L’érection de Kamsar en préfecture continue de susciter de nombreuses réactions dans cette importante cité minière de la région de Boké. Annoncée le 20 août dernier dans le cadre de la réorganisation administrative du pays, la décision du président Mamadi Doumbouya met fin à plusieurs années d’attente pour les populations de cette localité jusque-là rattachée à la préfecture de Boké.
Pour les habitants, ce changement de statut ne constitue pas qu’une simple modification administrative. Kamsar est une importante zone industrielle et portuaire, marquée notamment par les activités minières. Selon les données récentes, la collectivité compte 207 127 habitants répartis sur 472 km². Les attentes sont donc nombreuses, notamment en matière d’infrastructures, de services publics et de retombées économiques.
Moussa Keita, jeune leader de Kamsar Cité, estime que le nouveau statut pourrait permettre à la localité de mieux profiter des richesses qu’elle génère.
Moussa Keita, jeune leader de Kamsar Cité
« J’ai accueilli l’érection en préfecture avec une grande joie, parce que c’est quelque chose qui était attendu par tous les habitants de Kamsar depuis longtemps. Donc, je suis très content de cette décision. On sait que Kamsar est une grande zone industrielle, mais on n’en profitait pas pleinement, parce qu’on envoyait beaucoup de recettes issues de l’exploitation minière à Boké. Maintenant que Kamsar est devenue une préfecture, on n’aura plus à envoyer ces recettes à Boké. Donc, cet argent, s’il est bien dépensé, peut aider Kamsar à bien se développer », a-t-il déclaré.
Au-delà de la question économique, c’est surtout le rapprochement de l’administration qui est mis en avant par Georges Dramou, infirmier. Pour lui, l’érection de Kamsar en préfecture répond à une réalité démographique et économique devenue difficile à ignorer.
Georges Dramou, infirmier
« Si vous étiez là au lendemain de l’annonce du décret du président Mamadi Doumbouya, vous auriez pu mesurer jusqu’où cette décision était attendue. Dès le petit matin, de Madina Borbof jusqu’à la Cité, les gens dansaient dans la rue pour exprimer leur joie et leur satisfaction. Vu la population de Kamsar et des infrastructures qui sont là, Kamsar méritait depuis longtemps d’être érigée en préfecture. Mais malgré toutes les potentialités de Kamsar, les gens étaient obligés de toujours se déplacer pour Boké afin d’avoir des documents administratifs ou pour d’autres besoins. Donc, nous remercions du fond du cœur le président de la République pour cette décision, que nous attendions avec beaucoup d’impatience. Désormais, Kamsar aura tous les services administratifs ici, dont la Direction préfectorale de la Santé qui me concerne directement. Donc, je n’aurai plus besoin d’aller à Boké pour des formations ou autres ».
La proximité des services publics figure ainsi parmi les premières attentes des habitants. Une aspiration qui rejoint d’ailleurs l’objectif affiché par les autorités, qui présentent la réforme administrative comme un moyen de rapprocher davantage l’administration des populations. Le ministère de l’Administration du Territoire a encore rappelé cette ambition lors de la rencontre, tenue ce lundi 7 septembre, entre la ministre et des ressortissants de la nouvelle préfecture.
Pour Hassimiou Coumbassa, habitant de Kamsar, le changement de statut doit surtout permettre à la ville de transformer ses nombreuses potentialités en véritables opportunités de développement.
Hassimiou Coumbassa
« Je suis très, très content de cette décision. En réalité, les habitants de Kamsar avaient du mal à se rendre à Boké même pour les festivités du 2 octobre. Et puis, tout le monde sait que Kamsar a beaucoup de potentialités pour être une préfecture. On a un grand port ici, on a des compagnies minières qui exercent ici, mais on avait du mal à avoir certaines infrastructures de base. Mais aujourd’hui, on peut dire Dieu merci, parce que nous pensons que ce décret peut apporter l’émergence à Kamsar. En tout cas, nous souhaitons que Kamsar aille de l’avant parce que nous avons beaucoup souffert, sur le plan économique, sur le plan social… et nous espérons que ce décret est le début d’un changement positif chez nous ».
Cette attente est d’autant plus forte que Kamsar dispose depuis longtemps d’un poids économique important. Les statistiques de l’Institut national de la statistique montrent d’ailleurs que la commune figurait déjà parmi les collectivités affichant des recettes importantes dans la région de Boké.
