Senelec : On sait enfin pourquoi les coupures d’électricité persistent toujours à Dakar

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Entre travaux de maintenance à répétition, dépendance à la centrale flottante Karpowership et pics de chaleur qui font grimper la demande, les coupures restent une réalité récurrente pour les Dakarois — au point que Senelec a du, cette semaine encore, démentir une rumeur de coupure générale. Chaleur écrasante, quartiers plongés dans le noir en pleine journée, files d'attente devant les rares commerces équipés de groupes électrogènes : la scène s'est répétée si souvent ces derniers mois qu'elle est devenue presque banale pour de nombreux ménages dakarois. Du 7 au 13 septembre encore, la Société nationale d'électricité du Sénégal (Senelec) a annoncé des perturbations dans plusieurs zones de Dakar et de sa banlieue — Teylium 2, Guédiawaye, Liberté 6 Extension, Diamniadio, Rufisque, Mbao — touchant au passage des sites sensibles comme l'Hôpital Dantec, l'Institut Pasteur ou l'Hôpital Principal. Officiellement, ces interruptions, programmées entre 8h et 16h, répondent à des « travaux d'entretien, de renforcement et d'amélioration du réseau ». Mais l'ampleur de l'annonce a semé une telle confusion que Senelec a du publier un démenti, précisant qu'il ne s'agissait pas d'une coupure générale affectant l'ensemble de la capitale, mais d'interventions ciblées, zone par zone. Ce simple épisode résume assez bien la situation : d'un côté, une entreprise qui multiplie les communiqués techniques pour justifier des interruptions ; de l'autre, une population lassée, où la moindre rumeur de coupure massive prend aussitôt une ampleur virale. Reste la question de fond, posée sans détour par de nombreux abonnés : pourquoi, des années après les grandes promesses de stabilisation du réseau, les coupures persistent-elles encore ? Une dépendance structurelle aux barges de Karpowership Une bonne partie de la réponse tient à un nom que les Dakarois ont fini par connaître par cœur : Karpowership. Cette centrale flottante turque, amarrée au large de Dakar depuis 2019, fournit à elle seule une capacité de 335 mégawatts, couvrant près de 20 % de la demande d'électricité du pays. Une autre estimation avancée par Senelec évoque même des barges assurant jusqu'à 25 % des besoins nationaux en électricité. Autant dire qu'au moindre incident technique ou à la moindre opération de maintenance sur ce dispositif, c'est une part significative de la production nationale qui vacille. C'est précisément ce qui s'est produit en juin dernier : Senelec évoquait alors des contraintes exceptionnelles d'exploitation liées à l'indisponibilité de certains moyens de production, dans un contexte marqué par une forte demande d'électricité due à la hausse des températures, avec des travaux de maintenance en cours notamment sur la centrale Karpowership. Un scénario qui s'est répété plusieurs fois dans l'année, la compagnie reconnaissant à chaque fois que malgré la mobilisation de l'ensemble des moyens de production disponibles, des interruptions de service pourraient être observées dans certaines localités. Un réseau vieillissant qui réclame un entretien permanent À cette dépendance à une poignée de grandes unités de production s'ajoute un problème plus ancien : l'état du Réseau de distribution lui-même. Les coupures « programmées » comme celles de la semaine du 7 au 13 septembre ne sont pas des incidents mais des interventions volontaires, destinées, selon Senelec, à l'entretien et au renforcement du réseau électrique. En février déjà, une coupure générale avait touché Golf Nord, Hamo, Dalifort et une partie des Maristes en raison de travaux programmés au poste de Hann, dans le cadre du « renforcement et de l'amélioration de la qualité de service du réseau électrique ». Le paradoxe est là : plus le réseau est ancien et sollicité, plus les travaux de mise à niveau sont nécessaires — et plus ils génèrent, à court terme, les coupures mêmes qu'ils sont censés réduire à long terme. Un cercle que les usagers vivent au quotidien sans toujours en percevoir la logique, ce qui alimente la défiance et, comme on l'a vu début septembre, la propagation rapide de rumeurs de coupuress générales. Autre facteur structurel, plus saisonnier celui-ci : la hausse des températures. Chaque pic de chaleur se traduit par un bond de la consommation électrique, tiré notamment par la climatisation et les équipements de refroidissement. Senelec l'a reconnu explicitement à plusieurs reprises, évoquant une phase de contraintes exceptionnelles d'exploitation résultant de l'indisponibilité de certains moyens de production indispensables à l'équilibre du réseau, dans un contexte où les températures élevées entraînent une hausse significative de la consommation, notamment pour les besoins de climatisation et de refroidissement. Un système déjà tendu par sa dépendance à Karpowership se retrouve ainsi doublement fragilisé lorsque la demande grimpe brutalement. Une pression désormais régionale La fragilité du système électrique sénégalais ne se limite plus aux frontières du pays. La Gambie voisine traverse actuellement une grave pénurie d'électricité et se tourne vers Dakar pour obtenir davantage de volumes, sa compagnie nationale, la Nawec, ne parvenant plus à compenser la demande par sa propre production. Le retrait de Karpowership du dispositif gambien a aggravé la situation à Banjul, où des habitants ont manifesté contre les coupures d'eau et d'électricité début septembre. Selon Jeune Afrique, la baisse des livraisons sénégalaises vers la Gambie s'expliquerait en partie par la dette accumulée par la Nawec envers Senelec — signe que le système électrique ouest-africain repose sur des équilibres financiers et techniques eux-mêmes fragiles. Le West African Power Pool, l'organisme régional de gestion du réseau, a d'ailleurs confirmé en juin que plusieurs pays de la sous-région appliquaient des délestages en raison d'une forte demande et de l'indisponibilité de moyens de production majeurs — preuve que le problème dakarois s'inscrit dans une tension énergétique plus large en Afrique de l'Ouest. Le gouvernement et Senelec ne présentent pas ces épisodes comme une fatalité. Plusieurs chantiers structurels sont en cours, à commencer par la bascule progressive du pays vers le gaz naturel, dont le calendrier « provisoire » a été dévoilé en août pour une application définitive attendue en 2027. Karpowership met par ailleurs en avant son projet LNG-to-Power, présenté comme une étape vers une électricité plus propre et plus stable. Sur le terrain, l'électrification rurale se poursuit également, à l'image des neuf villages du département de Fatick récemment raccordés au réseau dans le cadre du projet Weldy Lamont. Reste que, pour l'instant, ce sont les mêmes causes qui continuent de produire les mêmes effets à Dakar : une poignée de moyens de production concentrant une part disproportionnée de l'offre, un réseau de distribution qui exige un entretien permanent, et une demande qui grimpe plus vite que la capacité à l'absorber sans à-coups. Tant que ces trois facteurs ne seront pas résolus de façon durable, les communiqués de Senelec annonçant de nouvelles perturbations « ciblées » continueront vraisemblablement de rythmer le quotidien des usagers dakarois.
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- Length
- 1,096 words · 5 min read
- Published
- September 13, 2026
- Byline
- diack sall
- Source
- Senenews