Accès aux soins : L’activiste Woppa Diallo plaide pour une meilleure prise en charge des femmes de Matam
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Dans la région de Matam, l’accès aux soins constitue une préoccupation pour les femmes vivant dans les zones rurales. Éloignement des structures, manque de personnel et difficultés d’évacuation compliquent souvent le suivi de la grossesse et la prise en charge des accouchements. Pour l’activiste Woppa Diallo le pouvoir de décision des femmes doit être renforcé tout comme il faut rapprocher les services de santé des populations.
« Pendant la saison des pluies, le pont reliant le Daande Maayo aux localités du Diéri est submergé par les eaux de crue du fleuve Sénégal. Certaines localités du Diéri se retrouvent donc très éloignées de la route nationale n° 2. Il devient alors presque impossible de traverser ce pont. Les habitants sont contraints d’utiliser la voie fluviale, et certaines familles doivent encore parcourir de longues distances en charrette pour rejoindre les structures de santé », témoigne Falel Pam, ancien correspondant du journal Le Soleil à Matam.
Originaire du Daande Maayo qui signifie en français les territoires situées au bord du fleuve, l’œil du quotidien Le Soleil a suivi pendant plusieurs années la réalité des populations de Matam confrontées aux difficultés d’accès aux soins. Selon lui, ces difficultés s’expliquent par les caractéristiques géographiques de la région. Vaste et faiblement peuplée par endroits, Matam présente des contraintes particulières pour le déploiement des services sanitaires. La région couvre une superficie de 29 616 km², soit 14,7 % du territoire national. Elle est la deuxième région la plus vaste du Sénégal, après Tambacounda, qui s’étend sur 42 613 km². En 2024, sa densité a été estimée à 28 habitants au km².
Ce faible taux de couverture, combinée à l’étendue du territoire, pose un défi pour l’accès des populations aux services sociaux de base, notamment aux soins de santé. C’est tout l’objet du combat de Woppa Diallo. Native d’Agnam, l’activiste a fait de l’éducation et de l’autonomisation des femmes son combat. Fondatrice de l’Association pour le maintien des filles à l’école (Amfe), elle s’intéresse aussi aux difficultés rencontrées par les femmes rurales pour accéder aux services de santé.
Pour elle, ces difficultés sont d’abord liées à la distance. Selon Woppa Diallo, certaines communautés de Matam se trouvent à plus de 30 kilomètres d’une structure de santé. Pendant l’hivernage, l’accès à certaines zones devient plus difficile. « La distance aux soins à Matam est à la fois une distance kilométrique et une distance de pouvoir », estime-t-elle tout en appelant à de l’équité dans le traitement des soins. Du même avis, Falel Pam considère que l’un des principaux obstacles à l’accès aux soins de santé dans la région est l’éloignement des villages par rapport aux établissements de santé.
« Au cœur du Diéri, certains villages ne disposent pas d’un accès adéquat aux services de santé. Dans le Ferlo, la situation est pratiquement la même. Les villages sont très dispersés. Pour accéder aux soins, les habitants doivent se rendre au centre de santé de Ranérou », explique-t-il. Pour Falel Pam, le problème tient également à la concentration des principaux établissements de santé dans un nombre restreint de zones. « Les hôpitaux sont concentrés à Matam et à Ourossogui, alors que la distance entre ces deux départements n’est que de 10 km. Toute personne malade est orientée vers Ourossogui.
Même certains patients évacués de Ranérou de Mauritanie passent par Ourossogui », souligne-t-il. Selon lui, compte tenu de cette situation, la région de Daande Maayo mérite une amélioration de ses infrastructures de santé. « La localité de Daande Maayo a besoin d’un centre de santé digne de ce nom. Les populations qui vivent notamment à Djerbivol pêcheur vivent un véritable calvaire parce qu’ils doivent d’abord traverser le bras du fleuve avant de se diriger vers le Dieri pour avoir des soins. De même les habitants du village de Mberla Bele dans le fin fond du Dieri font face à de grandes diffficultés. A l’heure actuelle, Dans le Dande Maayo, entre Nguidjilone jusqu’à Félou, il existe des postes de santé, des cases de santé, mais pas encore de centre de santé », souligne-t-il.
Un manque de personnel et de structures, Matam en dessous de la moyenne nationale
Dans ce cadre, les données de la situation économique et sociale de Matam 2024, publiée par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), montrent des difficultés dans la couverture sanitaire de la région. Il ressort qu’en 2024, Matam comptait 3 centres hospitaliers, 4 districts sanitaires, 6 centres de santé et 90 postes de santé. Toutefois, le nombre de postes est passé de 89 en 2023 à 90 en 2024. Dans le même temps, les cases de santé fonctionnelles sont passées de 66 à 60.
Dans ce sillage, La question des ressources humaines est aussi une difficulté que rencontre les populations. De ce fait, la situation économique et sociale de Matam (Ses 2024) indique également un ratio d’un médecin pour 14 886 habitants dans la région, alors que la norme retenue dans le rapport est d’un médecin pour 10 000 habitants. Pour les sages-femmes d’État, « le ratio est d’une sage-femme pour 1 580 femmes en âge de reproduction, contre une norme d’une pour 300 ». Afin de mieux impacter et connecter les populations matamoises, Woppa Diallo préconise un meilleur maillage du territoire. « Il faut renforcer les zones comme le Diéri et le Daande Maayo. Les femmes qui y vivent doivent pouvoir accéder aux soins sans parcourir de longues distances », plaide-t-elle.
