
Un nouveau dossier brûlant atterrit sur la table du président Bassirou Diomaye Faye. Alors que la réforme du Code unique de sécurité sociale est en passe de franchir une nouvelle étape, le Front syndical pour la défense du travail, qui regroupe 12 centrales syndicales, hausse le ton et met la pression sur le chef de l’État. Réuni avec les organisations nationales de retraités, le Front a arrêté un plan d’action musclé pour contester une réforme qu’il considère comme une menace pour les acquis sociaux et l’autonomie de gestion de l’IPRES et de la Caisse de sécurité sociale. Au menu : demande d’audience au président de la République, marches nationales, saisine du Bureau international du Travail (BIT) et, si aucun compromis n’est trouvé, une grève générale de 72 heures. Autrement dit, le dossier risque de devenir un nouveau point de tension entre le pouvoir et les organisations syndicales. « La première étape de ce plan de riposte sera une demande d’audience au chef de l’État, avant une série d’actions pouvant aller jusqu’à une grève générale de 72 heures », annonce le Front syndical.
Pour les syndicats et les retraités, le cœur du problème se trouve dans la manière dont la révision du Code unique de sécurité sociale aurait été conduite. Ils estiment que des modifications substantielles ont été introduites sans une véritable concertation avec les partenaires sociaux. Entouré notamment de responsables de centrales syndicales, dont Elimane Diouf de la CSA, Souleymane Diallo et Ndiouga Wade de la CNTS, ainsi que Mody Guiro, le Front syndical dit être plus que jamais déterminé à faire entendre sa voix. Il entend désormais porter directement ses inquiétudes devant Bassirou Diomaye Faye et lui demander d’intervenir avant l’entrée en vigueur du nouveau dispositif. « Si cette démarche ne permet pas de trouver une issue, le Front entend passer à une phase supérieure avec une grève générale de 72 heures », insiste l’organisation syndicale. À cette mobilisation nationale pourraient s’ajouter des marches sur l’ensemble du territoire, des rencontres d’information avec les délégués syndicaux des entreprises et la saisine du BIT. L’objectif affiché est de sensibiliser les travailleurs et l’opinion publique sur les conséquences que pourrait avoir, selon les organisations syndicales, la nouvelle architecture des institutions sociales. Et c’est précisément sur cette architecture que se cristallise la colère syndicale. Le principal point de crispation reste l’autonomie de gestion de l’IPRES et de la Caisse de sécurité sociale, considérée comme un acquis obtenu au terme de longues luttes sociales. Les organisations contestent plusieurs dispositions du nouveau texte, notamment la suppression du collège des représentants au sein des institutions sociales et la réduction du nombre d’administrateurs, qui passerait de 22 à 14. Elles s’opposent également au nouveau mécanisme de désignation des directeurs généraux. Selon le Front, les conseils d’administration ne disposeraient plus du pouvoir de nomination et de révocation des directeurs généraux de l’IPRES et de la Caisse de sécurité sociale. Ils seraient appelés à proposer des noms, tandis que le ministère du Travail conserverait le pouvoir de validation et de nomination. Autre disposition particulièrement décriée : la possibilité donnée à la tutelle de dissoudre les conseils d’administration et de placer les institutions sous administration provisoire. Pour les syndicats, une telle disposition risque de renforcer considérablement le contrôle de l’État sur des organismes dont l’autonomie de gestion constitue, à leurs yeux, une garantie essentielle.
Le Front syndical s’inquiète également de la perspective de voir les agents non fonctionnaires de l’État enrôlés dans le Fonds national de retraite (FNR). Les organisations rappellent que cette catégorie de travailleurs représente une part importante des cotisations versées à l’IPRES. Pour elles, les changements envisagés pourraient fragiliser l’équilibre financier et institutionnel de l’IPRES et de la Caisse de sécurité sociale. Le Front rejette aussi l’argument selon lequel ces modifications découleraient de recommandations de la CIPRES, estimant que cette organisation régionale a principalement pour mission de veiller au respect des règles prudentielles dans les institutions de prévoyance sociale. À cette bataille autour de la réforme s’ajoute un autre sujet sensible : la dette de l’État envers l’IPRES, qui dépasse 100 milliards de francs CFA, notamment au titre d’engagements liés à la pension minimale. Les syndicalistes rappellent que le souvenir de la cessation de paiement et des difficultés rencontrées par les allocataires reste présent dans les esprits. « L’enjeu est donc d’éviter tout scénario susceptible de nuire à la pérennité de leurs pensions et de l’institution chargée de les gérer », souligne l’organisation syndicale. Dans ce contexte déjà tendu, le Front syndical demande au président
Bassirou Diomaye Faye
de ne pas promulguer la loi avant d’avoir discuté avec les représentants des travailleurs. Le chef de l’État se retrouve ainsi face à un dossier social particulièrement sensible, qui pourrait rapidement prendre la forme d’un bras de fer national si aucune solution n’est trouvée avec les syndicats et les retraités.
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