- Olembe : 17 ans de travaux, 220 milliards, et rien
Visite-communication, condamnation CIRDI de 51 milliards, nouveau marché de 3,4 milliards : le complexe d'Olembe reste un gouffre financier inachevé. Dix-sept...

AI summary
Visite-communication, condamnation CIRDI de 51 milliards, nouveau marché de 3,4 milliards : le complexe d'Olembe reste un gouffre financier inachevé.
Dix-sept ans après la pose de la première pierre, le complexe sportif d'Olembe a coûté plus de 220 milliards de FCFA. Il n'est toujours pas homologué.
Le stade principal n'est pas homologué. L'hôtel cinq étoiles est à 40 % de réalisation neuf ans après le début des travaux. Le centre commercial, à 50 %. Et dimanche, une visite guidée censée lever les doutes a produit l'effet inverse.
Le complexe sportif d'Olembe, à Yaoundé, reste ce qu'il a toujours été : un chantier inachevé, une facture qui s'allonge, et une humiliation nationale qui se rejoue à chaque nouvelle révélation.
Une visite pour convaincre, une visite pour exposer
Dimanche après-midi, le conseiller technique n°2 du ministère des Sports, Cyrille Tolo, a conduit une délégation de journalistes et de chroniqueurs d'Info TV sous les gradins du complexe sportif d'Olembe. L'objectif affiché : « lever les zones d'ombre » après des débats télévisés houleux sur l'état réel des travaux.
Le résultat a été documenté en vidéo. Il a produit l'effet inverse.
Sous les gradins, un hôtel cinq étoiles de 70 chambres est en construction depuis mars 2017. Neuf ans plus tard, les images montrent un parking souterrain, ce qui ressemble à des chambres pour le personnel d'entretien, une structure que plusieurs observateurs ont comparée à une auberge plutôt qu'à l'établissement de standing international annoncé. Le journaliste Jean Jacques Ze, présent lors de la visite, a évalué l'hôtel à 40 % de réalisation et le centre commercial à 50 %.
Quelques heures avant cette visite, Cyrille Tolo avait affirmé sur Info TV que les travaux du complexe étaient « achevés ». La contradiction était trop visible pour passer inaperçue.
« Ce que vous avez vu hier, ce n'était pas un hangar, c'est un chantier qui est vaste. Vous avez trois salles de conférence, trois restaurants, 70 chambres, quatre suites présidentielles, une piscine olympique, un gymnase, mais on aura aussi un centre commercial, qui est le plus grand d'Afrique centrale avec 18 000 m². Il y a des salles de cinéma, il y aura un musée également », a-t-il déclaré le lendemain sur Times Télévision.
Il a aussi affirmé que l'hôtel et le centre commercial seraient « achevés d'ici le début de l'année prochaine ».
51 milliards pour solde de tout compte
Pendant ce temps, la justice internationale a rendu son verdict.
Le 4 septembre 2026, le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) a condamné l'État camerounais à verser 78,5 millions d'euros soit environ 51,49 milliards de FCFA au groupe italien Gruppo Officine Piccini. La sentence, notifiée aux parties, retient trois manquements : expropriation illégale, violation du traitement juste et équitable, et défaut de pleine protection et sécurité.
Le montant se décompose en 51,3 millions d'euros d'investissement net, 5,4 millions de manque à gagner sur travaux non réalisés, 8,1 millions de perte de jouissance des machines, 7,7 millions de perte de valeur des équipements et 6 millions de frais post-expropriation. S'y ajoutent les intérêts composés au taux EURIBOR 6 mois majoré de 4 % depuis le 29 novembre 2019.
Piccini réclamait initialement 250 milliards de FCFA. Le CIRDI a retenu un peu plus de 50 milliards. Une réduction, oui. Mais une condamnation qui s'ajoute à une facture déjà longue.
Le marché de trop
Le 24 juillet 2026, l'ONIES a attribué à AMA Consultants un marché de 3 455 030 250 FCFA TTC pour une mission d'assistance à maîtrise d'ouvrage sur le complexe d'Olembe. Le marché, exécutable sur 20 mois et payable en trois tranches, ne finance pas les travaux physiques. Il finance le pilotage, la coordination et le suivi administratif du chantier.
L'entreprise AMA Consultants, basée à Douala, reste peu connue du grand public. Aucune information substantielle sur ses références dans les infrastructures sportives n'a été rendue publique.
Le montant plus de 3,4 milliards pour une mission d'assistance a nourri les interrogations. D'autant que la question de l'achèvement du complexe reste entière : combien coûtera réellement la fin des travaux ? Et sur quel budget ?
