autonomie politique absolue à l’égard d’Israël. Un Juif français n’a pas à soutenir Israël. Il est citoyen français, point. Voilà le principe républicain que devrait défendre le CRIF. Au lieu de quoi son président proclame : « Nous aimons Israël, nous soutenons Israël. » Puis il demande qu’on cesse d’associer les Juifs de France à Israël. À vouloir être le bouclier d’Israël en France, le CRIF risque ainsi d’affaiblir le bouclier qu’il devrait prioritairement dresser autour des Français juifs.
Et c’est peut-être là le plus grand paradoxe de sa stratégie : prétendre combattre l’importation du conflit israélo-palestinien en France tout en ayant fait d’Israël une composante centrale de son propre combat politique français.
Quand Israël est critiqué, le CRIF monte au créneau
Cette confusion n’est pas seulement rhétorique. Elle se manifeste chaque fois qu’Israël devient l’objet d’une grande controverse politique française. Depuis le 7 octobre 2023 et la guerre génocidaire de Gaza, le CRIF n’est pas resté cantonné à ce qui devrait constituer son terrain naturel : la lutte contre les actes antisémites commis en France et la protection des citoyens français qui en sont victimes. Il intervient constamment sur Israël, Gaza, le Hamas, le sionisme, l’antisionisme, les positions diplomatiques françaises et les accusations visant l’armée israélienne de crimes contre l’humanité. Autrement dit, le CRIF ne parle plus des Juifs de France. Il parle d’Israël en France. La nuance est considérable. Et lorsque la politique israélienne est violemment contestée, le dispositif devient particulièrement commode : une critique visant un État peut alors se retrouver aspirée dans une controverse concernant l’antisémitisme. Or il faut tenir fermement les deux bouts de la chaîne. Israël ne bénéficie pas pour autant d’une immunité politique. Critiquer Israël n’est pas critiquer « les Juifs ». Dénoncer un gouvernement israélien génocidaire n’est pas s’en prendre au judaïsme. Accuser l’armée israélienne de crimes contre l’humanité n’est pas accuser les Juifs français. À moins, précisément, de décider de fusionner toutes ces réalités.
Le paradoxe : israëliser les Juifs de France
Il y a même quelque chose de profondément paradoxal dans cette évolution. Les Juifs vivent en France depuis des siècles. Ils appartiennent pleinement à l’histoire française. Ils n’ont aucune justification particulière à fournir concernant leur appartenance nationale. Pourquoi donc les rattacher institutionnellement, encore et toujours, à Israël ? Pourquoi faire de cet État colonial et suprémaciste le prolongement presque naturel de leur identité ? Pourquoi un citoyen français juif devrait-il avoir davantage de relation politique avec Israël qu’un autre citoyen français ? C’est précisément cette logique communautariste qu’il faut combattre. Or le discours du CRIF tend à faire exactement l’inverse : israéliser symboliquement les Juifs de France. Le résultat est étrange. On demande à la société française de ne jamais associer automatiquement les Juifs à Israël – exigence parfaitement légitime – tout en faisant d’Israël un élément central du discours de l’organisation représentant leurs institutions. Le pompier se présente avec son extincteur dans une main et le bidon d’essence dans l’autre.
Le dîner du CRIF : quand la République vient à table
Cette ambiguïté serait moins importante si le CRIF n’était qu’une association parmi des milliers. Mais chacun connaît la place singulière qu’il occupe dans la vie politique française.
Chaque année, son dîner rassemble ministres, parlementaires, responsables de partis et personnalités médiatiques. Présidents de la République et Premiers ministres s’y succèdent. Les déclarations qui y sont prononcées sont commentées comme celles d’un rendez-vous presque institutionnel de la République.
Voilà donc une organisation privée bénéficiant d’un accès exceptionnel au sommet de l’État français et dont le président explique parallèlement qu’elle a vocation à faire entendre dans la société française les « aspirations profondes d’Israël ».
Il n’est nul besoin d’inventer une quelconque conspiration.
Les faits publics suffisent. Et c’est précisément parce qu’il faut rejeter les fantasmes antisémites sur une prétendue puissance juive occulte qu’il faut pouvoir examiner froidement une influence politique parfaitement visible, revendiquée et institutionnalisée. Le CRIF rencontre les gouvernants. Le CRIF intervient dans le débat politique français. Le CRIF organise un dîner auquel le pouvoir français se presse. Le CRIF soutient Israël. Son président affirme vouloir faire entendre les aspirations d’Israël dans la société française. Pourquoi serait-il interdit de mettre ces éléments bout à bout ?
