Tout en accélérant sa transition industrielle: L’Algérie consolide sa puissance énergétique
Face à un marché international mouvant, l’Algérie confirme sa dynamique de croissance. Avec des recettes d’exportation ayant franchi le cap des 37,5 milliards de dollars à la fin du troisième trimestre 2026 et une performance budgétaire remarquable, le secteur national des hydrocarbures prépare activement l’avenir. Entre essor des investissements de Sonatrach, bilan record d’explorations, méga-projets pétrochimiques, transition environnementale et grands défis d’approvisionnement, le pays déploie une stratégie d’envergure nationale à l’horizon 2030.
Cette performance s’explique en grande partie par une conjoncture internationale très avantageuse, caractérisée par une progression notable du cours du pétrole brut algérien. Le prix moyen du baril s’est établi à près de 97 dollars, marquant une hausse spectaculaire de 37 % en comparaison avec la même période de l’année 2025. Sur le marché gazier, le gaz naturel commercialisé a lui aussi maintenu une valorisation très élevée, se négociant à environ 11,3 dollars par million de BTU.
Ces données stratégiques ont été exposées, ce samedi, en détail par le ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, lors de son audition très attendue devant la commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale. Dans le cadre de l’examen approfondi du projet de loi de finances pour 2027, le membre du gouvernement est revenu sur le bilan opérationnel du secteur pour l’exercice 2026 tout en dessinant la feuille de route budgétaire et les grandes orientations industrielles pour l’année à venir.
Au-delà des seules exportations, les performances fiscales intérieures dépassent également les objectifs initiaux. Les recettes fiscales pétrolières perçues se sont élevées à 2 841 milliards de dinars, ce qui représente un taux de réalisation de 105 % par rapport aux 2 698 milliards de dinars qui —-avaient été prudemment inscrits dans la loi de finances initiale pour 2026.
L’effort d’investissement déployé par le groupe national Sonatrach a franchi un nouveau palier en dépassant la barre des 6 milliards de dollars à la fin du mois de septembre 2026, surpassant nettement les 5,3 milliards de dollars engagés au cours de l’exercice précédent, soit un bond annuel remarquable de 21 %. Cet élan s’est traduit concrètement sur le terrain par la découverte de 17 nouveaux gisements d’hydrocarbures réalisés en effort propre par la compagnie nationale depuis le début de l’année.
Un cadre budgétaire 2027 prudent
Cette très bonne dynamique globale s’inscrit toutefois dans un contexte de fortes tensions sur la consommation énergétique nationale. La demande interne en produits énergétiques a atteint un niveau historique en s’élevant à près de 59 millions de tonnes équivalent pétrole. Cette hausse sensible s’explique essentiellement par la forte croissance de la consommation de gaz naturel et par une demande accrue en carburants et produits pétroliers raffinés. L’été 2026 a été marqué par des vagues de chaleur exceptionnelles et de vifs incendies qui ont contraint les réseaux électriques à tourner à plein régime pour alimenter la climatisation, accélérant ainsi la sollicitation des ressources gazières pour la production d’électricité.
C’est précisément pour faire face à ce double défi d’approvisionnement interne et d’engagements internationaux que s’articule le projet de budget du secteur pour l’exercice 2027. Élaboré dans un environnement mondial instable, caractérisé par des incertitudes géopolitiques complexes, des marchés volatils et une préoccupation constante pour la sécurité d’approvisionnement des pays tiers, le budget 2027 s’appuie sur une démarche prudente. La fiscalité pétrolière prévisionnelle est ainsi établie à 2 652 milliards de dinars, calculée sur la base d’un prix de référence très conservateur fixé à 60 dollars le baril de pétrole.
Le budget global alloué au ministère des Hydrocarbures pour 2027 s’élève à environ 63 milliards de dinars. La majeure partie de ces crédits budgétaires sera directement orientée vers le financement du programme national de soutien aux prix de l’eau dessalée afin de préserver le pouvoir d’achat des citoyens, le reste assurant le fonctionnement opérationnel des services de l’administration centrale.
Cap sur la pétrochimie, la valeur ajoutée et le méga-projet phosphate
Sur le plan stratégique, l’Algérie consolide sa position de fournisseur gazier incontournable et fiable, notamment auprès du continent européen qui cherche à sécuriser ses approvisionnements. Le pays a confirmé son statut de partenaire clé en renouvelant et en concluant une série de contrats de livraison de gaz à long terme avec de grands acteurs énergétiques en Italie, en Espagne, en Slovénie, en République tchèque ainsi qu’en Allemagne.
