Promotion des séries scientifiques dans nos lycées, ma position sur la décision ministérielle
Promotion des séries scientifiques dans nos lycées, ma position sur la décision ministérielle Pour l’année scolaire 2026/027, les autorités éducatives ont décidé de relever le taux d’accès des élèves dans les séries scientifiques dans les classes de seconde à hauteur de 42% , à travers une directive du ministère de l’éducation nationale qui date du 27 août. Cette décision intervient après un constat jugé préoccupant : lors de la campagne d’orientation 2025, seuls 29,15 % des élèves avaient été o

Promotion des séries scientifiques dans nos lycées, ma position sur la décision ministérielle
Pour l’année scolaire 2026/027, les autorités éducatives ont décidé de relever le taux d’accès des élèves dans les séries scientifiques dans les classes de seconde à hauteur de 42%, à travers une directive du ministère de l’éducation nationale qui date du 27 août. Cette décision intervient après un constat jugé préoccupant : lors de la campagne d’orientation 2025, seuls 29,15 % des élèves avaient été orientés vers les séries scientifiques.
Le ministère entend, ainsi, inverser durablement cette tendance, conformément à la Stratégie nationale de développement de l’enseignement et de l’apprentissage des Sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (SNDEA-STEM). Cette promotion est devenue une priorité nationale stratégique pour renforcer le capital humain, stimuler l’innovation et répondre aux défis technologiques et économiques du pays.
Dans la lettre circulaire, on note de nouveaux critères d’éligibilité : pour faciliter l’accès aux filières scientifiques, un critère exceptionnel d’éligibilité est introduit. Est désormais éligible tout élève ayant obtenu, en 2025/2026, au moins 10/20 dans une discipline scientifique et au moins 9/20 dans une autre. Les matières concernées sont les mathématiques, les sciences physiques et les sciences de la vie et de la Terre (SVT). Et ce qui est déplorable, c’est que l’avis des enseignants et de l’administration qui connaissent le profil des élèves ne comptent plus : « Les dossiers répondant à ces seuils devront faire l’objet d’un réexamen prioritaire. La demande de l’élève, l’avis du conseil de classe ou celui du psychologue-conseiller ne pourront, à eux seuls, constituer un obstacle à cette éligibilité ».
Et ceux des parents et élèves n’en parlons pas. Ce qui est vraiment dommage dans une démocratie. Dans un texte, le public et ses problèmes, issu d’une série de conférences prononcées en 1926, John Dewey s’efforce de renouer les liens sans lesquels la démocratie n’est qu’un vain mot, en mettant en garde contre le règne des experts. S’interrogeant sur ce qu’est la démocratie, Dewey se demande que signifie la Démocratie ? Si ce n’est que l’individu doit avoir son mot à dire dans la détermination des conditions et des buts de son travail ; et que, en définitive, l’activité du monde s’accomplit mieux par une libre et mutuelle harmonisation entre des individus différents que par la planification et l’organisation de quelques-uns si avisés et bien intentionnés soient-ils.
John Dewey, ce philosophe américain, le plus marquant de la première moitié du xx -ème siècle, s’élevait contre les réformateurs de l’école avec un pouvoir considérable de type autocratique. Il insistait beaucoup sur l’esprit démocratique qu’on doit cultiver non seulement dans nos écoles, mais chez les adultes qui travaillent pour l’école. La Démocratie, pensait-il, doit dépasser le cadre étroit de la politique pour s’étendre au lieu de travail.
Les parents, les enseignants que nous sommes et surtout les élèves, dont on ne prend jamais en compte les avis, les choix dans les décisions qui les concernent.
Parent et en même temps enseignant, j’ai été très gêné, quand un parent m’a interpellé pour me dire que son enfant, orienté en seconde S, risque d’abandonner si on ne lui change pas la série. Ils sont très nombreux, d’ailleurs, à chercher à changer de série car étant conscients de leurs limites pour réussir dans les séries scientifiques, sans y arriver face à la rigidité des administrations contraintes par la hiérarchie d’appliquer la mesure et oubliant tout sur la centralité de l’enfant, ignorant que l’école est le royaume dont le prince est l’élève (Olivier Reboul). On a l’impression que la centralité de l’élève ne veut rien dire pour les adultes qui travaillent à l’école ou du moins les réformes et décisions ne militent pas en faveur de l’épanouissement des enfants à l’école.
Peut-être, pour reprendre Pierre Teil, on est toujours dans une école qui ne tient pas en compte la réalité des enfants : « On ne s’occupe que de ce que les élèves doivent acquérir en occultant le fait qu’un enfant n’apprend que s’il en a le désir. Or, celui-ci ne peut exister que si on aide l’enfant à prendre conscience de ses capacités d’apprentissage, que l’enseignement doit lui permettre de développer alors que souvent il les inhibe. » (Pierre Teil,2006, p 27).
