Les données publiées le 3 septembre dernier dans l’External Trade Sector Report rédigé par l’agence d’évaluation financière CARE Ratings Africa 2026, démontrent un déséquilibre des échanges de marchandises. Le déficit commercial du pays s’établit dans une fourchette allant de Rs 207,9 milliards à Rs 211 milliards. Cette dégradation marque un doublement du déficit en l’espace d’une décennie, révélant une vulnérabilité croissante du modèle économique mauricien face à ses échanges internationaux.
Les importations progressent deux fois plus vite que les exportations. L’économie demeure intrinsèquement dépendante des approvisionnements extérieurs pour ses besoins fondamentaux tels que les produits pétroliers, les denrées alimentaires, les biens d’équipement et les matériaux de construction. Dans le même temps, la base exportatrice du pays, composée principalement du textile, du sucre et des produits de la mer, peine à trouver un second souffle face à une concurrence globale féroce et à des coûts logistiques et de production en hausse. Ce qui asphyxie progressivement la balance commerciale, sans qu’un mécanisme d’ajustement naturel par les prix ou les volumes ne parvienne à rétablir l’équilibre.
L’analyse de la répartition géographique des flux commerciaux met en lumière une asymétrie particulièrement marquée. L’Asie constitue le premier moteur de ce déficit commercial avec un gouffre financier qui atteint Rs 167 milliards, car la Chine et l’Inde demeurent les fournisseurs prédominants du pays pour les produits manufacturés, les machines et les biens de consommation alors que les flux d’exportation de Maurice vers ces marchés restent marginaux. De son côté, l’espace européen affiche lui aussi un solde nettement déficitaire à hauteur de Rs 40 milliards. Historiquement considéré comme le marché de prédilection des exportations mauriciennes, l’Europe pâtit de la stagnation de la demande et de l’érosion des préférences tarifaires qui pèsent lourdement sur les performances mauriciennes à l’export.
Ce creusement du déficit commercial remet sur la table la question de la résilience externe du pays. Bien que le secteur des services apporte traditionnellement un coussin de devises indispensable pour éponger une partie des pertes sur les marchandises grâce au tourisme, aux services financiers et au pôle Global Business, la marge de manœuvre s’amenuise. Pour les analystes de CARE Ratings Africa, la trajectoire actuelle souligne l’urgence de politiques industrielles et commerciales renouvelées s’appuyant sur une substitution ciblée de certaines importations, une montée en gamme de l’appareil productif local et une diversification dynamique des marchés d’exportation vers l’Afrique continentale sous l’impulsion de la ZLECAf. Sans un sursaut rapide de la compétitivité nationale, la facture des échanges commerciaux continuera de peser lourdement sur la trajectoire macroéconomique du pays.
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