Bourses de sécurité familiale : Aboubakr KA répond aux critiques d’Amadou BA et de Waly Diouf Bodiang

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L’un parle de « consommation immédiate », l’autre d’« achat de consciences ». Au fond, vous dites la même chose : soulager les familles pauvres serait une manœuvre électorale.
Commençons par les faits. En 2026, 469 497 ménages reçoivent la bourse, contre 355 013 en 2024. Chacun reçoit 140 000 F CFA pour l’année, soit moins de 400 F CFA par jour. Dès 2027, l’objectif est d’atteindre un million de ménages, soit l’ensemble des familles vulnérables inscrites au Registre national unique.
Une bourse ne peut pas acheter un vote. Pour acheter un vote, il faut payer en échange du vote, et pouvoir punir celui qui vote mal. Or les familles sont choisies par le Registre national unique, selon des critères socioéconomiques et des quotas par commune. La bourse ne dépend pas du vote. Une mère de famille de Malem-Hodar qui reçoit 140 000 F CFA vote, dans le secret de l’isoloir, pour qui elle veut, et personne ne le saura jamais.
Les Sénégalais ne sont pas marchandisables, c’est vrai. C’est justement pour cela qu’il est insultant de croire qu’une famille pauvre vendrait sa conscience pour moins de 400 F CFA par jour.
Ce n’est pas de la consommation perdue. L’évaluation de la Banque mondiale et de la DGPSN le montre : grâce aux bourses, la part d’aliments riches en protéines a augmenté de 8 % et la possession de biens durables de 11 %. Les femmes bénéficiaires accèdent plus facilement au microcrédit. Quand c’est la mère qui reçoit la bourse, les adolescents restent davantage à l’école. Et cet argent est dépensé au marché, chez le boutiquier, chez l’artisan : dans des programmes comparables, la FAO a mesuré que chaque franc transféré génère plus d’un franc d’activité locale.
Amadou BA dénonce aussi un endettement sur 30 ans. Mais même financées par l’emprunt, les bourses ne sont pas un puits sans fond : elles sont la condition d’une réforme bien plus large. Le ministre des Finances l’a rappelé : on ne peut pas réformer les subventions énergétiques sans renforcer la protection sociale. Or en 2026, ces subventions devraient coûter 790 milliards, et les bourses 70 milliards, soit moins d’un dixième. L’objectif est de ramener les subventions sous 1 % du PIB d’ici 2029. Les recettes du pétrole et du gaz pourront aussi contribuer au remboursement. Sans oublier qu’un enfant mieux nourri et scolarisé aujourd’hui sera, demain, un travailleur et un contribuable.
Votre opposition bourses/hôpitaux ne tient pas. Selon votre propre tableau, les cinq hôpitaux représentent 429 milliards d’autorisations d’engagement inscrites dans la LFR. Comme l’a justement signalé Sulaïman GEÏ, le rejet de la LFR menace l’avancement de ces hôpitaux. Et pour cause : sans ces autorisations, l’État ne peut pas préparer leurs marchés (Code des marchés publics, article 9), ni à plus forte raison les signer. Quant aux bourses, la loi de finances initiale prévoyait déjà 35 milliards, et les paiements ont commencé. Ce que le rejet bloquerait, ce sont les 35 milliards supplémentaires. Or verser 140 000 F CFA à 469 497 ménages coûte près de 66 milliards : la loi initiale n’en couvre qu’à peu près la moitié.
Et maintenant, parlons de vos incohérences.
Première incohérence : vous rejetez ce que vous réclamiez. Quand votre parti gouvernait, les bourses ont été suspendues plus d’un an pour être auditées, puis fixées à 35 milliards dans la loi de finances 2026. Votre propre ministre de la Famille, Maïmouna DIÈYE, coordinatrice du mouvement des femmes de Pastef, jugeait ce montant insuffisant. Elle voulait le relever dans la prochaine LFR. Cette LFR est là, le gouvernement y inscrit 70 milliards. Et votre majorité l’a rejetée en commission. Si vous doutez de cette inscription, amendez le texte, mais ne le rejetez pas.
Deuxième incohérence : vous accusez un registre que vous avez vous-mêmes nettoyé. C’est votre ministre qui a fait auditer le Registre national unique. C’est elle qui dénonçait l’instrumentalisation politique passée de ces aides et voulait la corriger. Alors de deux choses l’une. Soit votre audit a échoué, et vous devez l’expliquer. Soit le registre est assaini, et parler d’« achat de consciences » est faux.
Troisième incohérence : vouloir plus, sans donner les moyens. Amadou BA écrit : « Peut-être même qu’il faudrait augmenter les montants alloués. » Mais il refuse que la dette finance les bourses, et sa majorité rejette la LFR qui les double. Augmenter les bourses, mais avec quel argent ? On ne peut pas promettre davantage aux familles tout en bloquant chaque franc qui leur est destiné.
Quatrième incohérence : imbattables, mais inquiets. Waly Diouf BODIANG l’affirme : personne ne peut battre Pastef dans une élection libre et transparente. Si votre parti est imbattable, pourquoi craindre une bourse de 140 000 F CFA par an ?
Et maintenant, parlons de justice sociale.
Votre parti s’en réclame. Il a absorbé des militants marxistes, et un de ses vice-présidents a présenté Ousmane SONKO comme l’incarnation de la « gauche nouvelle ». Pourtant, regardez vos arguments.
Vous défendez la subvention aveugle contre l’aide ciblée. Amadou BA présente la lutte contre la baisse des subventions énergétiques comme l’un des combats de Pastef. Or, selon une étude du ministère de l’Économie, les 20 % des Sénégalais les plus aisés captent 41 % de ces subventions. Et vous attaquez le financement des bourses, qui vont uniquement aux familles vulnérables. Défendre une aide qui profite d’abord aux plus aisés et contester l’aide aux plus fragiles, ce n’est pas la justice sociale. Là-dessus, je vous laisse avec mon camarade Tanor, éternel et authentique militant de gauche. Tanor, à toi de les arrêter !
Vous appliquez aux pauvres une règle comptable. Selon Amadou BA, la dette ne doit servir « ni au fonctionnement, ni aux subventions ». C’est une règle de prudence. Mais appliquée aux bourses, elle revient à dire que nourrir et instruire les enfants pauvres n’est pas un investissement. Or les évaluations montrent l’inverse : meilleure alimentation, adolescents plus longtemps à l’école.
Vous traitez les pauvres en suspects. Supposer qu’une famille vendrait son vote, c’est du mépris de classe, pas un combat pour le peuple.
Alors posons la vraie question : qu’est-ce qui vous dérange le plus ? Le risque électoral, ou le fait que près de 470 000 familles soient soulagées aujourd’hui, et un million demain ?
Quand votre ministre réclamait plus de moyens pour les bourses, cela s’appelait la justice sociale. Aujourd’hui que ces moyens arrivent, cela s’appellerait de l’électoralisme. La politique a changé de camp. Les familles pauvres, elles, n’ont pas changé.
Aboubakr KA
Ex-membre de Pastef
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About this article
- Length
- 1,084 words · 5 min read
- Published
- October 30, 2026
- Byline
- Antoine Sarr
- Source
- Senego