
Le prix du carburant au Cameroun ne restera pas gelé encore longtemps. C’est ce que révèle le Rapport sur l’économie camerounaise en 2025, présenté à Yaoundé le 25 août dernier, un document qui trace la voie vers une remontée progressive des tarifs à la pompe. Le scénario privilégié par le MINEPAT prévoit de répercuter la moitié seulement des hausses internationales sur les consommateurs.
Le mécanisme reste connu de tous ceux qui suivent l’économie camerounaise depuis quelques années. L’État fixe les prix à la pompe et absorbe l’écart quand le pétrole importé coûte plus cher sur le marché mondial. Le truc, c’est que cette prise en charge devient franchement intenable dès que le baril dépasse 75 dollars.
Or les projections du MINEPAT tablent sur un baril entre 100 et 110 dollars pour les prochaines années, des niveaux qu’on avait déjà connus en 2023 et 2024. La subvention avait alors grimpé à 460 milliards de FCFA en 2023, soit près de 1,5% du PIB. Elle était retombée à 231 milliards en 2024 avec le reflux des cours, mais rien ne garantit que cette accalmie dure.
Le rapport a simulé trois scénarios sur la base d’une hausse de 20% du coût des carburants importés en 2026. Premier scénario, le gel total des prix, protecteur mais ruineux pour les finances publiques avec 1,60% du PIB de subvention cumulée sur trois ans. Deuxième scénario, celui que le MINEPAT privilégie, une hausse partagée moitié-moitié qui ramène la facture à seulement 0,40% du PIB.
Difficile de ne pas y voir un aveu implicite dans ce rapport. Le gel semble protéger les ménages à court terme, avec une consommation qui progresserait de 0,86% en 2026. Mais l’effet s’inverse vite, dès 2027, avec un recul de 3,15% qui reste finalement proche des autres scénarios.
Sur trois ans, le gel total resterait quand même la moins mauvaise option pour la consommation des ménages, avec un recul de 4,34% contre 5,27% pour la hausse partielle. C’est un paradoxe que le rapport assume sans détour, le gel protège la consommation immédiate mais plombe l’investissement et les comptes publics, avec un recul de 20,10% de l’investissement total sur la période.
Le rapport évoque aussi des pistes de ciblage des aides vers les transporteurs, les agriculteurs et les ménages vulnérables. Mais leur mise en œuvre bute sur l’absence de registres sociaux fiables au Cameroun.