Plus de 141 000 hectares partis en fumée : Le lourd tribut des incendies
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Plus de 141 000 hectares de couvert végétal touchés, près de 200 feux en une seule journée et des milliers d’hectares de cultures partis en fumée. La saison 2026 aura placé les incendies de forêt au cœur de l’été, mobilisant sans relâche les équipes de la Protection civile face à une succession de foyers qui ont mis à rude épreuve le dispositif national.
Selon le bilan provisoire présenté, ce mercredi, sur les ondes de la Radio algérienne par le lieutenant-colonel Nassim Bernaoui, sous-directeur de l’information et de la sensibilisation à la Direction générale de la Protection civile, 1 166 feux de forêt, 378 feux de maquis et 1 050 incendies ayant touché les broussailles, les herbes sèches, l’alfa et les cultures montagneuses ont été enregistrés.
Dans le détail, plus de 43 000 hectares de forêts et plus de 46 000 hectares de maquis ont été touchés. Les broussailles et les herbes sèches représentent environ 38 000 hectares, tandis que plus de 13 000 hectares d’alfa et de cultures montagneuses ont également été affectés, a précisé le responsable dans une intervention à la Radio algérienne.
A ce bilan s’ajoutent les dégâts enregistrés dans les terres agricoles. M. Bernaoui évoque près de 2 000 incendies de cultures de blé et d’orge, qui ont détruit plus de 4 000 hectares de blé et plus de 2 000 hectares d’orge, auxquels s’ajoutent quelque 668 000 bottes de foin et plus de 131 000 arbres fruitiers. Le chiffre concernant les palmiers, avancé dans la transcription de l’entretien, nécessite en revanche une vérification de l’enregistrement avant publication, les sources disponibles faisant état de plus de 70 000 palmiers touchés.
Ces chiffres prennent une autre dimension lorsqu’ils sont rapportés à l’intensité des épisodes enregistrés au cours de l’été. Le lieutenant-colonel Bernaoui rappelle que la Protection civile a dû faire face à des pics de près de deux cents incendies en une seule journée. Le 22 juillet, 195 incendies ont été enregistrés en 24 heures à travers plusieurs wilayas, dont 142 ont été éteints au moment du bilan. Un autre pic a été enregistré à la fin du mois d’août, avec 193 incendies déclarés en 24 heures, dont 147 ont été éteints au matin du 27 août.
Pour M. Bernaoui, la saison 2026 présente ainsi un caractère particulier par l’ampleur des incendies, mais aussi par les conditions dans lesquelles les équipes ont dû intervenir. Il évoque une période de chaleur exceptionnelle en juillet, qui s’est prolongée sur plus de vingt jours, avant un nouvel épisode particulièrement difficile à la fin du mois d’août.
Face à cette succession de feux, le responsable de la Protection civile défend une évolution du dispositif. Pour lui, les incendies de forêt ne peuvent plus être appréhendés comme un phénomène limité aux quelques semaines les plus chaudes de l’année.
Le feu de forêt figure parmi les risques majeurs auxquels le pays est exposé. Sa saisonnalité n’empêche pas la préparation de s’étaler sur plusieurs mois. Prévention, formation, préparation des effectifs, analyse des risques, entretien des équipements et organisation des renforts doivent, selon lui, précéder la période estivale. « Le travail préventif est très important », explique en substance M. Bernaoui, pour qui l’objectif n’est pas seulement de gagner la course contre les flammes, mais surtout de réduire le nombre de départs de feu et l’ampleur des dégâts lorsqu’ils surviennent.
Cette approche rejoint les orientations arrêtées lors du Conseil des ministres du 20 septembre, qui a demandé de renforcer la formation continue des agents de la Protection civile, de moderniser les équipements et d’accroître progressivement les capacités aériennes consacrées à la lutte contre les incendies.
La prévention avant l’intervention
La saison écoulée a conduit la Protection civile à mettre en place un nouveau protocole consacré aux incendies de forêt. M. Bernaoui explique que celui-ci repose notamment sur le renforcement de la formation des personnels, le recyclage des connaissances et la multiplication des exercices théoriques et pratiques.
La préparation concerne également les cadres appelés à diriger les opérations. L’objectif est de disposer, avant le déclenchement des feux, de personnels familiarisés avec les différents scénarios d’intervention et capables d’adapter rapidement les moyens engagés.
Le dispositif prévoit aussi une meilleure répartition des ressources sur le territoire. Les unités opérationnelles, les colonnes mobiles et les détachements de soutien régionaux peuvent être mobilisés en fonction de l’évolution du risque, avec des renforts pouvant être déplacés d’une région à l’autre.
