L’Assemblée générale de l’ONU a adopté le 4 septembre 2026 la résolution « Correct the Map », portée par le Togo au nom du Groupe africain. Le texte a recueilli 164 voix pour, 6 abstentions, et une seule voix contre – celle des États-Unis.
La résolution encourage l’utilisation de cartes respectant davantage les superficies réelles, afin de corriger les distorsions de la projection de Mercator. Les États-Unis ont justifié leur opposition en évoquant un « projet idéologique radical » et un détournement des priorités de l’ONU. Le texte n’est pas contraignant : il recommande des représentations plus fidèles dans les écoles, les médias et les outils numériques.
La projection de Mercator, mise au point au XVIe siècle et encore largement utilisée aujourd’hui, agrandit considérablement les régions proches des pôles et réduit, par contraste, les territoires situés près de l’équateur. Le Groenland, par exemple, y apparaît souvent aussi grand que l’Afrique alors que le continent africain est en réalité environ quatorze fois plus vaste. Une distorsion qui, au-delà de l’erreur technique, porte une dimension symbolique lourde, renvoyant à des siècles de représentations européocentrées du monde.
La résolution symbolique
Le texte adopté par l’Assemblée générale ne modifie aucune frontière et n’interdit pas l’usage de la projection de Mercator. Il se contente de recommander l’adoption de représentations plus fidèles dans les écoles, les médias, les institutions et les outils numériques. Une invitation, donc, plus qu’une obligation. Mais pour les pays africains, qui sont à l’initiative de cette résolution, il s’agit de corriger une image du continent qui, depuis des siècles, est déformée et minimisée.
La résolution a été largement soutenue par les pays du Sud global, mais aussi par de nombreuses nations européennes et asiatiques. Seules six délégations ont choisi l’abstention, une position qui, dans ce contexte, apparaît déjà comme une réserve. Mais c’est le vote des États-Unis qui a retenu l’attention. En s’opposant à une résolution qui relève, pour beaucoup, du simple bon sens, Washington a créé la surprise.
Le paradoxe américain
Pour justifier leur opposition, les représentants américains ont estimé que cette initiative s’inscrivait dans un « projet idéologique radical » et qu’elle détournait l’ONU de problèmes jugés plus urgents, tels que les conflits armés, les crises humanitaires ou le changement climatique. Un argument qui a laissé perplexes de nombreux observateurs : peut-on vraiment opposer l’exactitude cartographique aux autres priorités internationales ? Et en quoi une représentation plus juste de l’Afrique constitue-t-elle un danger idéologique ?
Certains analystes y voient une lecture politique plus profonde. Les États-Unis, qui ont longtemps dominé les institutions internationales et les récits géopolitiques, pourraient percevoir cette résolution comme une remise en cause de leur propre vision du monde. D’autres évoquent une volonté de ne pas donner de gage aux pays africains, dans un contexte où la compétition avec la Chine et la Russie pour l’influence sur le continent s’intensifie.
L’isolement de Washington
Le vote du 4 septembre 2026 place les États-Unis dans une position inconfortable. Seul pays à avoir dit « non » à une résolution qui ne fait que recommander une meilleure représentation cartographique, Washington apparaît comme un contradicteur isolé, sur un sujet où il est difficile de trouver des arguments solides. Les réseaux sociaux, en Afrique comme ailleurs, ont rapidement réagi, moquant la position américaine et soulignant l’ironie d’une superpuissance qui se retrouve seule contre 164 nations.
Pour les pays africains, cette résolution est une victoire symbolique. Elle ne changera pas les frontières ni les rapports de force économiques, mais elle contribue à redonner au continent la place qui lui revient sur la carte du monde. L’étape modeste, mais importante, dans un combat plus large pour la reconnaissance de la centralité de l’Afrique dans les affaires mondiales.