Dakar zéro inondation à l’horizon 2025 (Khouraichi Thiam)
Les fortes pluies enregistrées ces derniers jours à Dakar et dans plusieurs régions du Sénégal doivent nous interpeller collectivement. J’ai d’abord une pensée pour toutes les familles touchées par ces intempéries et adresse mes sincères condoléances aux familles endeuillées, notamment à la suite des pertes en vies humaines enregistrées aux Parcelles Assainies, à l’Unité 7.
Au-delà de l’émotion et de la solidarité qui doivent accompagner chaque situation d’urgence, ces événements nous imposent une question fondamentale.
La situation que nous vivons doit également être replacée dans un contexte mondial marqué par des dérèglements climatiques de plus en plus visibles. Les épisodes de pluies extrêmes et d’inondations touchent aujourd’hui des territoires très différents : l’Espagne, le Mexique, la Thaïlande, la Grèce, la Malaisie, mais aussi de nombreux autres pays.
En Espagne, les épisodes de pluies extrêmes ont notamment provoqué des inondations majeures et de lourds dégâts ; des travaux scientifiques récents ont montré que le réchauffement climatique avait renforcé l’intensité des précipitations lors des inondations catastrophiques de Valence en 2024.
En Thaïlande, les fortes pluies de septembre 2026 ont affecté des dizaines de provinces, y compris Bangkok, avec des conséquences importantes sur les populations, les infrastructures et l’activité économique.
La Malaisie est également fortement exposée aux inondations, qui constituent l’un de ses principaux risques climatiques et dont les impacts économiques et sociaux sont appelés à s’accentuer avec l’évolution du climat.
Le changement climatique modifie les conditions auxquelles nos villes et nos territoires doivent désormais se préparer. L’Organisation météorologique mondiale souligne d’ailleurs la multiplication des épisodes météorologiques extrêmes et l’importance des systèmes d’alerte et d’adaptation.
Nous ne pouvons donc plus penser l’assainissement avec les seules réalités climatiques du passé.
Notre pays connaît lui aussi une vulnérabilité croissante face aux inondations, aussi bien dans les grandes agglomérations que dans les zones périurbaines et rurales.
À Dakar, les épisodes récents ont particulièrement affecté plusieurs secteurs des Parcelles Assainies, Grand-Yoff, Front de Terre, Castors, Pikine, Diamaguène, Mbao, Guédiawaye, Keur Massar et Rufisque, avec des difficultés de circulation et des habitations ou infrastructures exposées.
Mais le problème ne s’arrête pas à la capitale.
Des territoires ruraux et d’autres régions du pays sont également confrontés aux conséquences des fortes précipitations, aux débordements, aux difficultés d’accès et aux dommages causés aux habitations, aux infrastructures et aux activités économiques. Les données nationales montrent que la récurrence des inondations touche depuis plusieurs années des populations importantes au Sénégal, avec une vulnérabilité particulièrement marquée dans les zones urbaines et périurbaines.
Dakar, les autres villes et nos territoires ruraux doivent donc être pensés dans une même stratégie nationale de résilience.
La pluie n’est pas notre ennemie. Elle fait partie de notre climat. Notre véritable défi est notre capacité à anticiper, canaliser, stocker, traiter, évacuer et valoriser l’eau.
Dakar est une capitale particulière; une presqu’île, une métropole densément peuplée et le principal centre administratif, économique, commercial, sanitaire et éducatif du pays.
Pourtant, quelques heures de fortes pluies peuvent suffire à perturber profondément son fonctionnement : routes impraticables, quartiers isolés, transports ralentis, travailleurs empêchés de rejoindre leur lieu de travail, activités commerciales perturbées, accès aux établissements de santé et aux écoles rendu difficile.
Les fortes pluies du 4 octobre 2026 ont encore illustré cette vulnérabilité : la mobilité entre Dakar et sa banlieue a été fortement perturbée et plusieurs secteurs de Pikine, Diamaguène, Mbao, Guédiawaye et Keur Massar ont été affectés.
L’assainissement ne doit donc plus être considéré comme une simple question technique. C’est un enjeu économique, social, environnemental et stratégique.
Il ne suffit plus d’attendre les premières pluies pour mobiliser les motopompes et intervenir sur les points critiques.
Ces interventions d’urgence sont nécessaires, mais elles doivent s’inscrire dans une politique permanente d’anticipation et de prévention.
Je propose ainsi l’ouverture d’une réflexion nationale autour d’un objectif ambitieux :Dakar zéro inondation
Une ambition progressive, mesurable et fondée sur l’expertise avec 10 axes stratégiques proposés:
1. Cartographier les zones à risques
2. Développer une surveillance intelligente des eaux
3. Moderniser et entretenir les réseaux
4. Développer les bassins de rétention et espaces de stockage
5. Faire de l’eau de pluie une ressource
6. Étudier les possibilités d’évacuation maîtrisée vers le littoral
7. Moderniser les réseaux d’eaux pluviales et d’eaux usées
8. Faire respecter les règles d’urbanisme.
9. Mettre en place un plan de résilience économique.
10. Faire de chaque commune un acteur de la prévention.
Cette réflexion n’est dirigée contre aucune institution. Elle doit nous permettre de dépasser les polémiques et de construire des solutions qui dépassent les mandats politiques.
Dakar appartient à ceux qui y vivent aujourd’hui, mais aussi à ceux qui y vivront demain.
Nous devons donc penser au-delà de l’urgence et inscrire notre action dans une véritable vision de transformation urbaine et territoriale.
Je rêve d’un Dakar où la pluie ne provoque plus la peur.
Un Dakar où les routes restent accessibles, où les quartiers bénéficient d’infrastructures adaptées, où l’eau est récupérée et valorisée, où la technologie permet d’anticiper les risques et où l’environnement est protégé.
Un Dakar propre, accessible, connecté, résilient et durable, à la hauteur du Sénégal que nous voulons construire.
Les pluies de ces derniers jours doivent être plus qu’un épisode difficile.
Elles doivent être un électrochoc.
L’heure est à l’expertise.
L’heure est à la planification.
L’heure est à l’investissement.
L’heure est à la responsabilité.
L’assainissement de Dakar doit devenir un chantier majeur de la transformation de notre capitale, tout en inscrivant cette ambition dans une politique nationale de résilience face aux changements climatiques.
Parce que Dakar ne doit plus être une ville qui attend la pluie pour chercher des solutions.
Et notre ambition doit être claire :
DAKAR ZÉRO INONDATION À L’HORIZON 2050
Pour protéger nos populations.
Pour préserver notre économie.
Pour créer des emplois.
Pour protéger notre environnement.
Pour préparer notre jeunesse.
Et pour transmettre aux générations futures une capitale dont nous pouvons être fiers.
Dakar doit devenir une solution, jamais un problème.
Khouraichi Thiam
Administrateur Générale du FAISE
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About this article
- Length
- 980 words · 5 min read
- Published
- October 5, 2026
- Byline
- Moussa DIOP
- Source
- Soleil