Microfinance : 849,9 milliards de crédits, mais un taux d’impayés deux fois supérieur à la norme

Le ministre de la Microfinance et de l'Économie sociale et solidaire, Dr Alioune Dione, a présidé ce jeudi 1er octobre à Dakar la 30e session du Comité national de coordination des activités de microfinance (CNC). Entre performances record et fragilités persistantes, il a appelé les institutions à diversifier leurs sources de financement et les partenaires à mieux s'aligner sur les priorités de l'État. Réunis au Noom Hôtel de Dakar autour du thème « La microfinance face aux défis de la mobilisation du financement durable », les acteurs du secteur ont pris connaissance d'un bilan flatteur. Les institutions de microfinance (IMF) desservent aujourd'hui plus de 4,7 millions de membres et clients à travers le pays. À fin 2025, l'encours des crédits distribués atteignait 849,9 milliards de FCFA, tandis que l'encours d'épargne s'établissait à 634,7 milliards de FCFA. Les fonds propres du secteur se chiffraient quant à eux à 230,6 milliards de FCFA. Ces résultats placent le Sénégal au premier rang de la microfinance dans l'espace UEMOA, avec 15,5 % des comptes de microfinance de l'Union. Le ministre a salué le travail des dirigeants, des élus, des agents et des membres des institutions, qu'il considère comme les artisans de cette performance.
Des créances en souffrance encore trop élevées
Derrière ces chiffres, le tableau comporte toutefois des zones d'ombre. Les créances en souffrance représentent encore 6 % de l'encours de crédit, soit le double de la norme prudentielle fixée à 3 %. Un niveau qui traduit les difficultés de remboursement auxquelles sont confrontées de nombreuses institutions. Le ministre a également insisté sur la mise en conformité des IMF avec la loi n° 2025-04 du 19 février 2025 portant réglementation de la microfinance. Ce texte vise à rendre le secteur plus solide, plus transparent et plus sûr, mais l'État attend encore des institutions un effort réel pour s'y conformer. En collaboration avec l'l'APIM-Sénégal et les organes de supervision, le ministère a engagé plusieurs chantiers pour accompagner les IMF dans l'appropriation de ce nouveau cadre juridique. Le contexte international ne facilite pas la tâche du secteur. Le Dr Alioune Dione a rappelé que les subventions et les lignes de crédit bonifiées se raréfient, que l'accès aux ressources longues reste freiné par de lourdes contraintes juridiques et économiques, et que la viabilité financière est désormais une condition de survie pour les institutions. Dans le même temps, les IMF sont de plus en plus sollicitées pour accompagner leurs membres dans la transition climatique, à travers le financement de l'agriculture résiliente, des énergies renouvelables décentralisées ou encore de la gestion durable des ressources naturelles. De nouveaux instruments existent pourtant, comme la finance verte et climatique, les obligations sociales et durables, les garanties partielles de portefeuille ou le refinancement local. Mais ils restent peu utilisés, faute de taxonomie clairement établie, de capacités techniques suffisantes et de mécanismes de refinancement adaptés à la taille des institutions.
Le PACTIFU déjà à 12 milliards
Pour faire face à ces défis, le gouvernement s'appuie sur la Stratégie de Finance Ciblée, adoptée en Conseil des ministres le 18 décembre 2024. Sa traduction concrète est le Pacte pour l'Inclusion Financière Universelle (PACTIFU), signé avec l'l'APIM-Sénégal et mis en œuvre avec les IMF ayant conclu des conventions avec les instruments du ministère que sont le FONAMIF, le PLASEPRI, le PROGRESS et le FAESS. Ce pacte vise à renforcer la protection des clients, à améliorer la gouvernance des institutions et à faciliter l'accès au financement des activités productives. La priorité est donnée aux projets à fort impact social dans l'agriculture, la pêche, l'élevage et la transformation des produits locaux. Selon le ministre, le PACTIFU a déjà permis de mobiliser près de 12 milliards de FCFA en quelques mois. Le FONGIP et la CDMP SA, filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations, y ont adhéré en mettant à la disposition des IMF des lignes de garantie et de refinancement de plus de 3 milliards de FCFA. Tout en saluant l'engagement des partenaires techniques et financiers aux côtés du secteur, le ministre a tenu à leur adresser un message ferme. Il les a invités à se référer au préalable aux structures publiques, en premier lieu au ministère de la Microfinance et de l'Économie sociale et solidaire, pour toute intervention dans le secteur. Une démarche qu'il présente non comme une contrainte administrative, mais comme une garantie d'alignement sur les politiques publiques et les priorités nationales, permettant d'éviter les doublons et d'assurer la cohérence de l'action de tous les acteurs. À l'heure où les ressources se raréfient, chaque franc mobilisé doit produire un impact réel au bénéfice des populations, en particulier des femmes, des jeunes et des acteurs des zones rurales, a-t-il soutenu. Il a ainsi encouragé les partenaires à associer
l'État
dès la conception de leurs projets et à privilégier les instruments nationaux pour acheminer leurs ressources vers les IMF. Aux dirigeants des institutions de microfinance, le ministre a fixé le cap. L'avenir du secteur dépendra, selon lui, de leur capacité à diversifier leurs sources de financement, à intégrer les critères de durabilité environnementale et sociale dans leurs stratégies, à renforcer leur gouvernance et à assainir leurs portefeuilles. De son côté, le gouvernement s'engage à consolider un environnement réglementaire et institutionnel propice à cette transformation. Organisée avec l'l'APIM-Sénégal et la GIZ, avec l'appui de la coopération allemande, la session s'est poursuivie avec la présentation du bilan sectoriel par la Direction nationale de la BCEAO, suivie de travaux sur le financement durable et la taxonomie, ainsi que de deux panels consacrés au crédit vert et à l'accès aux fonds de garantie et aux lignes de refinancement climatique. Le ministre attend de ces travaux une feuille de route claire et des recommandations opérationnelles assorties d'un chronogramme de mise en œuvre.
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- Length
- 949 words · 5 min read
- Published
- October 1, 2026
- Byline
- Diack Sall
- Source
- Senenews