Trente-six personnes détenues à Yaoundé, sans papiers, sans accès à un avocat, depuis parfois huit mois. Le Mandela Center International (MCI) accuse le Cameroun de traite des êtres humains dans le dossier des migrants déportés des USA, et donne un ultimatum de 30 jours à Yaoundé. Le délai expire le 7 octobre 2026. Un centre […] L’article Migrants déportés des USA : le Cameroun mis en demeure est apparu en premier sur 237online.com .
Trente-six personnes détenues à Yaoundé, sans papiers, sans accès à un avocat, depuis parfois huit mois. Le Mandela Center International (MCI) accuse le Cameroun de traite des êtres humains dans le dossier des migrants déportés des USA, et donne un ultimatum de 30 jours à Yaoundé. Le délai expire le 7 octobre 2026.
Les faits sont documentés dans une note datée du 7 septembre 2026. Quatre vols, arrivés les 15 janvier, 16 février, 29 avril et 27 mai 2026, ont transféré des ressortissants de plusieurs pays, dont la RDC, le Ghana, le Kenya ou le Sénégal, vers le Cameroun. Ils sont détenus depuis dans un centre du quartier Elig-Essono à Yaoundé, opéré par l’État camerounais avec, selon MCI, l’appui passif de l’OIM.
Le chiffre fait mal : 30 millions de dollars, soit environ 17 milliards de FCFA, ont été versés par Washington au programme camerounais du HCR deux jours avant le premier vol. Une contrepartie financière que plusieurs organisations qualifient de condition ayant emporté l’adhésion du Cameroun à cet accord signé le 8 décembre 2025 par simple échange de notes diplomatiques, resté secret pendant six mois.
Et il y a eu des dérapages. Les 17 et 18 février 2026, quatre journalistes, dont trois de l’agence Associated Press, ainsi que l’avocat Joseph Fru Awah, ont été interpellés à Yaoundé alors qu’ils tentaient d’approcher le centre de détention. Reporters Sans Frontières a dénoncé une « atteinte grave et inacceptable à la liberté de la presse ».
Le truc c’est que ce modèle a déjà échoué. L’accord Royaume-Uni/Rwanda, sur lequel s’inspire directement le schéma Cameroun-USA, a été abandonné par Londres en juillet 2024. La Cour permanente d’arbitrage a même rejeté, le 1er juin 2026, une demande d’indemnisation de plus de 116 millions d’euros formée par le Rwanda contre le Royaume-Uni.
Difficile de ne pas y voir un système qui transforme certains pays africains en zones de relégation, comme le formule crûment MCI dans sa mise en demeure. L’organisation interpelle directement le président de la Commission de l’Union Africaine, dénonçant au moins quatorze accords bilatéraux similaires conclus entre les États-Unis et des États africains, en dehors de tout cadre transparent.
C’est un dossier qui dépasse largement le seul Cameroun.
MCI exige la publication intégrale de l’accord du 8 décembre 2025, l’accès des avocats et du HCR au centre de détention, et la suspension de tout renvoi forcé avant le jugement du Tribunal Administratif de Yaoundé, saisi depuis juillet 2026. Faute de réponse au 7 octobre, l’ONG promet de saisir les mécanismes onusiens et africains compétents.
Reste à savoir si Yaoundé publiera cet accord resté secret pendant six mois, ou si le silence diplomatique continuera de faire office de réponse.