Tribune : De l’école primaire Dramé Oumar de Kankan au majestueux Hôtel Ivoire d’Abidjan : le voyage de l’histoire
Amadou Diouldé Diallo, journaliste-historien : C’était au cours d’un après-midi du séjour ivoirien du président Mamadi Doumbouya. Au bord de la lagune Ébrié se dresse fièrement l’Hôtel Ivoire, qui surplombe la ville et tutoie le ciel. C’est l’une de ses imposantes salles qui a servi de cadre à la rencontre du président de la République avec la communauté […] The post Tribune : De l’école primaire Dramé Oumar de Kankan au majestueux Hôtel Ivoire d’Abidjan : le voyage de l’histoire first appeared
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**Amadou Diouldé Diallo, journaliste-historien : **C’était au cours d’un après-midi du séjour ivoirien du président Mamadi Doumbouya. Au bord de la lagune Ébrié se dresse fièrement l’Hôtel Ivoire, qui surplombe la ville et tutoie le ciel. C’est l’une de ses imposantes salles qui a servi de cadre à la rencontre du président de la République avec la communauté guinéenne.
Sur le plan protocolaire, c’est du déjà-vu et du déjà connu. Mais les visages et les parures transforment la salle en une sorte d’« extraterritorialité », donnant à voir la Guinée dans toute sa dimension plurielle.
Puis, une scène se produit. Au fond de la salle se tient une femme, un morceau de papier entre les mains. Ce qui y est écrit intrigue le président Mamadi Doumbouya, au point qu’il ordonne à l’un de ses gardes d’aller récupérer le papier et de le lui apporter.
À sa lecture, le Président replonge aussitôt dans la forêt des souvenirs pour y chercher son fagot de bois mort qui, ce jour-là, n’était autre qu’un sachet d’eau vendu à 25 francs guinéens. Il l’avait reçu et bu, dans la cour de l’école primaire Dramé Oumar de Kankan, des mains de cette camarade. Il ne l’avait pas payé et cette dernière lui avait promis l’enfer s’il n’honorait pas sa dette.
Des années se sont écoulées. Les positions du destin ont changé, jusqu’à propulser Mamadi Doumbouya au sommet de l’État, à la présidence de la République de Guinée. Il cherche alors, par monts et par vaux, cette ancienne camarade de classe afin de payer la dette du sachet d’eau qui, ce jour-là, lui avait permis d’étancher sa soif.
Et voilà que c’est loin de leur Kankan natal qu’ils se retrouvent par hasard, portés par un voyage de l’histoire et de sa première composante : la géographie. À Abidjan, en l’occurrence.
Le mérite exceptionnel du président Mamadi Doumbouya, ce jour-là, est d’avoir conservé le souvenir précis de cet acte posé durant son adolescence. Il l’a rappelé avec dignité et reconnaissance, sans éprouver le moindre complexe à l’évoquer publiquement.
Aux yeux de certains, cette évocation aurait pu affecter l’image du président de la République qu’il est devenu.
Non. C’est une page de son histoire personnelle qu’il s’est d’ailleurs plu à raconter avec une dose d’humour, lorsqu’il a dit à son ancienne camarade de classe :
« Maintenant que je t’ai retrouvée, je vais payer ma dette pour ne pas aller en enfer. »
Par cette attitude, le président Mamadi Doumbouya a voulu rappeler, non seulement à ses compatriotes présents ce jour-là dans cette gigantesque salle de l’Hôtel Ivoire, mais aussi à tous les Guinéens, que nous devons assumer notre passé dans son entièreté. Aucune position politique, administrative ou sociétale ne devrait nous conduire à verser dans l’orgueil, la prétention ou la vanité, au point de faire de nos frères et sœurs des Guinéens de seconde zone.
Pour donner à cette scène d’adolescence toute sa signification et toute sa splendeur, l’histoire a fait le voyage des bords du Milo à ceux de la lagune Ébrié, de la cour de l’école primaire Dramé Oumar de Kankan au majestueux Hôtel Ivoire d’Abidjan.
Ces retrouvailles ont eu lieu à l’occasion de la visite d’État de celui qui avait pris à crédit un sachet d’eau et de celle qui le lui avait donné, en insistant sur le fait que le non-paiement le conduirait en enfer.
Non, il n’y aura point d’enfer pour eux, mais plutôt le Paradis.
Il faut dire qu’il n’y a rien d’artificiel chez le président Mamadi Doumbouya dans cet acte majeur qu’il vient de poser à Abidjan.
Souvenez-vous : lors de l’un de ses séjours à Kankan, alors que son cortège s’ébranlait dans la ville du vénéré Cheick Fantamady Chérif, qui est aussi sa ville natale, il avait reconnu, dans la foule compacte, dense et immense, l’un de ses amis d’enfance. Il lui avait tendu la main pour le faire monter dans son imposant véhicule de commandement.
Une autre fois, alors qu’il venait de prendre le chemin du retour vers Conakry et que son impressionnant cortège roulait à vive allure, il le fit brusquement arrêter après avoir reconnu, au bord de la route, un autre ami d’enfance. Sur ses instructions, celui-ci le rejoignit aussitôt à bord de son véhicule, provoquant ainsi un rassemblement de grande envergure.
À toutes ces occasions, et à bien d’autres, le président Mamadi Doumbouya n’a donné aucune impression de se livrer à une opération de communication ou à une propagande tapageuse visant à nourrir un populisme outrageant.
Alors, une question se pose : qui se cache réellement derrière cette stature imposante, ces lunettes fumées, cette barbe fournie et ce silence de cimetière ?
Est-ce Mamadi Doumbouya, le militaire aguerri, le chef d’État attaché aux résultats ou encore le président de la République dévoué ?
Si l’on peut répondre par l’affirmative à chacune de ces questions, une chose paraît incontestable : l’homme porte en lui une part importante d’humilité, de générosité, de fraternité et de solidarité.
Nul doute que Dieu et le temps finiront par nous révéler l’homme dans toutes ses fibres et sous toutes ses coutures.
Amadou Diouldé Diallo, journaliste-historien
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- September 18, 2026
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