Naby Laye Moussa Yattara, habitant de Kamsar
Pour Naby Laye Moussa Yattara, la nouvelle préfecture doit maintenant s’attaquer aux difficultés très concrètes auxquelles les habitants restent confrontés au quotidien. Il s’agit notamment de l’obtention de la carte d’identité nationale, mais aussi des problèmes liés à l’accès à l’eau et à l’électricité.
« Je suis très heureux de la décision du chef de l’État, parce que je pense que cela va changer beaucoup de choses à Kamsar. On ne sera plus obligés d’aller à Boké pour faire des documents administratifs, on pourra les obtenir ici à Kamsar. Pour nous, c’est déjà une avancée. Actuellement, nous avons beaucoup de difficultés ici : quand vous déposez votre dossier pour obtenir la carte d’identité biométrique, vous pouvez attendre deux mois ou plus avant de récupérer votre carte. Donc, je souhaite que les autorités nous aident à régler ce problème, mais aussi à faire en sorte que le courant soit stable et qu’on ait l’eau courante ici de façon permanente. »
Le développement des infrastructures constitue également une priorité pour Mamadou Camara, un entrepreneur établi à Kamsar. Il estime que le passage au statut de préfecture doit désormais se traduire par des investissements visibles sur le terrain, notamment dans les routes et l’accès à l’eau potable.
Mamadou Camara, entrepreneur
« Je ne peux que remercier le président de la République pour ce qu’il a fait pour Kamsar. Je suis très content de son acte, parce que c’est quelque chose que Kamsar attendait depuis plusieurs années. Je pense que cela va changer beaucoup de choses ici, parce que l’avantage de passer de sous-préfecture à préfecture, c’est qu’on gagne de nouvelles infrastructures. Actuellement, Kamsar a un problème de routes et d’eau potable. Le problème d’électricité, lui, est résolu, mais les autres sont encore là. C’est pourquoi d’ailleurs, j’ai personnellement réalisé quelques mètres de pavés sur la route nationale afin d’accompagner le président Mamadi Doumbouya et son équipe dans leur idéologie. Maintenant, j’espère qu’avec ce changement de statut, Kamsar aura plusieurs kilomètres de route goudronnée pour que cette ville devienne une référence. »
Si la joie domine, les habitants savent aussi que le nouveau statut ne réglera pas automatiquement les difficultés de Kamsar. Pour Mangué Kifinda Bangoura, jeune leader, l’enjeu est désormais de faire en sorte que les investissements ne se limitent pas à la partie la mieux aménagée de la ville.
Mangué Kifinda Bangoura, jeune leader
« Aujourd’hui, dans tous les coins de la nouvelle préfecture de Kamsar, la population est en train de se frotter les mains et applaudir pour le président Mamadi Doumbouya. Nous espérons que ce changement de statut entraînera un véritable changement sur le terrain. On doit construire une nouvelle ville de l’autre côté qui ne fait pas partie de la cité. Parce que, comme vous le savez, Kamsar est composée de deux zones : Kamsar Cité et Kamsar Village. Kamsar Cité, c’est une zone qui est bien construite par la CBG, qui est donc tout à fait différente de l’autre partie. Maintenant, il faut aller construite de nouvelles infrastructures du côté de Kayenguissa, de Madina, Kamakounou… À part la Cité, si vous rentrez aujourd’hui dans les quartiers de Kamsar, vous verrez que beaucoup de routes sont en mauvais état et que le courant n’est pas stable. Donc, nous souhaitons que ces problèmes puissent trouver une solution rapide ».
À Kamsar, l’euphorie née de l’annonce du décret laisse donc progressivement place aux attentes. Les manifestations de joie organisées dans la ville dans les jours qui ont suivi la décision témoignaient déjà de l’importance accordée à cette réforme par les populations. Désormais, les habitants veulent voir le changement de statut se traduire dans leur quotidien. Comme pour dire que le passage de sous-préfecture à préfecture n’est pas une finalité, mais le début d’une nouvelle étape, avec une promesse à concrétiser sur le terrain.
De Kamsar, Alpha Fafaya Diallo, envoyé spécial de Guineematin.com
Tel. 628 12 43 62
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