Le président chinois Xi Jinping est au Caire pour une visite d’État de deux jours, les 1er et 2 septembre. Une première en 10 ans pour le dirigeant chinois, qui retrouve l’Égypte dans un contexte régional particulièrement sensible, marqué par le regain de tensions entre les États-Unis et l’Iran.
Après son passage au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) au Kirghizstan, Pékin poursuit ainsi son activité diplomatique au Moyen-Orient. Pour l’Égypte, cette visite intervient à un moment où Le Caire cherche à diversifier ses partenariats internationaux tout en préservant sa relation stratégique avec Washington. Pour Pékin, le rapprochement avec l’Égypte offre une nouvelle occasion de renforcer sa présence dans une région où les équilibres évoluent rapidement.
Dix ans après, Xi Jinping retrouve Le Caire
Xi Jinping n’était plus venu en Égypte depuis 10 ans. Son déplacement intervient quelques jours après le sommet de l’OCS et quelques semaines avant une rencontre avec Donald Trump, prévue à la fin du mois de septembre. Pour la Chine, il s’agit de consolider les relations avec Le Caire et de prolonger la dynamique diplomatique engagée lors du sommet de Bichkek. À l’issue de cette rencontre, Xi Jinping avait présenté l’OCS comme l’un des nouveaux centres de pouvoir d’un monde multipolaire. La réunion des dirigeants chinois, russe et iranien, pour la première fois depuis les frappes contre Téhéran, a également retenu l’attention.
Pékin souhaite par ailleurs donner davantage de poids à l’organisation dans les domaines de la sécurité, du commerce et des nouvelles technologies. L’OCS ne constitue toutefois pas une alliance militaire et ses membres restent porteurs d’intérêts différents. Avec près de la moitié de la population mondiale réunie autour de cette organisation, la Chine en demeure néanmoins le principal moteur. Au Caire, Pékin poursuit cette démarche dans un pays qui entretient depuis longtemps des relations étroites avec les États-Unis.
Le Moyen-Orient au cœur du jeu des alliances
Les discussions entre Xi Jinping et les responsables égyptiens devraient notamment porter sur la guerre au Moyen-Orient et les sanctions américaines visant les partenaires de l’Iran. La Chine demeure un important acheteur de pétrole iranien et ses entreprises ou établissements financiers pourraient être concernés par certaines mesures américaines. Dans ce paysage régional en recomposition, Washington doit également composer avec l’apparition de nouveaux rapprochements.
Jean de Gliniasty, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), évoque notamment un axe Turquie-Pakistan-Arabie saoudite, lié par un pacte de défense, ainsi qu’un rapprochement entre Bahreïn, les Émirats arabes unis et Israël. Selon le diplomate, la position de l’Égypte sera donc particulièrement suivie. Pékin n’aurait pas intérêt à voir Le Caire rejoindre un dispositif régional restant fortement lié aux États-Unis. Cette question devrait logiquement occuper une place importante dans les échanges sino-égyptiens.
Canal de Suez, énergie et intelligence artificielle
La compétition entre Pékin et Washington dépasse toutefois le seul terrain diplomatique. Les intérêts économiques et technologiques occupent également une place importante dans la relation sino-égyptienne. Les discussions doivent notamment concerner les investissements autour du canal de Suez, les transports, l’énergie et l’intelligence artificielle. La position géographique de l’Égypte donne au pays une importance particulière dans les échanges mondiaux, notamment parce que plusieurs câbles sous-marins reliant l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie passent par son territoire.
La Chine souhaite aussi approfondir sa coopération technologique avec Le Caire. Huawei propose notamment la construction d’un vaste centre de données en Égypte. Si le projet aboutit, il constituerait une opération importante pour Pékin et pourrait servir de plateforme au développement de ses technologies d’intelligence artificielle en Afrique et dans le monde arabe.
Huawei face à Nvidia, AMD et Microsoft
Ce projet chinois intervient alors que les États-Unis préparent leur propre réponse. Washington pourrait proposer à l’Égypte une offre portée par un consortium comprenant notamment Nvidia, AMD et Microsoft, trois acteurs majeurs de l’industrie technologique américaine. La bataille autour des centres de données prend ainsi une dimension stratégique. Derrière les infrastructures numériques se jouent aussi l’accès aux données, le développement de l’intelligence artificielle et l’influence technologique dans une région située au carrefour de plusieurs continents.
Washington conserve de son côté un important levier auprès du Caire grâce aux accords de coopération stratégique. L’Égypte bénéficie chaque année d’une aide militaire et économique américaine évaluée à deux milliards de dollars. Pour Le Caire, l’équation reste donc sensible : renforcer ses liens avec Pékin sans rompre avec Washington. La Chine, de son côté, avance une offre reposant principalement sur les investissements, la coopération économique et le principe de non-ingérence.
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