Lutte contre le cancer en Guinée : « le dépistage permet de sauver des vies », Pr Bangaly Traoré
Le cancer reste un véritable problème de santé publique en Guinée. Chaque année, cette maladie touche de nombreuses personnes et entraîne des milliers de décès. Pourtant, un dépistage précoce et une prise en charge adaptée peuvent améliorer les chances de guérison et réduire les conséquences de la maladie. Quels sont les principaux signes du cancer ? Comment prévenir cette maladie et quelle est la situation actuelle en Guinée ? Pour répondre à ces questions, le reporter de Guineematin.com est allé à la rencontre du Pr Bangaly Traoré, médecin-chef du service de cancérologie de l’hôpital Donka.
Au cours de cet entretien, le médecin-chef du service de cancérologie de l’hôpital Donka a fait le point sur la situation du cancer en Guinée.
« Le cancer est aujourd’hui un problème majeur de santé publique dans notre pays. Depuis 2024, on dénombre plus de 11 000 nouveaux cas par an, avec près de 8 000 décès. Certains cancers connaissent une augmentation très rapide, notamment le cancer du sein, tandis que l’incidence d’autres cancers diminue. C’est le cas du cancer du col de l’utérus. Grâce aux efforts du gouvernement dans le domaine du dépistage, malgré l’absence de vaccination, le nombre de nouveaux cas est passé de 55 à 34 pour 100 000 habitants. En revanche, malgré les efforts de sensibilisation, le nombre de nouveaux cas de cancer du sein a augmenté, passant de 15 à 44, voire à plus de 50 nouveaux cas par an », a-t-il dit.
Le cancer reste un problème majeur de santé publique en Guinée. Alors que les cas de cancer du col de l’utérus sont en baisse, ceux du cancer du sein continuent d’augmenter. Face à cette situation, le Pr Bangaly Traoré rappelle que la prévention joue un rôle important dans la lutte contre cette maladie.
« La prévention primaire consiste à éviter ou à réduire l’exposition aux facteurs de risque. Je citerai simplement les principaux : la vaccination contre le virus du papillome humain (VPH) pour prévenir le cancer du col de l’utérus et la vaccination contre l’hépatite B pour prévenir le cancer du foie. Il faut également lutter contre le tabagisme et la consommation d’alcool, qui favorisent plusieurs types de cancers. À cela s’ajoutent une alimentation saine, riche en fruits et légumes, pauvre en graisses et en viande, ainsi que la pratique régulière d’activités physiques. Lorsque ces mesures sont appliquées, la lutte contre ces facteurs de risque peut permettre d’éviter près de 30 à 33 % de l’ensemble des cancers. Il existe également une prévention tertiaire, qui consiste à assurer une prise en charge adaptée des malades et à favoriser leur réinsertion socioprofessionnelle et familiale », a-t-il souligné.
Selon le Pr Bangaly Traoré, les signes du cancer varient selon l’organe touché. Lors de cet entretien, il a insisté sur l’importance de reconnaître les signes inhabituels et de se faire dépister tôt pour augmenter les chances de guérison.
« Les signes du cancer varient selon l’organe touché. Dans le cas du cancer du sein, environ 85 % des premiers signes se manifestent par la présence d’une boule ou d’un nodule au niveau du sein. Quant au cancer du col de l’utérus, l’un des premiers signes peut être un saignement anormal, survenant en dehors des règles. Chez les femmes ménopausées, un saignement anormal peut notamment évoquer un cancer de l’endomètre. La lutte contre la maladie passe également par la prévention secondaire, notamment le dépistage. Celui-ci consiste à rechercher une lésion précancéreuse ou un cancer à un stade précoce, avant même l’apparition des symptômes. Il concerne donc des personnes qui semblent être en bonne santé. Le dépistage permet de détecter la maladie à temps et de proposer un traitement adapté, efficace et de qualité. Toutefois, il faut préciser que les signes cités ne sont pas systématiquement synonymes d’un cancer du sein ou du col de l’utérus. Ils doivent conduire à consulter un professionnel de santé afin d’en déterminer la cause. Le dépistage est particulièrement important chez les femmes, notamment celles en âge de procréer », a-t-il exprimé.
Pour le Pr Bangaly Traoré, le cancer ne présente pas toujours des signes visibles. Certains symptômes peuvent être liés à d’autres maladies. Il est donc important de consulter un professionnel de santé et de se faire dépister, même en l’absence de symptômes.
Pr Bangaly Traoré, médecin-chef du service de cancérologie de l’hôpital Donka
« La présence d’une boule peut être liée à d’autres causes, comme des tumeurs bénignes ou des inflammations. Un saignement anormal, en dehors des règles, peut également être causé par un fibrome, un traumatisme ou une infection de l’appareil génital féminin. Il faut donc se rendre dans le centre de santé le plus proche, où des professionnels de santé qualifiés pourront procéder à un examen et orienter la patiente si nécessaire. Cependant, il est possible d’avoir un cancer sans présenter ces signes. D’où l’importance de se soumettre au dépistage. Il existe des moyens et des méthodes de dépistage dans les centres de santé et les hôpitaux qui permettent de détecter la maladie, même en l’absence de symptômes », a-t-il souligné.
Selon le Pr Bangaly Traoré, le gouvernement a mis en place près de 76 sites de dépistage du cancer à travers le pays. Il prévoit d’en installer davantage pour renforcer la lutte contre cette maladie.
« Ces sites sont disponibles à Conakry et à l’intérieur du pays, notamment dans les hôpitaux régionaux, les hôpitaux préfectoraux, certains centres de santé urbains et des centres de santé ruraux. Je vous invite donc à vous informer et à vous rendre dans les structures de santé pour bénéficier du dépistage des lésions précancéreuses du col de l’utérus, ainsi que d’un examen clinique des seins. Il est donc important de demander au prestataire de santé toutes les informations nécessaires sur les étapes suivantes et les possibilités de traitement avant de se soumettre au dépistage. Le dépistage sauve réellement des vies. Je vous invite donc à participer aux différents programmes de dépistage », a-t-il exprimé.
Pour conclure, le Pr Bangaly Traoré a invité les citoyens à se faire dépister. Selon lui, le dépistage permet de sauver des vies.
« Le message que je voudrais faire passer, c’est que la maladie existe et qu’elle peut être découverte même en l’absence de symptômes. D’où la nécessité de se rendre dans les structures de santé pour se faire dépister. Le dépistage permet de sauver des vies. Il peut même prévenir certains cancers, notamment le cancer du col de l’utérus, grâce à la détection et au traitement des lésions précancéreuses. Dans le cas du cancer du sein, il permet également de proposer un traitement plus efficace et moins coûteux lorsque la maladie est détectée tôt. Un diagnostic précoce peut aussi permettre d’éviter l’ablation du sein dans certains cas », a-t-il souligné.
Moussa Konaté pour Guineematin.com
Tél. : (+224) 621 01 68 09
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- October 10, 2026
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