
Le MINAT tente de contester la présidence de Maurice Kamto au MRC. Mais la justice a déjà désavoué Paul Atanga Nji dans une affaire similaire avec le CPP. Décryptage juridique.
Huit mois après la convention du MRC, la lettre du MINAT arrive trop tard : la forclusion et un précédent judiciaire embarrassant placent Paul Atanga Nji face à ses propres contradictions.
Le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, conteste la présidence de Maurice Kamto à la tête du MRC. Mais la justice, elle, a déjà tranché dans des affaires similaires. Et la loi est formelle.
C'est une lettre datée du 19 août 2026 qui a mis le feu aux poudres. Adressée à Joseph Thierry Okala Ebode, un militant exclu du MRC, Paul Atanga Nji y indique qu'il n'a « pas jugé opportun » de prendre acte des travaux de la convention extraordinaire du parti tenue le 21 décembre 2025. En clair : le MINAT refuse de reconnaître la réélection de Maurice Kamto à la tête du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun.
Problème : huit mois se sont écoulés entre la convention et la lettre du ministre. Et la loi camerounaise, elle, ne lui laisse que trois mois pour contester.
La loi n°90/056 du 19 décembre 1990, qui régit le régime des partis politiques au Cameroun, dispose en son article 5 que toute modification des organes dirigeants d'un parti doit être transmise au MINAT par le canal du gouverneur de région. L'autorité ministérielle dispose alors d'un délai légal de trois mois pour formuler des observations ou contester la conformité des décisions prises.
Passé ce délai, le silence de l'administration vaut acceptation tacite et définitive.
La convention du MRC ayant eu lieu le 21 décembre 2025, le MINAT disposait jusqu'au 21 mars 2026 pour soulever une objection. Le ministère ne s'étant pas prononcé dans cet intervalle, le principe de forclusion s'applique depuis mars 2026 soit près de cinq mois avant l'envoi de la lettre du 19 août.
« Le trafic administratif que l'on exerçait sur les dirigeants des partis ne passe plus », souligne l'avocat Hippolyte Meli, cité par Jeune Afrique. Les juridictions n'hésitent plus à sanctionner les errements du ministère de l'Administration territoriale.
Ce n'est pas la première fois que Paul Atanga Nji se fait rappeler à l'ordre par la justice. En 2020, le tribunal administratif de Yaoundé a annulé une décision du ministre datée du 17 juillet 2018, dans laquelle il s'était immiscé dans les affaires internes du Cameroon People's Party (CPP).
Le tribunal avait alors réhabilité Édith Kah Wallah à la présidence du CPP, désavouant ainsi l'intervention du MINAT. La Cour suprême a par la suite confirmé cette décision, infligeant un revers définitif à Paul Atanga Nji.
Un précédent que le MRC ne manque pas d'invoquer. Dans son communiqué du 28 août 2026, le parti de Maurice Kamto dénonce une « confusion volontaire » entretenue par le MINAT, qui tente de justifier son refus par la loi sur les réunions publiques (n°90/055) alors que la démarche du MRC relève de la loi sur les partis politiques (n°90/056).
La question dépasse désormais le simple cadre d'une querelle entre Maurice Kamto et Paul Atanga Nji. Elle touche au cœur du fonctionnement démocratique camerounais : qui décide de la vie interne d'un parti politique ses militants et ses organes statutaires, ou l'administration ?
Le ministre justifie sa position par une lecture de la loi régissant les réunions et manifestations publiques, sans toutefois préciser les motifs exacts sur lesquels repose son analyse. Mais selon un avocat du MRC, la loi prévoit un mécanisme précis pour la validation des changements internes aux partis : les gouverneurs doivent être informés et disposent de quinze jours pour transmettre l'information au ministre.
Si cette procédure a été respectée ce que le MRC affirme avoir fait alors le changement de direction est parfaitement légal, rendant l'intervention du MINAT juridiquement inopérante.
Pourquoi cette obstination ? L'analyse de Jeune Afrique, reprise par de nombreux médias, dessine les contours d'une pratique institutionnelle qui semble se répéter face aux partis d'opposition. À l'approche des élections municipales et législatives, la manœuvre du MINAT interroge sur la manière dont l'administration use de ses prérogatives.
Le MRC, lui, a choisi de ne pas répondre par le désordre. Il répond par le droit, les textes, les procédures et les juridictions compétentes. Une stratégie qui porte ses fruits : désormais, ce n'est plus seulement le MRC qui porte cette lecture. RFI, Jeune Afrique, et la presse internationale s'intéressent à la cohérence juridique de cette bataille.
La lettre du 19 août 2026 pourrait bien rester sans effet juridique. Mais politiquement, le coup est porté. À l'approche des échéances électorales, le MINAT semble vouloir verrouiller le terrain. Le MRC, fort de ses 230 nouvelles unités créées depuis janvier et ses 2 300 nouveaux militants recrutés en six mois, apparaît comme la principale force d'opposition structurée.
Et le ministre ferait peut-être bien de se souvenir de cette leçon : combien de fois faudra-t-il que la justice rappelle au MINAT les limites de son pouvoir ?