
À un peu plus d’un an des élections municipales de 2027, la bataille pour la mairie de Kaolack s’annonce déjà rude. Moussa Fall, président de l’Alliance pour la promotion du développement local (Aprodel), a officialisé sa candidature au poste de maire, devant une foule de militants et sympathisants venus de tous les coins de la capitale du Saloum. Le contexte donne à cette annonce une résonance particulière. Le maire sortant, Serigne Mboup, homme d’affaires à la tête du groupe Comptoir commercial Bara Mboup (CCBM) et élu en 2022 sous la bannière de la coalition « And Nawlé », a annoncé dès avril 2025 qu’il ne briguerait pas sa propre succession en 2027. Une décision qui a ouvert une bataille de succession désormais disputée, où plusieurs prétendants — dont d’anciens soutiens de Mboup lui-même, à l’image de Serigne Samba Tall du mouvement Sen Diaspo Sen — cherchent à capter l’héritage politique de l’actuelle municipalité, ou au contraire à le contester frontalement. C’est dans cette recomposition que Moussa Fall entend s’imposer comme l’alternative la plus sérieuse face au camp sortant.
Devant ses militants, le président de l’Aprodel n’a pas mâché ses mots. « J’ai été de tous les combats. J’ai dénoncé, documents et chiffres à l’appui, l’absence de retombées financières que génèrent pour notre commune des entités économiques majeures comme les Salins du Saloum ou la SONACOS », a-t-il martelé, pointant du doigt ce qu’il considère comme une gestion incapable de faire fructifier le potentiel économique de la ville au profit des Kaolackois. Il promet, s’il est élu, d’« ouvrir des négociations fermes » avec ces structures pour que leur présence profite réellement au développement local — fiscalité, redevances, emploi et investissements sociaux directs dans les quartiers. Fait notable, Moussa Fall a tenu à se démarquer de toute logique d’alliances de circonstance, en réponse implicite aux recompositions politiques qui traversent actuellement la course à la mairie. « J’ai refusé, à chaque fois qu’on me l’a proposée, de brader mon indépendance politique contre une place dans une coalition de circonstance. Je ne soutiens personne, je ne suis dans aucune coalition, j’ai mon parti », a-t-il affirmé, présentant cette posture non comme un choix tactique mais comme une conviction : celle de pouvoir « dire la vérité aux populations sans calcul, sans compromission, sans devoir de comptes à des alliances contre-nature ».
Sa candidature s’appuie sur un programme structuré autour de sept axes, parmi lesquels le développement économique et l’entrepreneuriat local, la jeunesse et le sport, la valorisation du patrimoine et de l’identité kaolackoise, ainsi qu’une intercommunalité de développement associant les localités voisines de Sibassor, Dya, Khelkom Birane, Kahone et Dianfatt. Moussa Fall revendique par ailleurs une constance : depuis la création de l’Aprodel, dit-il, le mouvement n’a jamais dévié de sa ligne, portant la voix « de ceux qu’on n’écoute pas » et dénonçant sans complaisance les injustices que subit, selon lui, la ville de Kaolack. Avec cette candidature assumée et un discours taillé pour capter le mécontentement autour du bilan de la municipalité sortante, Moussa Fall se positionne comme l’un des adversaires les plus déterminés dans une compétition qui s’annonce ouverte. Reste à savoir si l’Aprodel parviendra à transformer cette dynamique de terrain en réel rapport de force face aux autres prétendants, dans une ville où le jeu des alliances promet, une fois de plus, de redessiner les équilibres politiques locaux.