Quand la diplomatie israélienne peut compter sur des amis
Il faut surtout mesurer l’étrangeté de la situation. Imagine-t-on le Conseil français du culte musulman déclarer : « Nous aimons l’Algérie, nous soutenons l’Algérie et nous avons vocation à faire entendre les aspirations profondes de l’Algérie dans la société française » ? La réaction médiatique serait instanta ée.On parlerait d’entrisme. On demanderait où va la loyauté.
On convoquerait la République, la laïcité, l’influence étrangère et probablement quelques plateaux télévisés en urgence.
Imagine-t-on une organisation française représentant des citoyens d’origine turque annoncer qu’elle a vocation à faire entendre « les aspirations profondes de la Turquie » en France ? On prononcerait immédiatement le nom d’Erdoğan. Pourquoi ce qui paraîtrait problématique concernant Ankara, Alger ou Moscou deviendrait-il soudain naturel lorsqu’il s’agit de Tel-Aviv ou de Jérusalem ? Il ne devrait exister aucun privilège dans l’examen des influences étrangères. Même règle pour tout le monde.
Le CRIF n’est pas les Juifs de France
Et c’est ici qu’une clarification devient indispensable. Critiquer le CRIF n’est pas critiquer les Juifs. Cette évidence devrait presque être inscrite au fronton de chaque débat consacré à l’organisation. Le CRIF est une structure politique et institutionnelle. Ses dirigeants prennent des positions. Ces positions sont donc discutables. L’arrimage revendiqué du CRIF à Israël autorise pleinement les antisionistes de France à combattre politiquement cette institution et les orientations défendues par son président, Yonathan Arfi. Critiquer le CRIF pour son soutien à Israël ne revient pas à combattre les Juifs de France : c’est contester une organisation et une ligne politique qu’elle revendique publiquement. Les Juifs de France, eux, constituent une population diverse qui n’a signé aucun contrat obligeant chacun de ses membres à approuver Yonathan Arfi.
Refuser cette distinction reviendrait précisément à ethniciser le débat, communautariser les Français de confession juive. On peut combattre sans réserve l’antisémitisme et critiquer sévèrement le CRIF et Israël. On peut défendre la sécurité des citoyens juifs français et dénoncer la politique coloniale israélienne. On peut respecter le judaïsme, combattre l’antisémitisme et soumettre le sionisme à une critique politique radicale, y compris dans sa dimension coloniale et génocidaire, sans que cette critique vise les Juifs en tant que tels.
De « Juifs de France » à « Israël en France »
Yonathan Arfi mérite donc d’être pris au sérieux. Lorsqu’il dit « nous aimons Israël », croyons-le. Lorsqu’il dit « nous soutenons Israël », croyons-le encore. Et lorsqu’il affirme que le CRIF a vocation à faire entendre les « aspirations profondes d’Israël dans la société française », cessons de faire semblant de ne pas comprendre ce que signifie la phrase. Elle décrit un déplacement. D’une organisation chargée de représenter des institutions juives françaises vers une organisation assumant explicitement une fonction de soutien politique à Israël dans l’espace public français. Le problème n’est pas qu’elle le fasse clandestinement. Le plus remarquable est qu’elle le revendique ouvertement.
La société française possède le droit de demander pourquoi une organisation française prétendant représenter des institutions françaises se donne pour mission de faire entendre les aspirations d’un État étranger : Israël. Et surtout, les Juifs de France ont le droit de ne pas être enfermés dans cette équation sioniste. Car ils ne sont ni les ambassadeurs d’Israël, ni ses représentants, ni les comptables de ses guerres. Ils sont des citoyens français. À vouloir constamment arrimer leur représentation institutionnelle à Israël, le CRIF risque finalement de produire lui-même ce qu’il prétend combattre : l’idée que, derrière chaque Juif français, se profilerait Israël. Et, ce faisant, d’offrir à l’antisémitisme précisément l’amalgame dont il se nourrit.
Khider Mesloub
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- Published
- September 19, 2026
- Byline
- Rédaction LNR