La fondatrice de l’Association pour le maintien des filles à l’école (Amfe), estime également nécessaire de renforcer les moyens d’évacuation et de créer ou réhabiliter des maternités de proximité. Dans ce cadre, les données du système d’information sanitaire montrent également un écart entre Matam et la moyenne nationale pour l’assistance à l’accouchement. En 2022, « le taux d’accouchements assistés par un personnel qualifié dans les structures sanitaires était de 92,9 % à Matam, contre 97,3 % pour l’ensemble du Sénégal pour une cible attendue de 100% », souligne le rapport le plus récent de l’Ansd sur Matam.
Les données du RGPH-5 de l’Ansd font aussi état de 252 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes à Matam, contre 213 au niveau national. Le 20 janvier 2025, lors d’un Comité régional de développement consacré au lancement du plan stratégique de santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile, de l’adolescent et de la nutrition, le directeur régional de la Santé, Dr Moustapha Faye, avait également souligné les causes de mortalité maternelle dans la région. « Les causes des décès maternels qui sont nombreuses et multifactorielles sont liées aux hémorragies, aux dystocies et aux infections », avait-il déclaré.
Le directeur régional de la Santé avait alors indiqué que la région voulait ramener le ratio à 150 des décès ». Dans ce sillage, une étude publiée en 2025 dans le Journal Africain des Cas Cliniques et Revues par des chercheurs sénégalais s’est penchée sur les déterminants des décès maternels au Centre hospitalier régional de Ourossogui entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2022. Les chercheurs ont analysé 57 décès maternels enregistrés sur 6 612 accouchements entre 2020 et 2022, soit un ratio de 862 décès pour 100 000 naissances vivantes dans cet établissement.
Selon leur analyse, « Le retard à la consultation représentait 48 % des cas, le retard à l’évacuation 37 % et le retard de prise en charge au niveau de la structure sanitaire 15 % », indiquent-ils. L’étude relève également que « 86 % des patientes décédées avaient été évacuées ». Sur les causes de décès, les auteurs précisent que « les causes obstétricales directes représentaient 84,2 % des décès étudiés ». Les hémorragies du post-partum arrivent en tête avec « 59,6 % des cas », suivies des troubles hypertensifs de la grossesse et de leurs complications, qui représentent « 19,3 % » des cas.
La télémédecine comme solution ?
Du côté des autorités, Magor sow, directeur de l’assurance de l’Agence pour la Couverture Maladie Universelle (Sen-CSU), précise que l’agence a mis en place un dispositif d’assurance destiné aux femmes en âge de procréer. « En ce qui concerne l’accès aux soins maternels, l’Agence a mis en place un dispositif assurantiel pour l’enrôlement et la prise en charge financière des soins des femmes en âge de reproduction, avec une prise en charge de 80 % au niveau des structures de santé publiques et un accès aux médicaments des officines privées à hauteur de 50 % », explique-t-il.
Selon lui, entre 2021 et 2024, la prise en charge gratuite des femmes enceintes a concerné six régions d’intervention de la Banque mondiale à savoir Kaffrine, Kédougou, Kolda, Ziguinchor, Sédhiou et Tambacounda. De plus, malgré l’existence du Plan stratégique de la santé 2024-2028, les difficultés d’accès aux soins maternels continuent de toucher les femmes, particulièrement celles qui vivent dans les zones rurales de Matam.
Toutefois pour Woppa Diallo, la question de l’accès aux soins ne se limite toutefois pas à l’offre de santé, elle découle aussi du poids des normes sociales, des difficultés financières et le recours aux matrones traditionnelles dans certaines communautés. « La décision de recourir aux soins ne dépend souvent pas de la femme elle-même. Elle dépend parfois du mari ou de la belle-mère », affirme-t-elle.
Selon l’activiste, les réponses doivent aussi passer par les femmes elles-mêmes notamment dans le cadre le programme Badienu Gox, qui s’appuie sur des femmes relais dans les communautés pour accompagner les femmes enceintes. « Les femmes peuvent jouer un rôle important dans l’accompagnement des femmes enceintes. Il faut renforcer ce programme, surtout dans les zones les plus éloignées », souligne-t-elle tout en proposant également de renforcer la télémédecine. Mais elle estime que cet outil ne doit pas remplacer les investissements dans les structures et le personnel. « On ne pratique pas une césarienne à distance.
La télémédecine doit être un complément. Elle ne peut pas remplacer les infrastructures et le personnel de santé. Il faut réduire le coût des soins, mais il faut aussi rapprocher les structures de santé des populations, améliorer les évacuations et donner aux femmes les moyens de décider pour leur propre santé », invite-t-elle. Comme quoi la solution à l’accès aux soins pourrait aussi passer par les technologies ?
**Marième Fatou Dramé **
Cet article WanaData a été soutenu par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD).
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- 1,721 words · 9 min read
- Published
- September 18, 2026
- Byline
- Cheikh Tidiane NDIAYE
- Source
- Soleil