La machine du nectar d’arts ( 2/2)
« Je suis le moins créatif de cette équipe, le moins intéressant. Je travaillais avec des gens dont je suis fan. Ce n’est pas l’œuvre de Xalil, mais d’une équipe. J’étais juste derrière pour arbitrer. À la fin, on s’est retrouvé avec cette œuvre collective qui nous ressemble et nous rassemble », introduit Xalil quand on lui demande de présenter son équipe, dont personne n’avait jusqu’ici jamais organisé ou assisté à des cérémonies de Jeux olympiques.
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D’abord le metteur en scène, Adama Diop. « Il est à lui seul une machine, ce mec », s’exclame Xalil, qui ne connaissait pas cet acteur du théâtre avant de le contacter. « J’ai fait mes recherches et suis tombé sur lui. Je ne cherchais pas forcément quelqu’un de fou, mais d’un génie qui en voulait et qui était prêt à s’engager. Et quand j’ai vu qu’il a implanté une école et entendu son discours de lancement, je me suis que c’est lui qu’il me faut. Il n’habite pas toute l’année Dakar, mais il était super chaud quand je l’ai appelé pour représenter l’Afrique », confie Xalil Cissé, à qui Adama Diop a proposé de travailler sur la symbolique du cercle.
Le cercle qui renvoie au bol en Afrique, à la cour du roi, aux assemblées…, mais rejoignent aussi les cinq anneaux olympiques.
Ensuite, il y a Marième Ngom, coordinatrice générale Hmc (habillage, maquillage, coiffure), qui jouit d’une solide expérience dans l’écosystème du cinéma et de la mode. Selon Xalil, c’était un vrai soulagement d’avoir une personne qui comprenait rapidement et savait où elle allait avant même d’emprunter le chemin.
D’ailleurs, Xalil précise que, hormis Adama Diop qu’il ne connaissait pas, il connaissait tout le reste de l’équipe qui était des noms qui s’imposaient à lui au fil de l’écriture du projet.
La certitude s’est encore mieux affirmée avec les designers qui ont géré les trois temps de la cérémonie. Maguette Gueye de la Penderie de Maam, Khadija Bâ de L’Artisane et Selly Raby Kane. « Pour ces trois femmes, je n’ai même pas cherché à négocier. Il me les fallait absolument dans l’équipe », sourit Xalil Cissé.
Maguette Gueye a habillé le Temps 1 de la cérémonie avec La Penderie de Maam, concernant tout ce qui touche au patrimoine, le sens de grandir sur l’Afrique. Elle a réalisé tous les costumes de cet acte, que ce soient les lutteurs, le tambour-major, les danseurs, AlKebulan, etc.
Pour le Temps 2, qui raconte aujourd’hui, Khadija Bâ L’Artisane s’en est occupée. Elle est porteuse d’un style particulier, très réfléchi, qui valse entre modernité et patrimoine. Elle est surtout un as du fait-main, et son œuvre donne à résolument visualiser l’image urbaine dans son évolution spatio-temporelle.
Selly Raby Kane, qui a vêtu le Temps 3, est déjà notoire dans le monde. Pour sa folie créatrice, son approche futuriste, son génie à poser des éléments du décor qui n’existent encore pas.
Une constellation de lumières
Quand Xalil Cissé parle d’Ismaïla Talla alias Iss 814, le directeur musical, on sent encore les étoiles dans les yeux. Il est clairement fasciné.
« Ce mec, je l’appelle juste pour lui dire que j’ai besoin d’un directeur musical dans le projet artistique. Aussitôt je termine mon propos, comme un vrai génie, Iss 814 me fait un nombre incalculable de propositions, me dit comment le son doit être travaillé, comment doit se soutenir le rythme, etc. Il est même allé, dans ce même entretien téléphonique, à dessiner une trame de la cérémonie. Je me suis dit que je tiens mon gars moi », dit Xalil dans un éclat de rire qui signifie amusement et admiration.
Iss 814, d’après lui, estimait qu’il lui manquait que cette corde à accomplir et accordait plus d’attention à ce moment que les disques d’or qu’il a déjà gagnés.
Cette estime réciproque n’a pas cependant empêché qu’ils se sont chamaillés le long du projet, car « Iss 814 est tellement talentueux et fou qu’il court plus que la vitesse requise ».
Eux deux laissaient libre cours à leur folie au studio. « On s’amusait un peu. On se disait par exemple essayons Saalimtoo, et bim ! il réécrit le thème et compose un truc de dingue », se souvient Xalil.
Ainsi ont-ils eu leur musique de toute la première partie. Ensuite, puisqu’il fallait assumer la musique sous la férule du patrimoine africain, ils sont allés chercher des artistes et pris de vrais instruments pour rejouer toute la musique composée par Iss 814.
Ouais, il fallait que le sabar, le tama, et tutti quanti disent leurs droits.
Ensuite, il y a Khady Kassé, la scénographe. C’est elle qui a réalisé tous les éléments de scénographie physique sur cette performance. Elle est arrivée un peu tard dans le projet, mais a su s’y coller parfaitement selon le directeur artistique.
Khady Kassé a été la scénographe de la 15e édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar, qui entame sa 16e édition dans moins de deux semaines (19 novembre – 19 décembre).
Xalil Cissé avait l’atout d’avoir travaillé sur l’ouverture du Stade Abdoulaye Wade. Il connaissait donc l’endroit et avait identifié son espace.
