
Dans six jours, la cloche va sonner. Cette rentrée scolaire, à peine évoquée, fait déjà perdre le sommeil à des dizaines de parents camerounais. Dans le petit salon des Bihina, Emma, 3 ans, serre fort la jupe de sa mère. On vient de lui parler de la maternelle, franchement, l’angoisse est palpable chez les tout-petits comme chez les grands.
Emma regarde sa mère, l’air assombri. « Maman, tu viendras me chercher ? » L’idée de la première séparation avec sa mère la préoccupe et elle va découvrir un tout autre univers que la maison. À l’École privée bilingue Les Bambis, Joseph Jean Bosco Belibi, le directeur, la rassure. « On ne doit pas dramatiser le jour-J », répète-t-il.
Chaque soir, dix minutes avant de se coucher, la petite répète sa comptine. « Si je stresse maintenant, je stresserai lundi », raconte Aïcha P., 11 ans, en classe de 6e cette année. Elle ira au Lycée général Leclerc. Son inquiétude porte sur les listes de classes, le nouveau bâtiment, le nouveau niveau.
Les parents ne sont pas épargnés. Ils craquent déjà. Les frais de scolarité, les listes de fournitures, les embouteillages qu’on imagine déjà, tout ça pèse. Un grand planning est affiché au salon chez les Atangana, les tenues sont prêtes.
Dernier cas, celui des élèves qui changeront d’école cette année. Kevin, 13 ans, quittera ses copains. Sa mère a été affectée dans la région du Sud. « Je me sentirai seul au début », dit-il, triste. Sa mère a trouvé l’astuce. Ils visiteront la nouvelle école ensemble cette semaine.
Jacques Lagrâce Bessala, psychologue, ne mâche pas ses mots sur ce phénomène qui revient chaque année. Le stress collectif révèle notre rapport à l’école aujourd’hui, dit-il en substance, entre l’appréhension légitime des enfants et la mauvaise planification des adultes.
C’est simple. Les causes sont connues : imprévoyance, mauvaise organisation, moyens et revenus limités. Le psychologue distingue les tout-petits de la maternelle, ceux qui entrent en 6e et ceux qui changent d’établissement. Chacun vit sa propre difficulté.
« Le monde dit aux parents de rassurer les enfants, mais quand le parent est lui-même stressé, comment fait-il pour ne pas transmettre son état ? » C’est la question que pose Jacques Lagrâce Bessala, et elle reste sans réponse simple.
Difficile de ne pas y voir un problème plus large que la seule rentrée. Le parent averti aura appris à exprimer sa souffrance ailleurs, loin des oreilles de l’enfant, dans de bonnes personnes, au lieu de refouler ou d’étouffer ce qu’il ressent. Une telle posture évitera aux parents d’infecter émotionnellement leurs enfants.