Création de la Société nationale du tabac : Ibrahima Sory Cissé, de l’ONG « Génération sans tabac Guinée », défend sa compatibilité avec la lutte antitabac

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La création de la Société nationale du tabac suscite des interrogations sur ses implications pour la lutte contre le tabagisme en Guinée. Pour Ibrahima Sory Cissé, président de l’ONG Génération sans tabac Guinée, cette initiative gouvernementale n’est pas incompatible avec les actions de prévention. Il estime qu’elle pourrait contribuer à mieux encadrer la filière, à renforcer les recettes publiques et à lutter contre la pauvreté, tout en faisant de la protection de la santé une priorité.
Le décret portant création de cette société nationale a été annoncé à la télévision nationale dans la soirée du lundi 19 octobre 2026. Cette décision a suscité des réactions au sein de l’opinion, notamment celle d’Ibrahima Sory Cissé, directeur de la communication et des relations publiques à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et président de l’ONG Génération sans tabac Guinée.
Lauréat du prix de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la lutte contre le tabac en 2011, il estime que la création de cette société doit s’accompagner de mécanismes de réglementation et de prévention destinés à protéger les populations contre les risques liés à la consommation du tabac et de ses dérivés.
« Nous encourageons donc le gouvernement guinéen dans sa démarche afin de faire la réglementation de la commerciale pour la commercialisation du tabac et dérivés en République de Guinée », affirme-t-il.
Face aux inquiétudes de ceux qui redoutent que cette nouvelle structure affaiblisse les campagnes de sensibilisation, Ibrahima Sory Cissé assure que sa création ne signifie pas un abandon des objectifs de santé publique.
« Quand on dit que la Société nationale du tabac est créée, les gens pensent que le président de la République est là à diffuser les ONG qui lutte contre le tabac. Non, au contraire, nous ONG devons encourager le gouvernement, le président de la République et son cabinet afin que la population guinéenne soit protégée en matière de la consommation du tabac et dérivés », explique-t-il.
Le responsable associatif estime que la société pourrait également contribuer à la prévention, notamment à travers des actions de communication. Il plaide pour un renforcement de la sensibilisation aux dangers du tabac et une meilleure protection des mineurs.
« Cette Société nationale du tabac permettra aussi en son sein de faire la promotion de la santé. Elle va mettre en place les moyens de communication avec les médias publics et privés pour qu’on interdise au moins de 18 ans de consommer du tabac et dérivés, de consommer même de l’alcool », soutient-il.
Il rappelle par ailleurs que la Guinée a adhéré en 2007 à la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac. À ses yeux, cet engagement international n’exclut pas la création d’une société nationale.
« Il suffit seulement de mettre tout en ensemble, d’organiser bien et de faire en sorte que chaque partie se reconnaisse dans la création de cette Société nationale du tabac », insiste-t-il.
Des retombées économiques attendues
Au-delà de la réglementation du secteur, Ibrahima Sory Cissé met en avant les retombées économiques qu’il associe à la nouvelle société. Selon lui, sa mise en place pourrait générer des emplois dans plusieurs domaines, notamment l’administration et le transport, tout en offrant des débouchés aux producteurs agricoles.
« Cette Société nationale du tabac permettra d’employer des Guinéens, fera la réglementation pour permettre à l’économie du pays de se porter mieux », déclare-t-il.
Il estime que l’achat de la production par la société pourrait constituer une source de revenus pour les cultivateurs et contribuer à la lutte contre la précarité.
« Donc la création de la Société nationale du tabac rentre dans le cadre de la lutte contre la pauvreté et la précarité », affirme-t-il.
Un capital de 100 milliards de francs guinéens
Le capital annoncé de 100 milliards de francs guinéens suscite également des interrogations. Ibrahima Sory Cissé estime que ce montant doit être apprécié au regard des perspectives économiques qu’il associe à la structure, tout en soulignant l’importance d’une gestion rigoureuse.