Les équipes techniques, qui capitalisaient plein d’événements dans ce stade, avaient également une parfaite maîtrise de ses infrastructures, « ce qui permettait une avance considérable malgré les délais relativement courts qui nous étaient impartis ».
Il y avait par ailleurs une déambulation à la fin, qui était tel un défilé de modes. C’était quelque peu l’idée, une idée réalisée par neuf stylistes.
Ils ont pour noms Rashid, Donatela Crea, Niuku, Stef de Karda, Weuz Owens, Gelisa Georges, Radji Radji, Jeyna A et Carmena A. « Ce sont de jeunes créateurs qui sont venus prêter main-forte avec 50 tenues, pour la fin très impactante de ce temps, suivant la direction artistique », explique Xalil Cissé.
Dakar dans le «Dakar 2026»
L’idée de Dakar, dans son authentique actualité urbaine, est transparue dans la performance. D’abord, la figure d’Issa Ramangellisa Samb Joe Ouakam, incarnée par l’artiste Obree Daman (Omar Samb de son vrai nom, par ailleurs parent de Joe Ouakam). « Il était très heureux d’avoir ce rôle, parce qu’il est aussi de la famille de Joe Ouakam. Puis il l’a très bien portée. Vous avez vu la pipe, la tenue ? », s’extasie encore Xalil, qui raconte qu’Obree Daman s’est aussitôt mis dans l’idée du designer.
Et que dire des scènes de vie de Dakar ? Au-delà du clin à « Madame Brouette » de Moussa Sène Absa, c’est tous ces « pousse-pousse » (chariots à café) qui font le décor de la capitale, les « forox caaya », le tohu-bohu urbain, l’encombrement du piéton, les commerces sauvages, les petits larcins et le « tek xel », etc. « Tout cela c’est la ville, c’est Dakar », dit Xalil Cissé.
Après la cérémonie, au milieu des satisfactions, beaucoup de spectateurs ont relevé la « cacophonie de la fin », considérant que l’équipe artistique s’est relâchée au terme du spectacle. En vérité, cette scène est un vrai faux capharnaüm, selon le directeur artistique.
« Vous voyez, tout était ordonné, maîtrisé et réglé comme sur du papier à musique. On voulait montrer qu’on peut très bien, que tous les Africains peuvent très bien faire. Mais nous péchons souvent dans la finition. Nous avons un problème pour bien terminer. C’est cette image que nous voulions poser. Dire aux gens voilà, nous avons parlé au monde, maintenant parlons franchement entre nous. Voilà notre propre turpitude. N’est-ce pas notre sentiment quand nous circulons dans Dakar ? », questionne Xalil Cissé.
L’art du désordre dans l’ordre. La claque sur les Sénégalais. Pour leur dire que « Voilà vous » ! « L’art, c’est aussi peindre une société. Relever des trucs qui ne sont pas bien », répète Xalil.
N’est-ce pas aussi là que l’entrée du jeune artiste VJ tonne toute sa pertinence. Lui qui, entre le désordre médiatique et politique, a frayé un chemin où l’a retrouvé toute une jeune génération sans crier gare. Voilà, l’image d’une jeunesse qui émerge, même dans l’incertitude et le chaos.
Un cosmogramme qui fait sens et plaisir
La cérémonie d’ouverture des Joj « Dakar 2026 » était grandiose. Ce, par la fluidité d’une réalisation ayant rassemblé plus d’un millier de talents.
25 artistes et solistes, 54 performers, 32 acteurs et comédiens, 628 danseurs, 373 figurants, deux maîtres de cérémonie (Oumy Ndour pour la partie francophone et Y Dee pour l’anglophone), avec un plateau presque paritaire (45% de femmes pour 55% d’hommes).
Puis, il y a eu les artistes vedettes. « Le choix de Kiné Lam, parce que je pense qu’il n’y a personne pour porter cette voix mieux que cette dame. On pourrait en dire autant pour Baaba Maal, qui est une voix panafricaine », pense Xalil Cissé.
Le choix des artistes s’est fait depuis l’écriture du projet. Le directeur artistique privilégiait les artistes avec une écriture visuelle, dont l’expression artistique fait défiler dans l’esprit du spectateur des images s’adressant directement à sa sensibilité.
C’est un narratif pour le continent. Et il fallait des artistes qui incarnent cette idée de l’Afrique.
L’entrée d’Obree Daman, Maah Keïta (bass) et Sona Jobarteh (kora) était une transition entre deux temps. Il fallait des artistes modernes, porteurs de symboles puissants pour offrir un spectacle qui ne devait juste ne pas être pour les oreilles.
L’inclusion était un maître-mot. L’Afrique qui rejoint l’universel était un impératif. Sona Jobarteh était donc là, musicienne dont la kora conquiert les scènes du monde.
Souleymane Faye, quoique considéré comme marginal, reste un artiste avec une voix collective et attachante à notre imaginaire.
Que dire de Kya Loum, dont la déclamation de l’hymne national a même fait frémir les moins patriotes ?
La lutte sénégalaise, le « lamb », a aussi été un marqueur majuscule. Ce sport de chez a exposé sa panoplie culturelle, au travers du « bàkk », geste chorégraphique d’auto-détermination qui permet au guerrier ou au lutteur de dire sa puissance et lancer vaillamment un défi.
À côté, il y a eu la prestation du « simb », le « faux-lion », notre cirque local qui saisit l’imaginaire de tout urbain.
Par Mamadou Oumar KAMARA
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- Length
- 1,700 words · 8 min read
- Published
- November 8, 2026
- Byline
- Arame NDIAYE
- Source
- Soleil