A la tête de la Commission de la CEDEAO, l’équipe du Gambien Oumar Alieu Touray a définitivement passé la main à celle du sénégalais Birame Diop pour un mandat de 4 ans. 48 mois au cours duquel, il faudra réussir à actionner 6 chantiers prioritaires qui incombent à la mandature 2026-2030.
Le programme de la nouvelle Commission est hexagonal avec des défis multiples. La CEDEAO, nouvelle version, nouvelle équipe, s’est définie 6 priorités pour les 18 premiers mois du mandat du nouveau président de la Commission. L’officier général poursuivra les négociations avec les pays de l’AES (Burkina, Mali, Niger) constituent la première urgence, avec un accord-cadre attendu pour fin 2026.
Le diplomate sénégalais devra œuvrer au lancement de la monnaie unique ECO est programmé par étapes en 2027, en commençant par les États membres ayant atteint les critères de convergence. La Brigade antiterroriste de la CEDEAO doit atteindre sa pleine capacité opérationnelle avant juillet 2027, avec un besoin annuel de financement de près de 481 millions de dollars. La nouvelle direction devra ajuster l’organigramme et normaliser les recrutements, alors que 448 postes étaient vacants à la mi-2026.
L’équipe Diop au pied du mur
La Conférence des chefs d’État de la CEDEAO a posé les jalons d’une nouvelle feuille de route pour les années à venir. Réunie en juillet 2026 à Lungi, en Sierra Leone, l’instance a confié à la nouvelle équipe dirigée par Birame Diop un programme d’action articulé autour de six priorités stratégiques. Un calendrier serré, des défis financiers considérables, et une équation régionale complexe : les douze prochains mois s’annoncent décisifs pour l’institution ouest-africaine.
Le document adopté à Lungi, dont les grandes lignes ont été rendues publiques, dessine les contours d’une mandature placée sous le signe de la consolidation et de la réorganisation. La nouvelle direction, entrée en fonction après la session ordinaire, dispose d’une fenêtre de 12 à 18 mois pour engager des réformes dont l’écho dépassera les seules frontières de la Communauté. Ces priorités, classées par urgence, couvrent aussi bien les dossiers diplomatiques brûlants que les chantiers institutionnels de longue haleine.
Le dialogue avec l’AES, une priorité absolue
La première des six priorités concerne le dossier le plus sensible : les négociations entre la CEDEAO et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger. La Conférence de Lungi a prorogé le mandat du négociateur en chef, le Dr Lansana Kouyaté, jusqu’en décembre 2026, tout en réaffirmant une ligne de conduite qui indique que la CEDEAO mènera ces discussions en tant que bloc uni, sans négociations bilatérales séparées afin d’aboutir à un Accord-cadre général.
D’ici au quatrième trimestre 2026, il s’agira de poser les bases d’un Accord de coopération global couvrant l’intégration économique, la lutte contre le terrorisme, la gestion des frontières et les pistes éventuelles pour un rétablissement des liens. La structure de négociation déjà en place, avec son secrétariat et son équipe d’assistance technique, sera maintenue. En parallèle, la nouvelle direction est invitée à renforcer son engagement direct avec les pays de l’AES, notamment sur les questions de sécurité, afin d’endiguer la propagation du terrorisme en Afrique de l’Ouest.
L’ECO en 2027 : Un lancement par étapes
Le chantier de la monnaie unique, vieux serpent de mer de l’intégration régionale, figure en deuxième position. La Conférence a réaffirmé son ambition de lancer l’ECO en 2027, en commençant par les États membres ayant réalisé les critères de convergence. La nouvelle direction devra convoquer avant décembre 2026 une réunion de la Task Force présidentielle sur le Programme de la monnaie unique, dont la Guinée a récemment été admise à intégrer les rangs.
Les travaux techniques, menés par l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest (IMAO), sont déjà bien avancés, notamment sur les systèmes de paiement, la conception de la monnaie et la logistique de conversion. Restent en suspens des questions politiques et macroéconomiques de taille, ainsi que l’enregistrement de l’appellation ECO auprès des instances internationales de propriété intellectuelle. Un calendrier ambitieux, qui dépendra largement de la volonté politique des États membres.
Financer la sécurité régionale et les infrastructures
La troisième priorité porte sur la viabilité financière de la Communauté. Les arriérés de Prélèvement communautaire atteignent 595,7 millions d’unités de compte, soit 21,5 % du montant total évalué. La nouvelle direction devra présenter dans les 6 mois une stratégie de financement détaillée, intégrant la question des arriérés, la méthodologie d’évaluation post-AES, et des options de diversification des recettes. L’évaluation des piliers de l’Union européenne, en cours de préparation, devra être finalisée pour ouvrir l’accès à l’aide budgétaire et à la gestion indirecte des programmes financés par l’UE.
La quatrième priorité concerne la Brigade antiterroriste de la CEDEAO, dont l’activation doit aboutir à une pleine capacité opérationnelle avant juillet 2027. Le besoin annuel de financement est estimé à 481 millions de dollars, mais seuls cinq États membres avaient effectué des paiements d’arriérés à la mi-2026. La nouvelle direction aura pour tâche de transformer les engagements politiques en contributions effectives, tout en définissant le cadre du déploiement : quartier-général, composition, règles d’engagement et coordination avec les forces nationales déjà engagées sur le terrain.
Les infrastructures et la réorganisation interne
Le volet infrastructures, cinquième priorité, prévoit la constitution d’un portefeuille de projets régionaux prêts à accueillir des investissements. Le Gazoduc Africain Atlantique, pour lequel un accord intergouvernemental a été signé avec le Maroc, figure en tête de liste. Viennent ensuite les dernières connexions du Système d’échanges électriques d’Afrique de l’Ouest, le Corridor Abidjan-Lagos, et l’ossature de la connectivité numérique régionale. Le nouveau commissaire en charge des Infrastructures devra travailler main dans la main avec la BIDC, la Banque africaine de développement et Afreximbank. Enfin, la sixième priorité touche à la gestion interne : ajuster l’organigramme et normaliser les recrutements. Sur les 448 postes vacants au 15 juin 2026, 18 postes d’encadrement laissés par les départs des ressortissants de l’AES sont déjà en cours de pourvoi. La nouvelle direction devra, sur la base des conclusions d’une étude indépendante, décider de la taille et de la structure de l’effectif, dans les limites des ressources financières disponibles.