L’empire du mal
On ne peut plus regarder les Émirats arabes unis uniquement à travers leurs gratte-ciel, leurs palais et leurs fortunes colossales. Cette image de modernité, de prospérité et de stabilité cache une réalité plus dérangeante : celle d’un petit État devenu, en quelques décennies, capable d’intervenir dans des crises situées à des milliers de kilomètres de […] L’article L’empire du mal est apparu en premier sur La Nouvelle République Algérie .
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On ne peut plus regarder les Émirats arabes unis uniquement à travers leurs gratte-ciel, leurs palais et leurs fortunes colossales. Cette image de modernité, de prospérité et de stabilité cache une réalité plus dérangeante : celle d’un petit État devenu, en quelques décennies, capable d’intervenir dans des crises situées à des milliers de kilomètres de ses frontières. C’est là que nos interrogations commencent.
Quel intérêt les dirigeants d’Abou Dhabi ont-ils à intervenir dans les affaires intérieures de pays lointains ? Pourquoi financer, soutenir ou influencer des acteurs politiques et militaires dans des régions où leurs intérêts vitaux ne semblent pas directement menacés ? Et surtout, d’où vient cette ambition ? Est-elle uniquement celle de la famille Al Nahyan ? Ou assiste-t-on à quelque chose de plus vaste, où se croisent pouvoir politique, capitaux internationaux, intérêts sécuritaires et réseaux d’influence ?
Une monarchie au service de qui ?
On présente souvent les cheikhs comme les maîtres absolus de leur pays. Cette représentation mérite d’être interrogée. Les Émirats sont devenus une immense plate-forme financière et commerciale. Des capitaux venus de partout y circulent. Des fonds souverains investissent sur plusieurs continents. Des entreprises internationales y trouvent un environnement extrêmement favorable. Alors une question simple se pose : les détenteurs de capitaux ont-ils réellement besoin de gouverner directement les Émirats ? Peut-être pas. Il est parfois plus efficace de disposer d’un pouvoir politique stable, centralisé et durable, capable de protéger les investissements, de négocier avec les grandes puissances et d’ouvrir des marchés. Le pouvoir politique et le pouvoir financier n’ont pas besoin de se confondre pour servir des intérêts communs. C’est cette proximité qui devrait nous inquiéter.
Pourquoi les Émirats ?
Pourquoi cette petite fédération du Golfe est-elle devenue un tel pôle d’attraction pour les capitaux internationaux ? Pourquoi Dubaï et Abou Dhabi sont-ils devenus des plate-formes privilégiées pour les affaires, l’immobilier, la finance et les nouvelles technologies ? Pourquoi autant
d’acteurs internationaux acceptent-ils de passer par là ? Ce n’est pas uniquement une question de pétrole. Le pétrole a fourni le capital initial. Mais ce qui a été construit ensuite est plus ambitieux : une plate-forme mondiale d’influence, capable de relier l’Occident au monde arabe, l’Asie à l’Afrique, la finance aux infrastructures et le commerce à la diplomatie.
Et Israël dans cette équation ?
Le rapprochement avec Israël devient ici particulièrement intéressant. Depuis la normalisation officielle des relations entre les deux pays, les liens économiques, technologiques, diplomatiques et sécuritaires se sont considérablement développés. On peut présenter cela comme un simple partenariat entre deux États. Mais peut-on s’arrêter à cette explication ? Quand on observe la transformation géopolitique du Moyen-Orient, il est légitime de se demander si nous ne sommes pas devant la construction progressive d’un nouvel ensemble d’intérêts. Un ensemble où se croisent l’argent du Golfe, la technologie israélienne, les intérêts occidentaux et les stratégies sécuritaires régionales. Ce n’est pas une question de religion. C’est une question de pouvoir.
Pourquoi pas Israël directement ?
Si les capitaux, les technologies et les réseaux internationaux recherchent un environnement favorable, pourquoi faire des Émirats l’une des principales plate-formes régionales plutôt que de concentrer ces activités en Israël ? La réponse est peut-être évidente. Les Émirats offrent ce qu’Israël ne peut pas offrir de la même manière : une position au cœur du monde arabe, une immense capacité financière, une stabilité politique et une image de plate-forme commerciale internationale. Israël dispose de la technologie et de la puissance militaire. Les Émirats disposent de l’argent, des infrastructures et d’un accès exceptionnel aux marchés arabes et asiatiques. La complémentarité est évidente. Et lorsqu’une telle complémentarité existe, il devient légitime de s’interroger sur les intérêts qui se construisent derrière elle.
La vieille idée du pouvoir invisible
C’est dans ce contexte que certains ressortent les écrits de Henry Ford et sa vision d’un pouvoir financier international agissant dans l’ombre. On ne prend pas cette littérature comme une preuve historique d’un complot mondial. Mais elle renvoie à une interrogation qui reste actuelle : dans un monde dominé par les capitaux, qui possède réellement le pouvoir ? Celui qui apparaît à la télévision ? Celui qui signe les décrets ? Ou celui qui contrôle les investissements, les infrastructures, les technologies, les banques et les réseaux économiques ? C’est là que se trouve, selon nous, le véritable sujet. Les Émirats ne sont peut-être pas le centre du système. Ils peuvent être sa plate-forme. La nuance est fondamentale. on ne prétend pas que les Émirats seraient simplement les marionnettes d’une puissance étrangère. La réalité est probablement plus complexe, et pour cette raison, plus inquiétante.
Les Émirats ont construit leur propre puissance tout en devenant un espace extrêmement favorable à la convergence de puissants intérêts internationaux. Ils peuvent donc être à la fois acteur et plate-forme. Décideur et intermédiaire. Investisseur et bénéficiaire. Partenaire et relais. C’est cette position qui leur permet d’exercer une influence disproportionnée par rapport à leur taille.
Une puissance qui dépasse
ses frontières
Alors, lorsque les Émirats interviennent dans les affaires de pays situés à des milliers de kilomètres, il ne suffit plus de dire : « C’est leur politique étrangère ».
(A suivre)
Correspondance particulière
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About this article
- Length
- 867 words · 4 min read
- Published
- September 15, 2026
- Byline
- Rédaction LNR