
Après six années d’efforts, le professeur Moussa Seydi renonce à son projet de création de la fondation Health and Research Organization (HeRO). Une décision qui sonne comme un constat d’échec face à ce qu’il décrit comme l’inertie bureaucratique. Pour le Sénégal, c’est surtout un nouveau coup dur pour un projet destiné à consolider durablement l’un des services hospitaliers les plus importants du pays. Le Pr Moussa Seydi, médecin-chef du Service des maladies infectieuses et tropicales (SMIT) de l’hôpital de Fann, a annoncé l’arrêt du projet HeRO après six années de démarches. Cette fondation devait notamment contribuer à la maintenance et au développement du SMIT, présenté comme un service de référence dans la prise en charge des maladies infectieuses. L’ambition était claire : trouver un mécanisme durable permettant de financer une partie des coûts d’entretien et d’éviter que le nouveau service ne connaisse, faute de maintenance et d’accompagnement, le même destin que l’ancien SMIT, progressivement tombé en désuétude.
Pour le
Pr Moussa Seydi
, l’origine du problème remonte notamment à un engagement pris par l'État sénégalais devant le premier bailleur du projet. Selon lui, l’État s’était engagé à assurer intégralement la maintenance du SMIT. Cet engagement n’ayant pas été respecté, le médecin avait envisagé la création de HeRO comme une solution alternative pour préserver les infrastructures et garantir leur pérennité. Mais après six années de démarches, le projet n’a finalement pas pu aboutir. Dans sa déclaration, le spécialiste tient néanmoins à rendre hommage à ceux qui l’ont accompagné dans cette longue entreprise. Il cite notamment les notaires Maître Moustapha Ndiaye et Maître Tamsir Ndiaye, les membres fondateurs, les chercheurs et les donateurs mobilisés autour du projet. Il mentionne également Yankhoba Seydi, directeur de la recherche et de l’innovation de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), dont il souligne l’engagement. L’abandon de HeRO ne signifie toutefois pas, à ses yeux, la fin du combat. « Je n’arrête pas par lassitude du combat, mais par refus de continuer à courir dans le vide », écrit le Pr Seydi. Une phrase qui résume le sentiment de frustration d’un homme qui aura consacré six années à tenter de mettre en place un dispositif destiné à renforcer durablement le système de santé. Le médecin assure ainsi vouloir poursuivre, avec ceux qui le souhaitent, des actions concrètes en faveur du SMIT, même en dehors du cadre institutionnel initialement envisagé. Son renoncement apparaît donc moins comme un retrait que comme un changement de méthode, après des années de démarches administratives restées sans aboutissement. En citant l’essai d’Axelle Kabou, Et si l’Afrique refusait le développement ?, le Pr Seydi dit avoir compris avec le recul la portée d’alerte de cet ouvrage. Mais loin de céder au fatalisme, il veut croire que la nouvelle génération saura aller plus loin. Le Sénégal perd aujourd’hui un projet porté pendant six ans par l’un de ses grands visages de la lutte contre les maladies infectieuses. Et derrière l’abandon de HeRO, c’est une question plus large qui se pose : combien de projets essentiels au système de santé sont encore ralentis ou étouffés par la lourdeur administrative ?