
L’annonce, samedi, d’une contribution de 500 millions de FCFA de la Fondation Nationale Sénégal Solidaire pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse devait incarner un élan de solidarité nationale. Elle a plutôt rouvert un débat sur la place de la famille présidentielle dans la gestion des affaires publiques. Lors du lancement de l’initiative « Dundal JOJ », le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé une contribution de 500 millions de FCFA de la Fondation Sénégal Solidaire pour permettre à davantage de jeunes de participer aux Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar. Il a précisé que les fonds serviront à l’achat de billets, avec 200 000 tickets destinés aux écoles et associations, pour que les enfants des quartiers défavorisés vivent l’événement au même titre que les autres.
La formule employée par le président a d’abord fait tiquer : « la Première dame m’a chargé de vous dire qu’elle contribuera à hauteur de 500 millions ». Plusieurs observateurs y ont vu un écho gênant à une célèbre repartie d’Abdoulaye Wade à son fils Karim, qui deviendra ensuite un ministre omnipotent. Le parallèle interroge sur la possibilité qu’une contribution personnelle de l’épouse du chef de l’État ouvre insidieusement la voie à un rôle institutionnel informel de la famille présidentielle. À cela s’ajoute une question sur l’origine des fonds. La Fondation Sénégal Solidaire n’a que quelques mois d’existence — elle a été créée par décret le 10 octobre 2025 — et ne figure pas au budget de l’État, puisque ses financements doivent provenir de partenaires extérieurs non précisés. Pour ses détracteurs, la question centrale est simple : comment une structure aussi jeune peut-elle mobiliser un demi-milliard de francs, et auprès de qui ? Enfin, la polémique atteint jusqu’au camp présidentiel lui-même. Le député Guy Marius Sagna, du parti au pouvoir Pastef, a dénoncé un « recyclage des pratiques antérieures » et dit craindre que le président ne laisse penser qu’il enrichit sa famille. Face à cette nouvelle controverse liée aux JOJ, Sagna réclame un encadrement légal de l’ensemble des fonds sociaux et politiques, estimant que l’absence de règles précises nourrit la suspicion envers les institutions. L’annonce intervient alors que le Sénégal traverse une période de tension économique — marches contre la vie chère, discussions avec le
FMI
— ce qui rend d’autant plus sensible toute perception d’opacité autour de l’argent public ou parapublic. Les défenseurs de la Fondation, eux, mettent en avant sa flexibilité pour lever des ressources là où l’administration serait trop lente, et promettent des commissaires aux comptes indépendants et un rapport financier conforme à la loi.