À moyen terme, la politique nationale ambitionne d’élever la production primaire d’hydrocarbures à environ 201 millions de tonnes équivalent pétrole à l’échéance 2030. L’un des piliers cardinaux de cette transformation réside dans la valorisation locale des ressources brutes. Le gouvernement entend porter le taux de transformation et de raffinage local des hydrocarbures à plus de 50 % de la production primaire, contre un niveau avoisinant 30 % actuellement.
Afin de concrétiser cette mutation industrielle majeure, une enveloppe financière colossale de 71,6 milliards de dollars d’investissements est programmée. Sur cette somme, 52 milliards de dollars iront directement au renforcement des activités de l’amont pétrolier et gazier, tandis qu’environ 13 milliards de dollars seront consacrés au secteur du raffinage et de la pétrochimie.
Parmi les projets d’infrastructures majeurs déjà engagés figurent la construction de la nouvelle raffinerie de Hassi Messaoud, l’implantation d’une unité spécialisée dans la production de méthyl tert-butyl éther à Arzew, le lancement d’une unité d’alkylbenzène linéaire à Skikda, ainsi que la réalisation d’un vaste complexe de production de polypropylène sur le site d’Arzew.
Parallèlement à la transformation des liquides et des gaz, la valorisation de la filière minérale et phosphatique représente un second axe structurant. La mise en œuvre du projet intégré du phosphate marque un tournant industriel pour le pays. Ce projet géant relie directement la mine de Bled El Hadba dans la wilaya de Tébessa au complexe de transformation chimique d’Oued El Kebrit situé dans la wilaya de Souk Ahras. Les prévisions tablent sur une extraction annuelle de 10,5 millions de tonnes de phosphate brut afin d’obtenir 5,5 millions de tonnes de phosphate enrichi commercialisable. Chaque année, 3,2 millions de tonnes de ce concentré alimenteront le complexe d’Oued El Kebrit qui produira, dès sa première phase, 2,4 millions de tonnes d’engrais phosphatés et 570 000 tonnes d’engrais azotés, garantissant du même coup la sécurité alimentaire nationale, la création de milliers d’emplois locaux et la diversification des exportations hors hydrocarbures.
Attractivité internationale, sécurité hydrique et transition écologique
Pour soutenir ce niveau d’ambition, l’Algérie accélère l’exploration et la captation des capitaux étrangers. La nouvelle dynamique insufflée par l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures porte ses fruits. L’appel d’offres international intitulé « Algeria Bid Round 2026 », qui couvre sept périmètres d’exploration stratégiques, a suscité l’intérêt manifesté par près de 60 compagnies internationales, parmi lesquelles 21 ont d’ores et déjà rempli l’ensemble des conditions requises pour accéder aux données techniques.
En parallèle, Sonatrach poursuit ses alliances de partenariat avec les plus grands groupes mondiaux, au moment même où les discussions trilatérales relatives au projet stratégique du gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Algérie en traversant le Niger connaissent une reprise très active.
La souveraineté énergétique du pays s’articule désormais de manière étroite avec la sécurité hydrique. Grâce aux investissements consentis par le secteur, l’Algérie compte aujourd’hui 19 grandes stations de dessalement d’eau de mer en fonctionnement, offrant une capacité cumulée de plus de 3,8 millions de mètres cubes par jour.
Ce dispositif couvre désormais 42 % des besoins nationaux en eau potable, avec une production de dessalement en hausse de 26 % à la fin septembre 2026. L’objectif fixé d’ici 2030 repose sur la livraison de six nouvelles stations d’une capacité additionnelle de 1,8 million de mètres cubes par jour, ce qui permettra de porter la couverture des besoins en eau potable par le dessalement à près de 60 %.
Enfin, l’engagement environnemental et la modernisation managériale constituent le dernier volet de ce plan global. Sonatrach intensifie ses efforts de décarbonation pour réduire significativement l’empreinte écologique de ses installations. L’entreprise vise un taux de torchage du gaz inférieur à 1 % d’ici 2030, la suppression totale du torchage de routine et l’éradication presque complète des émissions de méthane.
À travers la feuille de route budgétaire 2027 et la programmation de ses investissements structurants, le secteur des hydrocarbures réaffirme son rôle de moteur de la souveraineté économique, industrielle, hydrique et environnementale du pays à l’horizon 2030.
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- 1,385 words · 7 min read
- Published
- October 17, 2026
- Byline
- Kamel Mansari
- Source
- Le Jeune Indépendant