De l’amphithéâtre au marché du travail : Le chantier universitaire de l’USFP

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Dans son programme électoral 2026, l’Union socialiste des forces populaires consacre l’un de ses vingt engagements à l’université, avec une conviction affichée dès la première ligne : l’enseignement supérieur marocain n’est pas qu’un établissement où l’on délivre des diplômes, mais un levier de développement économique et social, un espace de production du savoir, une pépinière de compétences. Une manière de dire que l’université ne se juge pas au nombre d’étudiants qu’elle accueille, mais à ce qu’elle produit ensuite pour le pays.
Le diagnostic qui sous-tend cet engagement tient en peu de mots : des amphithéâtres saturés, des filières parfois déconnectées des besoins de l’économie, une recherche scientifique sous-financée, et des lauréats trop nombreux à découvrir, diplôme en main, qu’aucun poste ne les attend. Le programme y répond par six volets, de l’élargissement de l’offre universitaire jusqu’au rayonnement international, en passant par la qualité de la formation, l’insertion professionnelle, la vie étudiante et le partenariat avec les entreprises.
Désengorger avant d’exiger la qualité
L’USFP promet une réduction de 40 % du taux de surpopulation dans les filières à accès ouvert, celles où s’entassent chaque année des dizaines de milliers de bacheliers faute d’alternative sélective. Le programme ne se contente pas d’un chiffre : il détaille les leviers, dix nouveaux pôles universitaires répartis selon les besoins du développement territorial, des facultés spécialisées créées dans les régions qui manquent d’offre, des antennes universitaires rapprochées des bassins de population, et l’extension des amphithéâtres, laboratoires et bibliothèques existants. Ce sont les mêmes dix pôles que l’on retrouve mentionnés ailleurs dans le programme, cette fois précisés autour des filières d’avenir, intelligence artificielle, énergies renouvelables, biotechnologies, comme si le parti voulait s’assurer que l’expansion géographique de l’université serve aussi une stratégie économique, et non une simple logique de guichet.
La qualité, elle, se joue moins dans les discours que dans le taux d’encadrement. Le recrutement de nouveaux enseignants-chercheurs, la numérisation des services, la modernisation des laboratoires aux normes internationales et un système national d’évaluation liant une partie du financement aux résultats de performance dessinent une université qui accepterait, comme les hôpitaux ou les administrations évoqués dans les autres engagements du programme ittihadi, d’être jugée sur ce qu’elle produit plutôt que sur ce qu’elle promet.
De l’amphithéâtre au marché du travail
Le troisième volet du programme s’attaque frontalement à une réalité que peu de familles marocaines ignorent : un diplôme ne garantit plus, à lui seul, un emploi. L’USFP fixe un objectif de 60 % de taux d’insertion professionnelle des diplômés, un chiffre appelé à devenir, selon le texte, un indicateur d’évaluation de la qualité de la formation elle-même. La méthode combine révision périodique des filières en fonction des mutations économiques, intégration du numérique, des langues, de l’entrepreneuriat et de l’intelligence artificielle dans les cursus, généralisation des stages obligatoires en entreprise et dans l’administration, et création de centres universitaires dédiés à l’orientation et à l’insertion des lauréats. La logique rejoint celle déjà exposée pour la jeunesse dans le programme de l’USFP : un parcours clair, du premier cours jusqu’au premier emploi, plutôt qu’un diplôme suivi d’un point d’interrogation.
Une vie étudiante digne
Le programme accorde à la dignité de l’étudiant un engagement à part entière, intitulé sans détour « L’étudiant d’abord ». Construction et réhabilitation des cités universitaires, hausse de la capacité d’hébergement, amélioration de la restauration, du transport, de la couverture sanitaire et du soutien social, numérisation complète des démarches, de l’inscription aux bourses, création d’espaces sportifs, culturels et de centres de soutien psychologique. Ce sont, dans le détail, les conditions matérielles qui déterminent si un jeune peut réellement se consacrer à ses études ou si, au contraire, il passe autant de temps à chercher un logement décent qu’à préparer ses examens.
Faire entrer l’entreprise dans l’université, sans privatiser le savoir
Le cinquième engagement organise le rapprochement entre université et monde économique, sans le réduire à une simple privatisation du savoir : contrats de partenariat pour la formation et la recherche, conseils régionaux réunissant universités et secteur privé pour identifier les compétences demandées, financement de la recherche et des chaires par les entreprises, incubateurs et centres de transfert de technologie, orientation des projets de fin d’études vers les problématiques économiques et sociales prioritaires. Le programme y ajoute un engagement budgétaire concret, porter le budget de la recherche scientifique à 2 % du PIB, loin des niveaux actuels, et présenté comme la condition sans laquelle l’ensemble de cette architecture resterait un vœu pieux.
Viser le monde, sans perdre le fil du territoire
Le dernier volet, baptisé « Université 2035 », assume une ambition internationale : programme national d’internationalisation, partenariats avec les meilleures universités mondiales, attractivité renforcée pour les chercheurs marocains établis à l’étranger, soutien à la publication scientifique et aux brevets, financement compétitif de la recherche à impact économique et social. L’objectif chiffré ne manque pas d’ambition non plus, faire figurer des universités marocaines parmi les 500 meilleures au monde. Un objectif qui ne vaudra, comme les autres engagements de ce programme, que rapporté aux moyens réellement engagés pour l’atteindre.
En reliant dans un même engagement l’expansion territoriale, l’exigence de qualité, l’insertion professionnelle, la dignité étudiante, le partenariat économique et l’ambition internationale, l’USFP fait de l’université un condensé de son projet de développement équitable : un lieu où l’égalité des chances se joue concrètement, entre celui qui décroche une place en cité universitaire et celui qui dort chez un cousin faute de logement, entre celui qui trouve un stage et celui qui ne connaît personne dans l’entreprise qu’il vise.
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About this article
- Length
- 911 words · 5 min read
- Published
- September 15, 2026
- Byline
- Mehdi Ouassat
- Source
- Libération