
Comment sortir du duel institutionnel qui domine le débat politique sénégalais depuis plusieurs mois ? Pour Alioune Tine, la réponse tient en une phrase : la logique voudrait que le pays se dote d'un Premier ministre issu de la majorité parlementaire. Une prise de position qui, sans le nommer explicitement, ouvre la porte à un remaniement associant Pastef à la Primature. Le fondateur d'Afrikajom Center ne cesse, depuis plusieurs semaines, d'interroger les causes du bras de fer entre l'exécutif et le Parlement. Il décrit une configuration qu'il juge inédite dans l'histoire institutionnelle du pays : contrairement au fonctionnement classique d'un régime présidentiel, où l'exécutif et sa majorité parlementaire avancent de concert, le Sénégal connaît aujourd'hui la situation inverse. Le gouvernement, minoritaire à l'Assemblée nationale, se retrouve à résister aux initiatives d'une majorité parlementaire acquise à Pastef, allant jusqu'à saisir le Conseil constitutionnel pour contester des propositions de loi émanant des députés. Cette tension a atteint un nouveau pic ces derniers jours. Réunie en session extraordinaire depuis le 10 août sous la présidence d'Ousmane Sonko, l'Assemblée nationale a vu l'affrontement avec le gouvernement culminer le 18 août. C'est dans ce contexte qu'Alioune Tine a réitéré l'idée d'un Premier ministre adossé à la majorité parlementaire, seule option lui paraissant susceptible de rétablir une cohérence institutionnelle durable.
La question prend un relief particulier lorsqu'on la replace dans la chronologie récente. Le 2 mai 2026 déjà, le président Bassirou Diomaye Faye avait publiquement envisagé de se séparer d'Ousmane Sonko et de le remplacer à la tête du gouvernement. Ce scénario s'est depuis en partie réalisé : Ousmane Sonko a quitté la Primature, remplacé par Ahmadou Al Aminou Lô, avant qu'un nouveau gouvernement, formé le 1er juin 2026, ne se constitue sans représentant officiel de Pastef. Or c'est précisément ce type de décision que l'article 42 de la Constitution encadre, en faisant du chef de l'État le garant du fonctionnement régulier des institutions. Se séparer d'un chef de gouvernement sans tenir compte du rapport de force réel à l'Assemblée nationale, c'est prendre le risque, selon les termes mêmes du débat que relance Alioune Tine, de provoquer la crise institutionnelle que cette disposition est censée prévenir. Le rapport entre l'exécutif et le Parlement complique encore l'équation. Après son départ de la Primature, Ousmane Sonko a été réintégré à l'Assemblée nationale avant d'en être élu président, une opération contestée par une partie de l'opposition qui y voit une violation des textes en vigueur, sans que le Conseil constitutionnel ne se soit à ce jour prononcé sur le fond. Cette séquence a remis en lumière un vide du Code électoral : l'incompatibilité entre l'exercice d'une fonction gouvernementale et un mandat de député y demeure mal définie, ouvrant la voie à ce type de va-et-vient entre gouvernement et hémicycle. Dans ce contexte, le choix d'un Premier ministre issu de la majorité ne se limite pas à un arbitrage politique entre le président et son ancien allié. Il pose la question, plus structurelle, de la répartition effective des responsabilités entre la présidence, le gouvernement et l'Assemblée nationale — un partage que la Constitution sénégalaise, telle qu'elle est actuellement appliquée, ne semble plus suffire à clarifier.