Kidal reprise par l’armée malienne, ce qui va changer à la frontière sénégalaise

Les Forces armées maliennes et leurs alliés russes d'Africa Corps ont repris Kidal, après le départ du Front de libération de l'Azawad. Une victoire symbolique pour Bamako, mais dont les effets se mesureront surtout à l'ouest du Mali, là où se jouent la sécurité de l'Est sénégalais, le sort des commerçants sénégalais et la survie du corridor Dakar-Bamako. L'armée malienne, appuyée par les militaires russes d'Africa Corps, est entrée ce mardi 6 octobre dans Kidal, un peu plus de cinq mois après la chute de cette ville stratégique du Nord aux mains du FLA et du JNIM. Le 25 avril, les rebelles et les jihadistes avaient pris la ville, en chassant le général El Hadj Ag Gamou, gouverneur nommé en 2023. Ces derniers jours, l'état-major malien avait intensifié ses opérations dans la région, notamment par des frappes aériennes. Le FLA, de son côté, parle d'un repli stratégique et assure qu'il est temporaire. Le mouvement affirme que son retrait ne signifie pas l'abandon de ses objectifs politiques. Ce départ sans affrontement direct laisse ses combattants et son matériel en grande partie intacts, ce qui signifie que la menace n'a pas disparu : elle s'est déplacée. Bamako, de son côté, indique que les opérations se poursuivent dans la région pour consolider la présence de l'État.
Kidal est loin, la menace pour le Sénégal vient de l'Ouest
Pour le Sénégal, il faut garder la géographie en tête. Kidal se trouve à l'extrême nord-est du Mali, à plus d'un millier de kilomètres de la frontière sénégalaise. Le FLA, mouvement à base touarègue, n'a jamais fait de l'Ouest malien son terrain d'action. Le danger qui pèse sur l'Est du Sénégal vient d'abord du JNIM, l'allié de circonstance du FLA lors de la prise de Kidal en avril, et très actif dans la région de Kayes, voisine du Sénégal. C'est là que réside l'incertitude. En concentrant ses moyens aériens et terrestres sur le Nord, l'armée malienne risque de dégarnir d'autres fronts. Le JNIM, qui fonctionne par pressions successives, pourrait chercher à répondre à ce revers de son allié en intensifiant ses actions là où l'État malien est moins présent, notamment dans l'Ouest. Rien ne permet aujourd'hui de l'affirmer, mais ce scénario justifie la vigilance de Dakar. Le Sénégal n'a pas attendu la chute ou la reprise de
Kidal
pour se préparer. L'alerte avait été donnée en juillet 2025, lorsque le JNIM a attaqué Diboli, une localité malienne située à moins de 500 mètres de Kidira. Dans la foulée, de nouvelles unités de gendarmerie ont été installées à Tambacounda, Kédougou et Saraya, et la circulation des motos la nuit a été interdite dans le département de Bakel, entre 20 heures et 6 heures. Le dispositif a encore été étoffé en avril dernier, avec trois nouveaux points d'appui inaugurés pour le Groupe d'action rapide de surveillance et d'intervention de Saraya, dans la région de Kédougou. L'Est du Sénégal reste une zone fragile. Les frontières y sont poreuses, la contrebande ancienne et l'orpaillage clandestin attire une population mobile difficile à contrôler. Le JNIM ne dispose pas de capacité avérée de projection directe sur le territoire sénégalais, mais sa présence aux abords de la frontière alimente un climat d'insécurité et impose une vigilance particulière à Bakel et Tambacounda. Pour les populations de ces zones, la coopération avec les forces de défense et de sécurité reste le premier rempart contre toute infiltration.
Le corridor Dakar-Bamako, artère sous tension
Sur le plan économique, l'enjeu est considérable. Le port de Dakar voit transiter 70 % des importations et exportations du Mali. En 2024, le Mali représentait plus de 20 % des exportations sénégalaises, pour une valeur de 802,75 milliards de francs CFA. Autant dire que chaque perturbation de l'axe routier se répercute directement sur l'économie nationale. Or le corridor vit sous la menace depuis plus d'un an. Le JNIM, qui cherche à asphyxier économiquement l'État malien, a multiplié les attaques contre les convois. Entre septembre et novembre 2025, environ 120 conteneurs destinés au Mali restaient bloqués chaque jour au port de Dakar, pour une perte estimée à 15 milliards de francs CFA par mois. En mai dernier, après une série d'attaques et l'incendie de plusieurs camions, les transporteurs sénégalais ont suspendu leurs rotations vers le Mali. La reprise de Kidal ne change rien à cette réalité, puisque les embuscades frappent l'Ouest malien, entre la frontière et Bamako, et non le Nord. Pour les nombreux Sénégalais installés au Mali, commerçants de Bamako, de Kayes ou des villes de transit, comme pour les chauffeurs routiers qui font la navette entre les deux capitales, la situation reste précaire. Les enlèvements de chauffeurs, les rançons et les pertes de marchandises ont déjà poussé une partie d'entre eux à réduire leurs activités ou à rentrer au pays. L'approvisionnement des boutiques dépend de la fluidité du corridor, et chaque semaine de blocage pèse sur leurs revenus. La victoire de Kidal peut renforcer la position de Bamako et rassurer une partie des acteurs économiques. Mais tant que l'Ouest malien restera exposé aux actions du JNIM, ni les routiers, ni les commerçants, ni les populations de l'Est sénégalais ne pourront considérer la menace comme écartée. Pour Dakar, l'équation reste la même : maintenir une coopération sécuritaire étroite avec Bamako, protéger ses ressortissants et garder ouverte une route dont dépend une part essentielle de son commerce extérieur.
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- 885 words · 4 min read
- Published
- October 7, 2026
- Byline
- Diack Sall
- Source
- Senenews