Le « Ndut » et la République : deux concepts, une finalité (Par Aly DIOUF)
**Un ami m’a posé, avec insistance, la question de savoir quelle lecture je fais des références, très fréquentes, liées au « Ndut », faites par le président de la République, Bassirou Diakhar Diomaye Faye, lors de ses prises de parole. Une question légitime pour quelqu’un, comme lui, qui est né et a grandi à Dakar ; rarement en contact avec le Sénégal de l’intérieur. **
De ses réalités.J’ai essayé de lui faire comprendre que plus que la circoncision, le « Ndut » est une école de la vie, appelé par certains la case de l’homme. Que ce n’est pas une pratique propre à la société seereer, mais que quasiment toutes les ethnies observent ce rite de passage à l’âge adulte. C’est une étape de la vie pendant laquelle l’homme subit une initiation pour pouvoir passer de l’étape de la jeunesse à celle de la vie d’un adulte. C’est donc, lui ai-je dit, une case de l’homme d’où l’on entre insouciant et où on sort plus responsable. C’est une sorte de renaissance.
En pays seereer en général et dans le Diéguème en particulier, le « Ndut » se fait tous les quatre ou bien cinq ans. Il a un nom, un lieu et une organisation dédiés. Sacrés. Pour chaque village, il est question d’initier les jeunes de la même génération, appelée « Kaal ». Une fraternité renforcée, voire forgée, par 45 jours à deux mois d’initiation intense en vue d’une transformation sociale du garçon. Dans l’armée ou bien d’autres catégories professionnelles, on parle de camarades de promotion ou de condisciples. Des gens soudés par des expériences plus ou moins douloureuses vécues ensemble tout au long de la formation et dont la devise peut être ainsi résumée : « Tous pour un, un pour tous ».
Lors de cette retraite, l’adolescent cesse d’être l’enfant de ses parents biologiques pour devenir celui de la communauté. On lui apprend à devenir un homme. Un responsable. On lui apprend aussi à vivre en communauté ; à respecter son prochain, surtout les aînés ; respecter la sacralité de la famille, de la fraternité et de l’amitié ; à ne pas mentir ; à ne pas tricher ; à ne pas médire ; à ne pas avoir peur ; à ne pas procrastiner ; à marcher loin des chemins obliques ; à vivre à la sueur de son front ; à sacrifier les intérêts égoïstes au profit de l’intérêt général ; à pouvoir décrypter les messages non explicites ; à savoir communiquer autrement ; à pouvoir s’adapter à toutes les situations ; à prendre la bonne décision au bon moment ; surtout à avoir de la tenue et de la retenue ; etc. Au bout de ce séjour, il devient un homme prêt à servir sa communauté ; à affronter la vie en société.
J’ai aussi essayé de faire comprendre à mon ami les similitudes entre le « Ndut » et la République. Des principes cardinaux, sans lesquels rien ne tient debout durablement. J’ai évoqué, avec lui, l’importance de la division du travail dans le « Ndut » comme dans la République ; de la séparation des pouvoirs dans les deux structures, tout comme la sacralité et le respect des institutions ; de la préservation de l’intérêt général ; de l’amitié et de la diplomatie ; des rapports avec les autres sociétés et le reste du monde ; du devoir de servir sa communauté et sa Nation en toute circonstance, etc.
Je lui ai fait comprendre que la République, tout comme le « Ndut », à ses serviteurs : les commis de l’État. Ces citoyens formés et formatés pour se mettre au service de la République. Des citoyens qui habitent leurs fonctions et qui connaissent bien les rouages de l’État mais qui ne laissent filtrer aucune information. Des hommes d’État.
Je lui ai fait savoir que la république seereer du Diéguème, son terroir, et celle léboue du Cap-Vert faisaient partie des rares exceptions démocratiques au moment où les royaumes et les empires foisonnaient dans la sous-région. Avec lui, je suis revenu sur l’importance de l’instruction civique, appelée maintenant, ici ou ailleurs, Vivre ensemble et/ou Vivre dans son milieu ; du volontariat, du tutorat, du mécénat, du service militaire obligatoire, de l’ordre et de la discipline, du respect de la hiérarchie, de l’engagement désintéressé, du patriotisme, pour renforcer notre commun vouloir de vivre ensemble. Le ciment de notre État-Nation.
aly.diouf@lesoleil.sn
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About this article
- Length
- 731 words · 4 min read
- Published
- October 10, 2026
- Byline
- Cheikh Gora DIOP
- Source
- Soleil