À qui profite la crise ?
Convergence d’intérêts Ce n’est donc pas étonnant que chaque camp y trouve son compte et possède un intérêt stratégique à ce que la crise dure et que le pays s’enfonce dans le chaos. Car une situation de normalité ne pavera jamais le chemin à des extrêmes vers le pouvoir. L’atmosphère délétère dans laquelle s’installe la […]
**Convergence d’intérêts **
Ce n’est donc pas étonnant que chaque camp y trouve son compte et possède un intérêt stratégique à ce que la crise dure et que le pays s’enfonce dans le chaos. Car une situation de normalité ne pavera jamais le chemin à des extrêmes vers le pouvoir.
L’atmosphère délétère dans laquelle s’installe la France, avec des manifestations à répétition et des blocages réguliers, reflète un état de crise presque inédit dans son ampleur et dans son contexte. Cette crise sociale intervient dans un contexte électoral des plus clivants où deux forces extrêmes croisent le fer pour triompher de l’Élysée.
D’où cette interrogation: à qui profite la crise ? A la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon ou au Rassemblement National de Marine Le Pen ? Il faut dire que les deux formations politiques tentent de tirer leurs marrons du feu. La gauche radicale y voit une occasion de mobiliser la rue contre la politique de l’austérité budgétaire prônée par le gouvernement Emmanuel Macron / Sébastien Lecornu. Et l’extrême droite tente de valider à travers cette crise ses perceptions du cauchemar migratoire. Ce n’est donc pas un hasard sur les médias proches de cette extrême droite sur les origines des manifestants casseurs, presque tous venus selon leurs lectures des banlieues marginalisées.
Il y a aussi une autre ligne de fracture entre ces deux forces extrêmes. La gauche radicale apparaît très critique quant à la méthode sécuritaire employée par les forces de l’ordre et capitalise sur ce qui apparaît comme une dérive autoritaire du pays. Tandis que l’extrême droite s’emploie à montrer sa solidarité avec les forces de police, quitte à soutenir leurs excès.
En fait chaque camp tente de dérouler son argumentaire avec forcément des visées électorales. Jean-Luc Mélenchon, avec ses tentations de renverser la table, essaie à travers cette crise sociale d’invoquer les grands soirs qui préparent les tournants et alimentent les ruptures. Et Marine Le Pen tente d’y voir l’incarnation parfaite de ses lubies migratoires, son unique fonds de commerce pour consacrer la grande séduction qu’il exerce actuellement sur les Français et qui la fait rêver des plus hautes fonctions. Ce n’est donc pas étonnant que chaque camp y trouve son compte et possède un intérêt stratégique à ce que la crise dure et que le pays s’enfonce dans le chaos. Car une situation de normalité ne pavera jamais le chemin à des extrêmes vers le pouvoir comme semble l’indiquer une grande majorité des sondages.
Il y a donc une convergence d’intérêts entre les grands favoris de cette présidentielle à mettre de l’huile sur le feu. Et un des objectifs de cette stratégie consiste à noircir le bilan d’Emmanuel Macron. Le but étant de conserver le tête-à-tête Marine Le Pen/Jean-Luc Mélenchon. En appuyant sur un bilan catastrophique de Macron, le duo Le Pen / Mélenchon barre la route à un candidat du centre qui pourrait se prévaloir de ce bilan et tenter de déranger la finale des extrêmes annoncée par les sondages.
Car dans l’absolu, l’intérêt réciproque des uns et des autres est de tenter de ne pas faire mentir les sondages et de se qualifier au second tour. Marine Le Pen est convaincue qu’elle peut l’emporter facilement devant Jean-Luc Mélenchon. Et le chef de la France insoumise pense dur comme fer que si demain il doit affronter Marine Le Pen, la logique du front républicain va forcément se mettre en route pour empêcher l’extrême droite d’arriver au pouvoir.
Aujourd’hui la grande angoisse politique et sécuritaire qui saisit la classe politique française est que ce cycle des manifestations ne se prolonge jusqu’à la présidentielle, mettant le pays dans une extrême tension sociale et rendant presque impossible le déroulement d’une campagne électorale de manière normale et apaisée. Il faut dire que ce qui est demandé à Emmanuel Macron, pour éviter le retour du spectre des gilets jaunes qui avaient empoisonné son premier mandat, est de devoir apporter une réponse économique aux multiples demandes sectorielles exprimées par les manifestants. Or Emmanuel Macron et son gouvernement sont pris dans le piège de la politique de l’austérité prônée par Sébastien Lecornu pour tenter d’alléger la dette abyssale française. Répondre aux demandes des manifestants dans le but d’apaiser les colères et les frustrations suppose de sortir de cette logique d’austérité. Un choix politique que le président Macron ne veut pas prendre aujourd’hui.
Les quelques promesses et concessions faites au mouvement lycéen sont loin de satisfaire les exigences de ce secteur sinistré par l’absence de moyens et la multiplication et succession des négligences des différents gouvernements à son égard.
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- 755 words · 4 min read
- Published
- November 5, 2026
- Byline
- Mustapha Tossa
- Source
- Aujourd'hui