« Le décret est clair. Mais les gens pensent que 100 milliards c’est beaucoup. Non, c’est une infime partie pour la création de la société. Si la société est bien gérée, si la société fonctionne bien, vous allez voir en deux ans, la société pourra multiplier les 100 milliards et que l’économie du pays va se porter mieux », avance-t-il.
Pour lui, la mobilisation des recettes publiques, la modernisation de la gestion et la sécurisation des ressources devront figurer parmi les priorités de la société.
Autre enjeu soulevé par l’intervenant : la présence de nombreuses marques de cigarettes sur le marché guinéen et les difficultés liées au contrôle des circuits d’approvisionnement. Il estime que la nouvelle structure pourrait contribuer à lutter contre la contrebande et à mieux encadrer les échanges commerciaux.
« Aujourd’hui, quand la Société nationale du tabac sera fonctionnelle, elle va réglementer tout ce qui concerne la contrebande des marques de cigarettes en République de Guinée, prendra fin », affirme-t-il.
Il insiste également sur la nécessité de sécuriser les recettes et de placer la santé publique au cœur des préoccupations.
« Je miserai sur le capital humain, je vais miser sur la modernisation opérationnelle et je vais miser sur. les recettes, les recettes seront bien traitées, les recettes seront bien sécurisées. Je miserai sur l’assainissement des recettes. Et je miserai aussi sur la santé de la population », déclare-t-il.
Vers une hausse des prix des cigarettes ?
Interrogé sur les conséquences possibles de la création de la société pour les consommateurs, le président de l’ONG estime que la réglementation des prix et la fiscalité pourraient jouer un rôle important dans l’encadrement du marché.
Prenant l’exemple de la France, où certains paquets de cigarettes peuvent, selon lui, coûter entre 10 et 15 euros, il soutient que l’existence d’une industrie nationale du tabac n’empêche pas un pays d’appliquer une taxation élevée.
Il anticipe également une hausse des prix en Guinée au cours des deux à trois prochaines années.
« Et j’avoue que d’ici deux ans ou trois ans, tout paquet de cigarettes qui coûte aujourd’hui 5 000 ou 10 000, le prix va grimper entre 20 000 ou 25 000 voire 50 000 francs guinéens », prédit-il.
Cette estimation relève de ses projections personnelles et ne constitue pas une tarification officielle annoncée dans le cadre du décret.
Au-delà des considérations économiques, le responsable associatif insiste sur les conséquences sanitaires du tabagisme. Il appelle à renforcer l’éducation, la mobilisation et la sensibilisation, en particulier auprès des jeunes et des personnes exposées aux risques liés à la consommation du tabac.
« Une population malade est une population improductive », rappelle-t-il, plaidant pour une approche qui place la santé publique au centre des politiques de développement.
Il souhaite ainsi une collaboration plus étroite entre les autorités, les organisations de la société civile et les médias afin de mieux informer les citoyens sur les risques du tabac et de ses dérivés.
Il cite notamment l’interdiction de fumer à l’intérieur de l’aéroport de Conakry parmi les acquis de la lutte antitabac en Guinée.
Pour lui, la création de la Société nationale du tabac ne doit pas devenir une source de confrontation entre les pouvoirs publics et les associations de prévention.
« Nous, on peut dire à l’ONG Génération sans tabac Guinée que notre ONG, elle est là pour sauver des vies humaines. Nous ne sommes pas là pour créer des polémiques entre notre action et les actions posées par les autorités », conclut-il.
Reste désormais à observer les modalités de fonctionnement de la société, les mécanismes de contrôle qui seront retenus et la place effectivement accordée à la prévention sanitaire. Ces éléments seront déterminants pour apprécier la manière dont cette nouvelle structure entend concilier les objectifs économiques de l’État et la lutte contre le tabagisme en Guinée.
Mayi Cissé
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- October 21, 2026
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