PORTRAIT CROISÉ IB. FALL ET MARY G. Des vies enfermées dans le silence et les tabous
PORTRAIT CROISÉ IB. FALL ET MARY G. Des vies enfermées dans le silence et les tabous Lui tait des brûlures apparues après un rapport sexuel. Elle cache une grossesse de trois mois. Venus chercher du travail dans la Langue de Barbarie, Ib. Fall et Mary G. repoussent les soins, entre précarité, manque d’information et peur du jugement. Au quai de pêche de Diamalaye, une question sur sa vie sexuelle suffit à faire hésiter Ib. Fall. Il pousse un petit cri de surprise, puis se couvre la bouche avec u

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PORTRAIT CROISÉ IB. FALL ET MARY G.
Des vies enfermées dans le silence et les tabous
Lui tait des brûlures apparues après un rapport sexuel. Elle cache une grossesse de trois mois. Venus chercher du travail dans la Langue de Barbarie, Ib. Fall et Mary G. repoussent les soins, entre précarité, manque d’information et peur du jugement.
Au quai de pêche de Diamalaye, une question sur sa vie sexuelle suffit à faire hésiter Ib. Fall. Il pousse un petit cri de surprise, puis se couvre la bouche avec un pan de son écharpe. À Santhiaba, devant une concession vétuste, Mary G. joue avec ses doigts, son portable posé sur ses cuisses. Dans la cour, ses colocataires rient à gorge déployée. Elles ignorent qu’elle est enceinte de trois mois. Tous deux sont venus à Saint-Louis pour gagner leur vie. Originaire de Mbéllo Dior, dans le Mbaor, Ib. Fall travaille depuis deux ans comme manœuvre, « mollou kaw », au quai de Diamalaye. Vêtu d’une combinaison en bâche vert olive, les mains fissurées par le tirage des grosses cordes des filets, il partage ses journées entre le quai et une chambre louée avec quelques amis.
« J’ai quitté le village pour chercher du travail à Saint-Louis. La situation est très compliquée dans le monde rural. En 2004, j’ai perdu deux frères dans l’émigration clandestine. Donc, je suis l’unique soutien de ma famille restée au village », raconte-t-il, une caisse rouge en plastique posée à ses pieds. Mary G., 20 ans, a quitté Kassam, dans le Sine, envoyée par ses parents pour trouver un emploi saisonnier à Ndar. Depuis son arrivée, elle a été lingère, domestique, puis vendeuse dans une gargote, avant de rejoindre la transformation des produits halieutiques. Assise sur une chaise en plastique blanche, vêtue d’une longue robe bleue et d’un grand foulard blanc, elle raconte une relation dont elle porte seule les conséquences.
Ce qu’ils taisent à leurs proches
Un chauffeur de camion frigorifique lui donnait du poisson à revendre et l’aidait dans ses petits commerces. Elle dit avoir entretenu avec lui une relation amoureuse secrète, avant qu’il abuse sexuellement d’elle, selon son témoignage. Depuis qu’elle lui a annoncé sa grossesse, il est parti sans laisser de trace. « Je traverse des moments très difficiles. Même mes “amies” colocataires ne savent pas ce que je vis présentement. Comble du malheur, je ne peux pas rentrer au village dans mon état de grossesse parce que ce serait la plus grande honte de la famille », confie-t-elle en essuyant quelques larmes. Ib. Fall redoute, lui aussi, les réactions de son entourage. Après quelques minutes d’hésitation, il finit par évoquer une rencontre sur la plage. « Naturellement, je fréquente des filles. Dernièrement, j’ai eu des rapports sexuels avec une femme que j’ai rencontrée sur la plage. Mais quelques semaines après cette aventure, j’ai ressenti de douloureuses brûlures au niveau du sexe. »
Il n’en a parlé à personne et ne s’est pas rendu au poste de santé. « Ici, on se connaît tous et je ne veux pas qu’on me taxe de débauché sexuel, bien que, dans ce milieu, chacun fasse ses affaires en secret », se justifie-t-il. Pour soulager ses symptômes, le jeune manœuvre a pris des infusions de racines médicinales et acheté dans la rue des gélules de tétracycline ainsi que d’autres comprimés antibiotiques de qualité douteuse. La douleur s’est calmée, les symptômes ont disparu, mais aucune consultation n’a permis d’en établir la cause.
Des soins qui passent après les recettes
À la peur d’être jugé s’ajoute, pour Ib. Fall, la question de l’argent. Il décrit des conditions de travail éprouvantes pour de maigres gains. « Je ne pense pas acheter des ordonnances pour ces histoires d’IST, etc. Je gagne peu d’argent et une partie est directement envoyée aux parents restés au village. J’épargne une autre partie de ce gain pour pouvoir sortir plus tard de l’enfer de Diamalaye », explique-t-il. Les recettes journalières ont également longtemps été la priorité de Mary G. Sur les lieux de transformation, elle n’assistait pas aux séances de sensibilisation des badiénou-gox et des relais communautaires. Au village, elle n’avait jamais été informée sur la contraception ou la pilule du lendemain. Les seuls échos qui lui étaient parvenus étaient des rumeurs selon lesquelles la contraception moderne rendait les femmes stériles.
Aujourd’hui, elle continue de travailler de longues heures au quai. À trois mois de grossesse, elle n’a encore effectué aucune visite prénatale. Tandis qu’Ib. Fall met de l’argent de côté pour quitter Diamalaye, elle cherche une issue à une situation qu’elle ne se résout pas à révéler à ses parents. Elle ramène son grand foulard sur sa tête et éclate en sanglots. « Je serais considérée comme une ordure par ma mère. Je ne saurais quoi expliquer aux parents. Mon objectif est d’essayer de trouver une solution. Je n’écarte aucune piste pour sortir de cette situation. »
Section:
profondeur
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About this article
- Length
- 813 words · 4 min read
- Published
- November 7, 2026
- Byline
- joe.waly
- Source
- Enqueteplus