
Les rapports de Moody’s Ratings sont sortis, et le constat est particulièrement préoccupant : le Sénégal voit sa note souveraine abaissée à Caa2, avec une perspective maintenue négative. Cette notation correspond à une qualité de crédit très faible et traduit une vulnérabilité élevée de la capacité de l’État à honorer ses engagements financiers. Bientôt, serons-nous à D : Défaut ? Il serait illusoire de considérer cette dégradation comme une simple péripétie comptable. Elle constitue un signal particulièrement sérieux adressé aux marchés, aux créanciers et aux investisseurs. Elle affecte la perception du risque-pays et peut, à terme, renchérir le coût du financement et compliquer davantage la mobilisation de ressources. Le problème est d’autant plus préoccupant que le Sénégal a besoin d’investissements. Or, notre pays évolue aujourd’hui dans un contexte où la politique tend à phagocyter une grande partie du débat public. Les tensions persistantes entre l’Exécutif et le Législatif ne sont pas sans conséquences sur la confiance économique. Lorsqu’un climat institutionnel devient imprévisible et que la conflictualité politique paraît susceptible de dégénérer à tout moment, l’investisseur devient naturellement circonspect. Le capital recherche la stabilité, la visibilité et la prévisibilité. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, il sera difficile d’attirer durablement les investisseurs dont notre économie a besoin. Aucun investisseur sérieux ne s’engage massivement dans un environnement où l’incertitude institutionnelle demeure prégnante. Mais il serait tout aussi réducteur de faire reposer le redressement économique exclusivement sur les investisseurs privés. L’État demeure un acteur économique essentiel, notamment à travers l’investissement public et la réalisation de grands projets structurants. Lorsqu’un État investit, il crée un effet d’entraînement considérable : les entreprises obtiennent des marchés, mobilisent des financements, recrutent, produisent et créent de la richesse. Cette activité génère ensuite des recettes pour l’État à travers la TVA, l’impôt sur les sociétés, l’impôt sur les salaires et les cotisations sociales. C’est le principe de l’effet multiplicateur de l’investissement public : l’investissement stimule la production, l’emploi, la consommation et, in fine, les recettes fiscales. À l’inverse, lorsque l’investissement ralentit, c’est toute la mécanique économique qui finit par s’essouffler. Les entreprises investissent moins, les créations d’emplois diminuent, la consommation ralentit et les recettes fiscales progressent plus difficilement. L’État se retrouve alors avec des marges budgétaires réduites pour financer ses politiques publiques et respecter ses engagements. C’est précisément dans ce contexte que l’augmentation permanente des taxes et des prélèvements peut devenir contre-productive. On ne peut indéfiniment chercher à extraire davantage d’une économie dont la capacité à créer de la richesse se contracte. Une pression fiscale excessive peut réduire les marges des entreprises, décourager l’investissement et finalement affaiblir encore davantage les recettes publiques. Le pays risque alors de s’enfermer dans une spirale délétère : moins d’investissement; moins d’activité; moins de richesse créée; moins de recettes; davantage de pression fiscale et de difficultés budgétaires; moins de capacité à investir. Il faut impérativement rompre ce cycle. La réponse ne peut donc pas consister uniquement à taxer davantage. Elle doit reposer sur la relance de l’investissement productif, la restauration de la confiance, l’amélioration de l’accès au financement, la stabilité institutionnelle et l’élargissement progressif de l’assiette fiscale grâce à une économie plus dynamique. Mais cela suppose également un État rigoureux. Faire venir des investisseurs tout en maintenant une gouvernance financière approximative ou une politique économique dépourvue de lisibilité serait une contradiction manifeste. L’investissement privé a besoin d’un État crédible, prévisible et discipliné. Il faut donc sortir de cette situation où la politique occupe presque tout l’espace public. Les divergences entre institutions sont consubstantielles à la démocratie, mais leur exacerbation permanente peut devenir économiquement préjudiciable. Une démocratie peut supporter la controverse ; une économie, elle, supporte beaucoup moins bien l’incertitude chronique. Le Sénégal doit retrouver un cap. Un cap économique clair, une programmation crédible, une discipline budgétaire rigoureuse, une politique d’investissement cohérente et un environnement institutionnel suffisamment stable pour rassurer les investisseurs. Une économie ne se redresse pas avec des slogans, encore moins avec des querelles politiques permanentes. Elle se redresse avec des décisions responsables, des investissements productifs, de la rigueur budgétaire, de la stabilité et une véritable vision économique de long terme. Un État ne peut durablement augmenter ses recettes en pressurant une économie qui crée de moins en moins de richesse. Il doit d’abord créer les conditions permettant à cette richesse d’être produite. Le
Sénégal
mérite mieux que l’incertitude, la cacophonie et l’improvisation. L’heure est grave. Il est temps de retrouver une direction. KALIDOU BÂ, Nouvelle Responsabilité/jamm ji du président Amadou BÂ.