Donald Trump a signé mardi soir cinq proclamations interdisant l’importation de plusieurs catégories de produits canadiens aux États-Unis à partir du 29 septembre, visant notamment les boissons alcoolisées, certains produits laitiers et les motocyclettes de plus de 800 cm3. Cette mesure fait suite à l’entrée en vigueur, moins de 24 heures plus tôt, de contre-tarifs ... Lire la suite
Donald Trump a signé mardi soir cinq proclamations interdisant l’importation de plusieurs catégories de produits canadiens aux États-Unis à partir du 29 septembre, visant notamment les boissons alcoolisées, certains produits laitiers et les motocyclettes de plus de 800 cm3.
Cette mesure fait suite à l’entrée en vigueur, moins de 24 heures plus tôt, de contre-tarifs décidés par Ottawa. Cette séquence rapide relance une question centrale dans le bras de fer commercial entre les deux pays : le Canada peut-il tenir face à Washington comme l’a fait la Chine, ou finira-t-il par plier comme l’a fait l’Union européenne ?
Pékin a répondu coup pour coup à chaque salve tarifaire américaine, imposant ses propres surtaxes sur le soja, le blé, le porc et d’autres produits agricoles américains. Cette fermeté a produit un résultat tangible : Washington a dû revoir sa ligne, l’administration américaine ayant fini par composer avec les effets économiques de la confrontation plutôt que d’imposer unilatéralement ses conditions.
L’Union européenne a suivi une trajectoire inverse. Le 27 juillet 2025, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et Trump ont conclu à Turnberry, en Écosse, un accord fixant un tarif de 15 % sur la quasi-totalité des exportations européennes vers les États-Unis — contre 30 % initialement menacés, mais bien au-dessus des 5 % appliqués avant le retour de Trump à la Maison-Blanche.
En contrepartie, Bruxelles s’est engagée à acheter 750 milliards de dollars d’énergie américaine et à investir 600 milliards de dollars supplémentaires aux États-Unis, tout en réduisant ses propres droits de douane vers zéro sur la plupart des produits américains. Le journaliste Richard Werly, du média suisse Blick, résume ce rapport de force : «* La réalité est que Trump a gagné *».
Trump lui-même a tranché entre les deux méthodes. Il a déclaré au président français que l’Union européenne se montrait «* pire que la Chine »* sur le plan commercial, un jugement qui valorise implicitement la fermeté chinoise face à l’accommodement européen. La posture canadienne actuelle se rapproche davantage des contre-mesures répétées de Pékin que de la logique de négociation pratiquée par Bruxelles.
Le rapport de force ne joue pas uniquement en faveur de Washington. Le Canada est devenu, au fil de la dernière décennie, le principal fournisseur de brut des raffineries américaines : sa part dans les importations pétrolières des États-Unis a pratiquement doublé depuis 2013, dépassant désormais la moitié du total, selon des données citées par Noovo Info.
La dépendance s’observe aussi côté gaz naturel. Bien que les États-Unis en soient devenus le premier producteur mondial, ils continuent d’en acheter à l’étranger pour couvrir environ un septième de leur consommation intérieure — un approvisionnement quasi exclusivement canadien, à hauteur de 90 %, selon une étude de la Banque TD.
L’électricité constitue un autre point de dépendance, plus circonscrit mais réel. Le Canada a fourni 35 térawattheures aux États-Unis en 2024, une quantité suffisante pour alimenter plusieurs millions de foyers américains, provenant principalement du Québec, de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et du Manitoba, qui concentrent à eux quatre 86 % des exportations d’électricité canadiennes vers le sud.
L’industrie automobile nord-américaine repose elle aussi sur une intégration poussée entre les deux pays : le Canada et le Mexique représentent à eux deux près de la moitié des importations et exportations américaines de véhicules, ainsi qu’une part encore plus large des échanges de carrosseries et de pièces détachées, ce qui rend toute rupture commerciale coûteuse pour les constructeurs américains eux-mêmes.
Cette dépendance américaine reste toutefois à nuancer dans la durée. Les exportations d’hydrocarbures vers les États-Unis représentaient 21 % du total des marchandises exportées par le Canada à l’étranger en 2023, contre seulement 4,7 % pour les importations équivalentes en provenance des États-Unis, selon la Régie de l’énergie du Canada.
Cette asymétrie se retrouve également dans le commerce de l’électricité : les exportations canadiennes vers les États-Unis ont atteint 4,3 milliards de dollars en 2023, alors que les importations depuis les États-Unis ne représentaient que 1,6 milliard de dollars la même année.
Le Canada dépend donc structurellement du marché américain dans une proportion bien plus importante que l’inverse, ce qui expose Ottawa à un risque disproportionné si l’escalade venait à se prolonger au-delà des mesures annoncées cette semaine.
Les prochaines semaines, jusqu’à l’entrée en vigueur des interdictions le 29 septembre, détermineront si le Canada parvient à transformer ses leviers énergétiques et industriels en un véritable rapport de force à la chinoise, ou si ce déséquilibre commercial structurel le contraindra, à terme, à négocier dans des conditions plus proches du scénario européen.