L’expérience de juillet et d’août a, selon M. Bernaoui, montré l’importance de cette organisation. Lorsque plusieurs wilayas sont touchées simultanément, la capacité à renforcer rapidement une zone en difficulté devient déterminante.
Les régions du Centre-Est et de l’Est ont concentré une partie importante des difficultés rencontrées durant la saison. M. Bernaoui l’explique notamment par l’importance du couvert forestier, mais aussi par la présence d’habitations, de villages et de hameaux à l’intérieur ou à proximité des massifs.
Cette configuration complique considérablement les opérations. Les équipes doivent simultanément contenir les flammes, protéger les populations et empêcher la propagation du feu vers les habitations.
La mobilisation a ainsi dépassé le seul cadre de la Protection civile. Les services forestiers, l’Armée nationale populaire, les services de sécurité, les autorités locales et les citoyens ont participé aux opérations. M. Bernaoui souligne particulièrement la coordination avec les services des forêts, qui jouent un rôle essentiel dans le dispositif de lutte contre les incendies.
Le défi des moyens aériens
L’autre enseignement tiré de cette saison concerne les moyens aériens. M. Bernaoui souligne que leur mobilisation ne se résume pas à la disponibilité des appareils. Elle suppose également des équipages formés à des missions spécifiques et une coordination étroite avec les équipes au sol.
Il distingue les hélicoptères, les petits avions et les appareils de grande capacité, lesquels ne répondent pas aux mêmes besoins opérationnels. Les conditions météorologiques et la visibilité peuvent également limiter les interventions aériennes, notamment en présence de fumées épaisses ou de températures très élevées.
Le responsable évoque à ce propos la formation des personnels appelés à piloter les appareils spécialisés dans la lutte contre les incendies. Il met en avant la coopération avec les institutions de l’Etat, notamment l’ANP, pour assurer la formation nécessaire.
Le Conseil des ministres a également retenu le renforcement progressif des moyens aériens de lutte contre les incendies, ainsi que la création de points et semi-centres de surveillance dans les zones à forte densité forestière, en coordination avec les secteurs concernés.
En plus des moyens, M. Bernaoui pose une question d’organisation. Les agents de la Protection civile sont sollicités dans une multitude de situations, des accidents de la circulation aux secours médicaux, en passant par les incendies urbains et les risques majeurs.
Dans ce contexte, il estime que la réflexion sur la spécialisation des équipes de lutte contre les grands feux doit se poursuivre. Il évoque même l’hypothèse, à titre de réflexion, de mettre en place une force spécifiquement dédiée aux incendies de forêt, s’inspirant de dispositifs existant dans d’autres pays.
Il rappelle toutefois que le modèle algérien repose sur la complémentarité entre la Protection civile, les services forestiers et les autres acteurs mobilisables dans le cadre des plans de secours. Lorsque les capacités locales sont dépassées, des moyens supplémentaires peuvent être engagés à l’échelle régionale ou nationale.
Une réforme à la hauteur des nouveaux risques
Pour M. Bernaoui, l’évolution du risque incendie doit également se traduire dans le cadre réglementaire qui régit la Protection civile. Les conditions d’intervention observées cet été ont renforcé la nécessité d’adapter le statut particulier des personnels, l’organisation du corps, la formation, les effectifs, les équipements et le régime indemnitaire.
La réforme annoncée au niveau institutionnel s’inscrit dans cette perspective. Le Conseil des ministres a demandé une révision du statut particulier des personnels de la Protection civile ainsi qu’une revalorisation globale des salaires et des indemnités, en tenant compte des contraintes liées aux missions exercées sur le terrain.
Pour le sous-directeur de l’information de la Protection civile, cette évolution constitue aussi une reconnaissance du travail accompli par les agents durant une saison où les interventions ont été particulièrement nombreuses et difficiles.
La saison 2026 aura donc laissé un enseignement majeur aux yeux de M. Bernaoui. Avec plus de 141 000 hectares touchés selon le bilan provisoire qu’il a présenté, des pics de près de deux cents incendies en 24 heures et des dégâts importants aux cultures et aux espaces forestiers, la lutte contre les feux de forêt appelle désormais une préparation continue.
La réponse ne peut plus se limiter à l’arrivée rapide des secours une fois les flammes déclarées. Elle commence dans la surveillance, la prévention, la formation, l’anticipation et la capacité à mobiliser les moyens avant que le feu ne prenne de l’ampleur.
C’est tout le sens du nouveau dispositif défendu par M. Bernaoui. Une Protection civile capable d’intervenir vite, mais surtout de se préparer plus tôt, de mieux répartir ses moyens et d’anticiper un risque que les conditions climatiques rendent de plus en plus difficile à contenir.
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- 1,505 words · 8 min read
- Published
- September 23, 2026
- Byline
- Mounia Boudj
- Source
- Le Jeune Indépendant