À Conakry, le phénomène est devenu difficile à ignorer. Dans les rues, aux abords des marchés, dans les gares routières, mais aussi à proximité des mosquées, de nombreux enfants sont quotidiennement présents pour vendre des marchandises ou mendier. Certains portent sur la tête un plateau d’eau, de fruits ou d’arachides ; tandis que d’autres passent des heures à tendre la main aux passants. Derrière ces scènes devenues presque ordinaires se cache une réalité beaucoup plus préoccupante : l’exploitation des mineurs.
Dans un entretien accordé à Guineematin.com, le procureur spécial près le Tribunal pour Enfants, Cé Avis Gamy, a rappelé la responsabilité des adultes face à ce phénomène et les sanctions prévues par la législation guinéenne.
« Les parents sont généralement complices des faits qui emmènent les enfants dans la rue. Il y a aussi des tuteurs. Les gens qui vont dans les villages, ils prennent les enfants de leurs cousins, de leurs nièces, de leurs neveux, ils les envoient à Conakry. Dès qu’ils sont dans des difficultés, ils commencent à exploiter les enfants. Ils mettent les paniers, les plateaux d’eau, de mangues, d’arachides sur leurs têtes, on leur demande d’aller vendre. Et ces enfants sont dans l’obligation de vendre et de rendre compte le soir. Donc en résumé, il faut dire que ça peut être d’une part les parents et d’autre part les tuteurs. Bref, toute personne ayant une autorité sur l’enfant peut bel et bien être acteur ou complices de ces faits », a-t-il déclaré.
Pour ce magistrat du parquet, le fait de faire travailler ou mendier un enfant dans de telles conditions n’est pas un simple problème social. Il s’agit d’un comportement susceptible de poursuites pénales. Cé Avis Gamy rappelle notamment que les dispositions du Code de l’enfant prévoient des sanctions contre les personnes impliquées dans l’exploitation des mineurs.
« Il faut se dire que le siège de ces comportements est prévu par les dispositions de l’article 907 et suivants. La loi est très rigoureuse sur ces questions. La peine d’emprisonnement va jusqu’à 2 à 3 ans d’emprisonnement. Ça dépend de la taille de l’infraction. Et l’amende varie de 5 à 15 millions de francs guinéens. Comme pour dire que le législateur n’a pas été clément vis à vis de ce comportement. Parce que c’est un comportement qui diminue l’enfant, qui réduit l’enfant en esclave. Donc ce comportement est vivement réprimé par le législateur », a-t-il précisé.
Le procureur Cé Avis Gamy reconnaît toutefois qu’il peut arriver qu’un enfant se retrouve de son propre chef dans une activité commerciale ou dans la mendicité. Mais, explique-t-il, cette situation demeure relativement rare.
« Cette hypothèse n’est pas exclue. Mais elle n’est pas tellement récurrente, d’autant plus que les enfants ne prennent pas cette responsabilité. Pour exercer une activité commerciale, il faut avoir un fonds de commerce. Il faut forcément quelqu’un qui lui donne les moyens pour pouvoir le faire. La mendicité aussi, ça dépend. Généralement quand vous voyez les petits enfants qui sont dans les rues, ce sont des adultes qui les poussent à aller faire la mendicité. Donc au cas où un enfant serait appréhendé, il y a des conditions que la loi a prévues. Et cela dépendra de son âge aussi. Il y a des mesures de sûreté, des mesures d’éducation, des mesures de rééducation. Il y a une batterie de mesures qui est mises à la disposition du tribunal pour enfants pour pouvoir tirer toutes les conséquences du droit qui sied », a-t-il indiqué.
Face à l’ampleur du phénomène, les autorités judiciaires disent vouloir intensifier la lutte contre l’exploitation des enfants. L’objectif affiché par le procureur spécial Cé Avis Gamy est particulièrement ambitieux : parvenir à débarrasser les rues guinéennes de la présence d’enfants exposés à la mendicité et à l’exploitation économique.
« Depuis notre arrivée, dans l’ensemble, nous sommes en train de nous battre pour lutter farouchement contre ce phénomène et l’éradiquer complètement dans la société guinéenne, pour qu’on est zéro enfants dans la rue. C’est ça d’ailleurs notre objectif, notre credo : lutter contre cette délinquance, lutter contre ce phénomène, pour qu’on ait une ville exempte de ces situations pareilles. Et nous sommes en train de travailler d’arrache-pied pour pouvoir atteindre l’objectif », a-t-il dit.
Le procureur spécial Cé Avis Gamy affirme avoir reçu des instructions fermes du procureur général près la Cour d’appel de Conakry afin d’engager des poursuites contre les personnes impliquées dans ces faits. Ces instructions auraient déjà donné lieu à plusieurs opérations sur le terrain.
« Le procureur général près la Cour d’Appel de Conakry avait pris sa responsabilité tout en me donnant des instructions fermes, à l’effet pour nous d’enclencher l’action publique contre les auteurs et complices de ces faits. Donc nous sommes inscrits dans cette logique et nous sommes en train de travailler d’arrache-pied pour lutter efficacement contre ce fléau. A la suite de cela, il y a eu des interpellations un peu partout à Conakry, à Coyah, à Dubréka. Il y a eu même des décisions en la matière », a-t-il mentionné.
**Saïdou Hady Diallo pour Guineematin.com **
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