Paul Biya rend hommage à Cheikh Hamidou Kane, mais reste silencieux sur la mort de Clément Atangana

Paul Biya a salué la mémoire de l’écrivain et ancien homme d’État sénégalais Cheikh Hamidou Kane, décédé le 3 octobre 2026 à Dakar, à l’âge de 98 ans. Dans un télégramme officiel daté du 9 octobre et adressé à son homologue sénégalais Bassirou Diomaye Faye, le président camerounais exprime sa compassion et rend hommage à une personnalité qui aura marqué plusieurs générations d’Africains. Cette correspondance intervient alors qu’au Cameroun, le décès de Clément Atangana, survenu le 4 octobre à Paris, n’a pas encore donné lieu à un hommage présidentiel public identifié.
Dans son message au président sénégalais, Paul Biya salue la mémoire de « cet éminent Africain, qui aura marqué son temps et laissé à la postérité des œuvres littéraires mémorables ». Il rappelle que Cheikh Hamidou Kane a eu plusieurs vies, toutes bien remplies, et que son parcours lui a valu admiration et respect bien au-delà des frontières sénégalaises. Le chef de l’État camerounais souhaite également que son héritage culturel soit préservé afin que les jeunes générations continuent de s’inspirer des valeurs de dignité, de solidarité et d’intégrité qui ont guidé son engagement.
Auteur du célèbre roman L’Aventure ambiguë, publié en 1961, Cheikh Hamidou Kane était l’une des grandes figures de la littérature africaine. Son œuvre, consacrée notamment aux rapports entre les traditions africaines et l’éducation occidentale, demeure une référence dans l’enseignement. L’écrivain avait également mené une importante carrière politique, occupant plusieurs fonctions ministérielles au Sénégal et des responsabilités internationales, notamment au sein de l’Unicef.
Clément Atangana, huit années au service du Conseil constitutionnel
Mais au Cameroun, cette marque d’attention présidentielle suscite une autre interrogation. Pourquoi Paul Biya n’a-t-il pas encore publiquement rendu hommage à Clément Atangana, décédé cinq jours avant la publication du télégramme adressé à Dakar ? À ce stade, aucun message officiel de condoléances du chef de l’État camerounais concernant cette disparition n’a pu être identifié. Une absence de réaction publique qui retient d’autant plus l’attention que le défunt occupait l’une des plus hautes fonctions institutionnelles du pays.
Mort le 4 octobre 2026 à l’Hôpital américain de Paris, à l’âge de 85 ans, après une période de maladie et une évacuation sanitaire en France, Clément Atangana était le tout premier président du Conseil constitutionnel camerounais. Nommé le 7 février 2018 par Paul Biya, ce magistrat hors hiérarchie avait auparavant occupé plusieurs responsabilités dans l’appareil judiciaire, notamment celles de procureur général près la cour d’appel du Nord, de président de la cour d’appel du Centre et de conseiller à la Cour suprême.
C’est toutefois à la tête du Conseil constitutionnel qu’il s’était imposé dans l’actualité politique nationale. Sous sa présidence, l’institution avait proclamé les victoires de Paul Biya aux élections présidentielles de 2018 et de 2025, au terme de scrutins vivement contestés par l’opposition. Son nom reste notamment associé aux audiences du contentieux postélectoral de 2018 et à la formule « irrecevable », devenue emblématique des décisions rendues par le Conseil. Après la présidentielle de 2025, une vidéo le montrant célébrant la victoire du président sortant avait également suscité une polémique sur l’impartialité de l’institution.
Depuis sa disparition, les hommages se multiplient, entre reconnaissance de sa longue carrière et critiques de son bilan à la tête du Conseil constitutionnel. Des personnalités politiques, des juristes et des responsables institutionnels ont réagi à sa mort. Le président du Conseil constitutionnel tchadien, Jean-Bernard Padaré, a notamment salué la mémoire d’un haut magistrat ayant consacré sa carrière au droit et à la justice comme l’a relayé Lebledparle.com.
Le contraste demeure donc saisissant : Paul Biya a pris la plume pour saluer un illustre écrivain sénégalais, tandis qu’aucune réaction présidentielle publique n’a encore été identifiée concernant la disparition de Clément Atangana, magistrat qu’il avait personnellement nommé en 2018 et sous la présidence duquel le Conseil constitutionnel a validé ses deux dernières victoires électorales. Ce silence, pour l’instant, ne permet pas de conclure à une volonté délibérée d’ignorer le défunt, mais il soulève une question dans l’opinion : quelle place la présidence entend réserver à la mémoire de l’un des principaux visages institutionnels des dernières années du régime Biya ?
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- 680 words · 3 min read
- Published
- October 10, 2026
- Byline
- LMZ
- Source
- Le Bled Parle