
Cinq ans déjà que Maître Alioune Badara Cissé nous a quittés. Cinq années ont passé, mais certaines blessures ne se referment jamais. Celle de la disparition d’un ami, d’un frère, d’un compagnon de conviction et d’un grand serviteur de la République demeure, pour moi, profondément douloureuse. Il y a des rencontres qui marquent une vie. Celle avec Maître Alioune Badara Cissé fait partie de ces rencontres que le temps ne peut effacer. Je l’appelais avec respect « Maître », mais au-delà de ce titre, il était devenu pour moi un ami et un frère. Un homme avec qui je pouvais échanger librement, partager des préoccupations, discuter du Sénégal, de l’Afrique, de la paix, de la justice, des droits humains et de toutes ces causes qui nous étaient chères. Alioune Badara Cissé était un homme de conviction, mais jamais un homme de rancœur. Un homme de caractère, mais jamais un homme d’exclusion. Un homme politique, certes, mais avant tout un homme profondément humain. C’est peut-être cela qui me manque le plus aujourd’hui : cette capacité qu’il avait à écouter, à comprendre et à dialoguer, même lorsque les opinions divergeaient. Il avait une intelligence rare, mais aussi cette élégance intellectuelle qui permettait de défendre ses convictions sans humilier celui qui ne les partageait pas.
Avocat, ancien ministre des Affaires étrangères et médiateur de la République, Alioune Badara Cissé a occupé de hautes responsabilités. Mais à mes yeux, son plus grand titre restera toujours celui de serviteur de la République et de l’homme de dialogue. Comme médiateur de la République, il avait compris que l'État ne pouvait être fort que s'il était capable d'écouter ses citoyens. Il savait que derrière chaque dossier administratif, chaque réclamation et chaque conflit, il y avait souvent une femme ou un homme qui attendait simplement d'être entendu et respecté. Aujourd’hui, lorsque je regarde notre pays et les tensions qui traversent parfois notre espace public, je me demande souvent ce qu’Alioune Badara Cissé aurait pensé de certaines situations. Je suis convaincu d’une chose : il aurait appelé au dialogue, à la retenue et au dépassement. Il aurait certainement rappelé que le Sénégal est plus grand que nos querelles, plus fort que nos divisions et que la République appartient à tous ses enfants. C'est pourquoi sa disparition ne doit pas être seulement une affaire de famille, d'amis ou de compagnons politiques.
Le Sénégal tout entier a perdu quelque chose avec la disparition d'
Alioune Badara Cissé
. Nous avons perdu une voix. Nous avons perdu un homme de dialogue. Nous avons perdu un défenseur de la République. Nous avons perdu un homme qui savait mettre son intelligence au service de l'intérêt général. Et, personnellement, j’ai perdu un ami et un frère. Cinq ans après, je mesure davantage encore la profondeur de cette perte. Les années passent, les responsabilités changent, les générations se renouvellent, mais certaines valeurs demeurent intemporelles : la loyauté, la dignité, la générosité, la tolérance, le respect de l’autre et l’amour de son pays. C’est cet héritage que nous devons préserver. À la jeune génération, je voudrais dire : regardez le parcours de Maître Alioune Badara Cissé non seulement comme celui d'un ancien ministre ou d'un médiateur de la République, mais comme celui d'un homme qui a cru que l'engagement public pouvait être exercé avec intelligence, élégance et humanité. À sa famille, je renouvelle, cinq ans après, toute ma compassion et ma profonde affection. Et à mon frère Alioune Badara Cissé, où que vous soyez, je voudrais simplement dire ceci : Vous nous manquez. Vous manquez à vos proches. Vous manquez à vos amis. Vous manquez à tous ceux qui ont eu la chance de vous connaître. Et peut-être plus encore, vous manquez à cette République dont vous avez été l'un des serviteurs les plus attachés au dialogue et à la dignité humaine. Votre voix s'est tue, mais votre exemple demeure. Votre présence nous manque, mais votre mémoire nous accompagne. J’ai perdu un ami et un frère. Le Sénégal a perdu une conscience. Que le Tout-Puissant vous accorde Son infinie miséricorde, vous pardonne vos fautes et vous accueille dans Son Paradis éternel. Reposez en paix, cher Maître. Votre ami et frère !
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