Un projet de 163 milliards devenu gouffre
Le complexe sportif d'Olembe a été lancé en 2015 avec le groupe italien Piccini, pour un contrat initial de 163 milliards de FCFA. Il devait être livré pour la CAN 2021.
Le chantier a dérapé presque immédiatement. Retards, grèves pour arriérés de salaires, arrêts de travaux. Piccini a réclamé 28 milliards de FCFA supplémentaires pour le transport de préfabriqués depuis l'Italie et des travaux additionnels. Yaoundé a refusé.
Le 29 novembre 2019, sur instruction du secrétaire général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, le ministre des Sports Narcisse Mouelle Kombi a résilié unilatéralement le contrat. Motifs invoqués : abandon de chantier, arrêt non autorisé des travaux, défaillance caractérisée, sous-traitance sans autorisation.
Le groupe canadien Magil a repris le chantier. Il l'a lui-même abandonné en 2022-2023, après avoir réclamé 43,3 millions d'euros en dépassements de coûts.
Le budget initial de 163 milliards a été revu à 218 milliards, puis à 235 milliards. À ce jour, selon Cyrille Tolo, 155 milliards de FCFA ont été consommés 113 milliards par Piccini, 42 milliards par Magil.
Le stade principal, lui, n'est toujours pas homologué par la Confédération africaine de football pour accueillir des compétitions internationales.
« Nous n'avons pas fait de gabegie »
Cyrille Tolo défend la gestion de l'État. « Le complexe sportif d'Olembé devrait coûter à l'État camerounais 163 milliards de FCFA. Aujourd'hui, les composantes qui existent : l'hôtel qui est à 40 %, le centre commercial qui est à 50 %, les deux stades d'entraînement qui sont achevés, le stade principal qui est achevé. Toutes ces composantes-là ont déjà coûté à l'État 155 milliards. Vous voyez donc que l'État a géré cette infrastructure en bon père de famille. Nous n'avons pas fait de gabegie », a-t-il soutenu sur Times Télévision.
Le gouvernement conteste aussi la sentence du CIRDI. « Cette sentence du CIRDI est une grande surprise pour le gouvernement et pour l'État du Cameroun », a déclaré Cyrille Tolo, rappelant que Yaoundé avait dès le départ contesté la compétence de cette juridiction pour trancher ce dossier. Selon lui, le différend relève d'un contrat commercial et non d'un traité d'investissement. Il reproche au CIRDI d'avoir « mis à l'écart les préjudices subis par l'État du Cameroun », notamment la fermeture du chantier par Piccini pendant près d'un an.
Le Cameroun a annoncé son intention de contester la décision par les voies de recours prévues.
Ce qui reste quand on regarde les gradins
Le complexe sportif d'Olembe devait être la vitrine de la CAN 2021. Il a accueilli deux matchs officiels : l'ouverture et la clôture. Un ratio coût-usage qui interroge.
Onze ans de chantier. Plus de 220 milliards de FCFA. Une condamnation de 51 milliards. Un nouveau marché de 3,4 milliards pour gérer la fin. Un hôtel à 40 % et un centre commercial à 50 %, neuf ans après le début des travaux.
Cyrille Tolo promet l'achèvement « d'ici le début de l'année prochaine ». La même promesse, formulée en 2019, en 2021, en 2023, n'a jamais été tenue.
La question n'est plus de savoir si le complexe d'Olembe sera un jour achevé. Elle est de savoir combien il aura coûté, au final. Et qui paiera encore.
Pourquoi le Cameroun a-t-il été condamné à payer Piccini ?
Le CIRDI a retenu une expropriation illégale, une violation du traitement juste et équitable et un défaut de protection. Le Cameroun avait résilié unilatéralement le contrat de Piccini en 2019.
Combien a coûté le complexe sportif d'Olembe ?
Le budget initial était de 163 milliards de FCFA. Les chiffres avancés aujourd'hui varient : 155 milliards consommés selon le MINSEP, 218 à 235 milliards selon d'autres estimations. Le coût final n'est pas connu.
Le stade d'Olembe est-il fonctionnel ?
Le stade principal a accueilli la CAN 2021, mais il n'est pas homologué par la CAF pour les compétitions internationales. L'hôtel et le centre commercial sont inachevés.
Pourquoi un nouveau marché de 3,4 milliards a-t-il été attribué ?
L'ONIES a confié à AMA Consultants une mission d'assistance à maîtrise d'ouvrage pour piloter l'achèvement du complexe. Ce marché ne finance pas les travaux physiques.
Follow the story
About this article
- Length
- 1,370 words · 7 min read
- Published
- September 15, 2026
- Byline
- Toto Jacques
- Source
- Camer.be