« Toute maladie cardiaque mal traitée peut évoluer vers une insuffisance cardiaque » (prof. Ag. Komlavi Yayehd)

L’insuffisance cardiaque constitue l’une des principales complications des maladies cardiovasculaires. Au Togo, elle représente une part importante des hospitalisations dans les services de cardiologie et impose aux patients un suivi médical régulier, associé à un traitement souvent prolongé. Pour mieux comprendre cette maladie, ses signes, ses causes et les moyens de prévention, Prof. Ag. Komlavi Yayehd, enseignant-chercheur en cardiologie à la Faculté des sciences de la santé (FSS) de l’Université de Lomé, répond aux questions de l’ATOP.
ATOP : Qu’est-ce que l’insuffisance cardiaque ?
Prof. Ag. Komlavi Yayehd : L’Insuffisance cardiaque (IC) est le stade ultime de la majorité des maladies cardiaques. C’est un syndrome, c’est-à-dire un ensemble de signes qui traduisent l’incapacité du cœur à assurer un débit sanguin suffisant pour répondre aux besoins métaboliques de l’organisme.
Quelle est l’ampleur de cette maladie au Togo ?
Prof. Ag. Komlavi Yayehd, Cardiologue
C’est une maladie fréquente. Elle représente près de la moitié des patients hospitalisés dans nos services de cardiologie. La prise en charge de l’insuffisance cardiaque a également un coût élevé pour les malades et pour l’assurance maladie. Il y a, d’une part, les dépenses liées aux hospitalisations lors des épisodes de décompensation et, d’autre part, celles liées au suivi, notamment aux médicaments qui doivent être pris quotidiennement.
Quels sont les signes qui peuvent alerter ?
Le signe le plus fréquent est la dyspnée d’effort, c’est-à-dire un essoufflement ressenti pendant l’effort et dont l’intensité augmente progressivement, jusqu’à devenir permanente, même au repos. Elle peut être accompagnée d’une toux à l’effort ou au repos, d’œdèmes des membres inférieurs, avec notamment un gonflement des pieds et des jambes, ainsi que de douleurs liées à une congestion du foie, appelée hépatalgie.
Quelles sont les principales causes de l’insuffisance cardiaque au Togo ?
Examen clinique de pieds enflés (Photo internet)
Les causes de l’insuffisance cardiaque sont nombreuses. La principale cause observée dans notre pratique est l’Hypertension artérielle (HTA), qui correspond à une élévation permanente de la pression artérielle, supérieure ou égale à 140/90 mmHg. L’HTA constitue un problème de santé publique, car plus d’un adulte sur cinq au Togo en souffre.
Parmi les autres causes, on peut citer les myocardites et les myopéricardites, qui sont des infections du muscle cardiaque et/ou de son enveloppe externe, les cardiopathies ischémiques, liées notamment à l’obstruction d’une artère coronaire, ainsi que certains désordres endocriniens comme l’hyperthyroïdie (production excessive d’hormones par la thyroïde), l’hypothyroïdie (production insuffisante de ces hormones) et les troubles cortico-surrénaliens (dérèglements des glandes surrénales qui entraînent une production excessive ou insuffisante de certaines hormones, notamment le cortisol et l’aldostérone). Il y a également les atteintes des valves cardiaques, appelées valvulopathies, qui sont souvent liées au rhumatisme articulaire aigu et peuvent nécessiter une chirurgie cardiaque.
Quels sont les facteurs de risque ?
Les facteurs de risque de l’insuffisance cardiaque sont d’abord ceux des maladies qui peuvent évoluer vers cette affection. Il s’agit notamment de l’hypertension artérielle, du diabète, de la consommation d’alcool, du tabagisme et de la sédentarité. Toute maladie cardiaque mal traitée peut évoluer vers une insuffisance cardiaque.
Comment prévenir cette maladie ?
Pour prévenir l’insuffisance cardiaque, il faut lutter contre les principaux facteurs de risque cardiovasculaire que sont l’hypertension artérielle, le diabète, le tabagisme, la consommation d’alcool et la sédentarité.
Chez les enfants d’âge scolaire, notamment entre 5 et 10 ans, il faut traiter correctement les angines de gorge, caractérisées notamment par des maux de gorge et de la fièvre, afin d’éviter le rhumatisme articulaire aigu, qui peut entraîner des complications cardiaques.
Il est également important d’assurer un bon suivi pendant la grossesse et dans les mois qui suivent l’accouchement, afin de prévenir la survenue d’une forme particulière d’insuffisance cardiaque appelée cardiomyopathie du péripartum. Il faut aussi se protéger contre certaines infections virales, notamment le VIH, la Covid-19 et la grippe.
L’insuffisance cardiaque est-elle guérissable ?
Dans sa grande majorité, c’est une maladie chronique, c’est-à-dire qu’elle n’est pas totalement guérissable. Il faut donc la contrôler et la stabiliser afin de permettre au patient de conserver une bonne qualité de vie. Cela nécessite une prise quotidienne de médicaments sur une longue période, souvent à vie.
Quel message souhaitez-vous adresser à la population ?
A l’endroit de la population, je conseille d’adopter une bonne hygiène de vie, ce qui implique d’abord et avant tout de bouger. Bouger signifie notamment marcher au moins 30 minutes chaque jour. Il faut également contrôler son alimentation en mangeant peu salé, peu sucré et peu gras. Quand on parle de manger peu salé, il s’agit d’abord d’éviter la consommation de cubes d’assaisonnement dans les sauces et de réduire la consommation d’aliments ultra-transformés, notamment les plats préparés, les sauces en conserve, le jambon, les saucisses, les nuggets et les biscuits. Ces aliments contiennent souvent une quantité importante de sel, de sucre et de graisses.
Manger peu gras implique aussi de réduire la consommation de beurre et de graisses animales, et de privilégier les huiles végétales en quantité modérée. Pour toute personne chez qui un diagnostic d’hypertension artérielle ou de diabète a été posé, il faut respecter correctement et quotidiennement le traitement prescrit, notamment les médicaments antihypertenseurs et antidiabétiques. Cela est important pour éviter la survenue de complications telles que l’insuffisance cardiaque. Il faut également assurer un bon suivi des grossesses, car certaines femmes peuvent développer une insuffisance cardiaque dans les suites de l’accouchement.
Propos recueillis par Abel OZI
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- 886 words · 4 min read
- Published
- October 2, 2026
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- ATOP
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- Atop Tg