Comment l’USFP entend transformer la politique agricole marocaine et revaloriser le travail paysan

AI summary
Dans son programme électoral 2026, l’Union socialiste des forces populaires consacre l’un de ses engagements à l’agriculture, avec une ambition affichée dès la première ligne : faire de l’agriculteur un partenaire du développement plutôt qu’un simple bénéficiaire d’aides, de la sécurité alimentaire une priorité nationale, et du monde rural un espace de production, d’investissement et d’emploi. Le programme détaille six volets, du soutien direct au producteur jusqu’à l’adaptation aux changements climatiques, en passant par la souveraineté alimentaire, la valorisation en aval, l’emploi rural et la promotion du produit marocain.
Réorienter l’aide publique
Le premier engagement s’attaque à une critique récurrente de la politique agricole marocaine, celle d’un soutien public capté en priorité par les grandes exploitations. L’USFP propose de réorienter ce soutien vers les petits et moyens agriculteurs, selon des critères d’équité et de productivité plutôt que la seule taille de l’exploitation, avec une distribution garantie via une plateforme numérique unifiée pour éviter les intermédiaires. Le programme y ajoute des financements avantageux réservés aux jeunes agriculteurs, un élargissement de l’assurance agricole contre la sécheresse et les catastrophes naturelles avec prise en charge partielle des primes par l’État, et un fonds dédié à la rénovation des petites exploitations et à l’adoption de techniques économes en eau.
La sécurité alimentaire, une priorité qui se construit
Le deuxième volet érige la sécurité alimentaire en priorité nationale à part entière. Élaboration d’une stratégie garantissant la stabilité de l’approvisionnement en produits de base, priorité donnée à la production de céréales, légumineuses, huiles végétales, sucre et aliments pour bétail, création d’un stock stratégique pour faire face aux crises, encouragement des cultures résistantes à la sécheresse, et accélération de l’investissement dans le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation. Autant de mesures qui répondent à une vulnérabilité que les sécheresses successives et la volatilité des marchés mondiaux ont rendue impossible à ignorer.
Transformer le produit plutôt que l’exporter brut
Le troisième engagement vise à créer de la valeur ajoutée là où, aujourd’hui, une grande partie de la production agricole quitte encore le champ sans transformation. Développement des industries agroalimentaires, création de plateformes régionales de collecte, de stockage, de conditionnement et de commercialisation, soutien aux coopératives et entreprises agricoles locales, encouragement de l’investissement dans les filières à forte rentabilité comme l’huile d’olive, les agrumes, les dattes ou les produits de terroir, et amélioration de la connexion logistique entre zones de production et marchés. L’objectif est de garder au pays, et si possible à l’agriculteur lui-même, la valeur que d’autres captent aujourd’hui en aval.
Le monde rural comme gisement d’emplois
Le quatrième volet traite le monde rural comme un espace économique à part entière plutôt que comme une périphérie à équiper. Création de zones d’activités économiques agricoles et rurales, programme national de soutien aux petites entreprises de transformation et de conditionnement, avec financements avantageux, équipements modernes, accès facilité au foncier industriel en zone rurale et incitations fiscales pour les entreprises installées à proximité des exploitations. Le programme encourage également la création d’entreprises de services agricoles spécialisées dans la mécanisation, l’irrigation ou le conseil technique, le développement de la formation professionnelle agricole reliée aux besoins de l’économie rurale, le soutien aux projets générateurs de revenus pour les jeunes et les femmes, et la généralisation des infrastructures de base, routes, eau, électricité et internet haut débit, dans les zones rurales.
Un label pour que le produit marocain se vende à son prix
Le cinquième engagement s’attaque à la commercialisation, maillon souvent négligé qui prive producteurs et coopératives d’une partie de la valeur de leur travail. Lancement d’un label national unifié pour les produits agricoles de qualité, programme d’accompagnement des coopératives et PME en matière de conditionnement, de marques commerciales et de marketing numérique, création de plateformes de collecte et de commercialisation, facilitation de l’accès aux grandes chaînes de distribution et aux marchés de qualité, soutien à la participation aux salons internationaux, et accompagnement technique pour l’obtention des certifications requises à l’export. Le programme y ajoute une politique de préférence nationale dans les achats publics et les chaînes d’approvisionnement du tourisme et de la restauration, avec un pourcentage minimal réservé aux produits marocains répondant aux critères de qualité, une manière de garantir des débouchés stables aux producteurs locaux sans attendre uniquement les marchés extérieurs.
Une agriculture qui anticipe le climat plutôt que de le subir
Le dernier engagement inscrit l’ensemble de cette politique dans la durée face aux changements climatiques. Généralisation de l’irrigation localisée et de la numérisation de la gestion des exploitations, soutien à la recherche sur les semences résistantes à la sécheresse, encouragement des énergies renouvelables dans les exploitations agricoles, création d’un système national d’alerte précoce sur les risques climatiques, et développement de l’économie circulaire pour la valorisation des déchets agricoles.
En reliant dans un même engagement le soutien direct à l’agriculteur, la souveraineté alimentaire, la transformation industrielle, l’emploi rural, la commercialisation et l’adaptation climatique, l’USFP dessine une agriculture pensée comme une chaîne complète, du champ jusqu’au rayon du magasin, plutôt qu’une politique de guichet où l’agriculteur attend une aide sans jamais peser sur le prix final de ce qu’il produit.
Follow the story
About this article
- Length
- 848 words · 4 min read
- Published
- September 20, 2026
- Byline
- Mehdi Ouassat
- Source
- Libération