Les parents- clients que nous sommes sont vraiment fâchés contre cette mesure et je me demande pourquoi, on n’a pas entendu la fédération des associations de parents d’élèves sur la question. Ce qu’il ne faut jamais perdre de vue c’est qu’aujourd’hui, nous sommes à l’ère de l’éducation sentimentale et affective : on a affaire à des parents connaisseurs qui s’intéressent beaucoup à la scolarité de leurs enfants.
Les nouveaux parents, exigeants qu’ils sont, ont compris que le meilleur investissement est celui placé sur leurs enfants : l’enfant reste le meilleur placement surtout qu’il y a un retour sur investissement dont on parle beaucoup en économie de l’éducation. Certains parents ne supportent pas de voir leur enfant en échec scolaire, d’autres veulent pour lui une réussite exceptionnelle et n’hésitent pas à s’immiscer dans la vie à l’école, à contrôler le travail même des enseignants qui ont en charge l’éducation de leur enfant. Tous exigent que leurs enfants réussissent malgré les problèmes individuels et les difficultés scolaires de ces derniers.
Les critères susmentionnés dans la lettre-circulaire du ministère de l’éducation nationale, dont la moyenne 10 dans au moins une matière scientifique ne sont pas objectifs et ne suffisent guère pour identifier le profil d’élève « orientable » dans les séries scientifiques, car on sait dans quelles conditions, nos élèves sont évalués : des conditions d’évaluation qui favorisent la tricherie ; des notes de complaisance selon les affinités avec le prof encadreur dont on participe au cours d’encadrement… quand la surveillance n’est pas sérieuse et lorsque s’y ajoute **le stress scolaire, **on imagine que les notes ne révèlent souvent rien.
On doit le savoir et en tenir compte dans l’organisation des évaluations : fatigue, difficultés à se concentrer, perte de confiance en soi, irritabilité, mal-être, anxiété sont le vécu quotidien de nos élèves qui sont évalués dans des conditions inhumaines, quand il fait excessivement chaud dans des salles de classe bondées et le plus souvent juste au retour de fêtes religieuses, tabaski, Maouloud ou Magal…
On fait semblant de l’ignorer, mais notre système éducatif est stressant avec la mise en compétition généralisée fondée sur l’évaluation permanente qui enjoint chaque élève à révéler son potentiel au risque de l’épuisement. Dans ce qui est fait, on note beaucoup de facteurs déclencheurs de stress passant de l’organisation des enseignements, aux attentes parentales aux relations entre élèves, aux carences pédagogiques des professeurs eux-mêmes et surtout aux nombreuses évaluations, dont celles standardisées, à l’emploi du temps surchargé dont se plaignent surtout nos élèves.
S’intéressant à la question de l’impact du stress sur la réussite scolaire et le bien-être des jeunes à long terme, la rédaction de la revue Sciences humaines (Mars 2026 n° 336 p.49) précise « un trop plein de stress paralyse la pensée et l’accès aux fonctions supérieures : raisonnement, logique, mémoire. Toute l’énergie est mobilisée par l’idée d’échapper à la situation qui nous met mal*. Le cerveau adolescent est particulièrement sensible au stress**… »*
Sur la décision de porter le taux d’orientation à 42% dans les séries scientifiques, je partage aussi la position de mon grand frère, M. Alassane khodia kitane professeur de philosophie au lycée Ahmadou Ndack Seck de Thiès qui, dans une vidéo postée, dénonce l’improvisation et rappelle avec fermeté que l’éducation est extrêmement sérieuse, elle est vitale ; on ne peut pas faire de l’informel, ni du populisme avec ; elle doit reposer sur des connaissances positives sur une enquête de terrain ; il faut une approche globale, pour régler le problème car la série S c’est un profil, des dispositions, des prérequis et qu’il n’y a pas de génération spontanée en matière d’éducation ; qu’il faut une approche holistique, il faut un travail en amont en faisant le focus déjà à l’élémentaire en mathématique. Bref ce n’est pas de façon informelle qu’on va relever le taux d’orientation dans les séries scientifiques ; qu’on ne saurait semer aujourd’hui et récolter aujourd’hui.
Ce qui est fait est fait, mais espérons que les promesses du ministre d’accompagner la mesure avec des dispositifs seront vite mis en place dans les établissements. Et qu’on va évaluer cette mesure l’année prochaine, qu’on va rendre compte et quelqu'un va devoir assumer l'échec de milliers d’élèves Oui, je pense déjà à ces nombreux élèves sacrifiés, qui vont redoubler leur classe, changer de série ou être renvoyés, parce qu'on leur a imposé une série dans laquelle,ils n’avaient rien à faire.
***M. Bira SALL, Professeur de Philosophie au Nouveau Lycée de Tivaouane.
Chercheur en Education. Spécialiste Développement Petite Enfance. [email protected] ***
Section:
libreparole
About this article
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- 1,454 words · 7 min read
- Published
- October 29, 2026
- Byline
- joe.waly
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- Enqueteplus