En lançant BOMStats, la Banque de Maurice se dote d’une nouvelle plateforme de diffusion de ses statistiques économiques et financières. Pour le Premier ministre Navin Ramgoolam, cette initiative s’inscrit dans une réforme plus large visant à renforcer la qualité des chiffres, la transparence et la crédibilité des institutions.
La Banque de Maurice (BoM) a lancé, jeudi 3 septembre, BOMStats, une base de données centrale destinée à faciliter l’accès aux statistiques économiques et financières. La cérémonie s’est déroulée à Port-Louis en présence du Premier ministre Navin Ramgoolam, de la gouverneure de la BoM, Dr Priscilla Muthoora Thakoor, de ses deux adjoints et de représentants des secteurs public et privé.
La plateforme, développée avec la collaboration du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque africaine de développement, doit permettre aux entreprises, chercheurs, décideurs et citoyens d’accéder plus facilement aux statistiques de la Banque centrale. Elle couvre notamment les secteurs monétaire et financier, les marchés, le secteur extérieur et les systèmes de paiement.
« Une bonne politique économique commence par de bonnes statistiques »
Dans son discours, Navin Ramgoolam a fait de la qualité de l’information économique le fil conducteur de son intervention.
« Les données constituent l’une des ressources les plus précieuses dont dispose un pays », a-t-il déclaré, soulignant leur utilité pour les entreprises dans l’identification des opportunités et la gestion des risques, mais aussi pour les chercheurs et les citoyens.
Pour le Premier ministre, disposer de statistiques fiables permet de mieux mesurer la réalité économique et de fonder les décisions sur des éléments vérifiables plutôt que sur des perceptions.
« Une bonne politique économique commence par de bonnes statistiques », a-t-il insisté.
Il a ainsi présenté BOMStats comme une étape dans la modernisation de la Banque de Maurice, mais aussi dans une démarche plus vaste en faveur de la transparence et d’une prise de décision fondée sur les faits.
Réformer le système statistique
Navin Ramgoolam a rappelé que son gouvernement avait fait de la fiabilité des statistiques et de la gouvernance des organismes producteurs de données une priorité.
Le Statistics Act est en cours de révision afin de renforcer le cadre statistique national, tandis que la Bank of Mauritius Act fait également l’objet d’une révision. Le gouvernement a en outre sollicité une évaluation du FMI dans le cadre d’un ROSC, portant notamment sur la qualité, l’intégrité et la fiabilité des statistiques économiques et financières.
Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de renforcer la coordination entre les différentes institutions concernées et de garantir leur indépendance.
« L’indépendance, l’impartialité, la transparence et la responsabilité des institutions sont essentielles pour instaurer la confiance », a-t-il souligné.
Du SDDS au SDDS+
Le chef du gouvernement est également revenu sur l’évolution du cadre statistique mauricien. Maurice avait rejoint le Special Data Dissemination Standard (SDDS) du FMI en 2012. En mars 2026, le pays a intégré le SDDS+, présenté comme le niveau le plus élevé de ce dispositif.
Maurice est ainsi devenu, selon le Premier ministre, le premier pays africain à rejoindre le groupe d’une trentaine de pays adhérant au SDDS+.
Cette évolution doit, selon lui, contribuer à consolider la crédibilité internationale du pays, la confiance des investisseurs et des agences de notation, ainsi que l’accès aux marchés internationaux.
Les comptes nationaux vont évoluer
Autre chantier annoncé : Statistics Mauritius doit entamer à partir de septembre une révision complète des comptes nationaux, en vue de leur alignement sur le Système de comptabilité nationale 2025 des Nations unies.
Le processus doit s’étaler sur trois ans et Maurice ambitionne de devenir le premier pays africain à adopter ce nouveau référentiel.
Le gouvernement travaille également avec l’assistance technique du FMI à l’amélioration de la méthodologie des comptes nationaux, notamment pour mieux prendre en compte certaines activités du Global Business et assurer une plus grande cohérence avec les statistiques de la balance des paiements.
« Restaurer la confiance »
Le Premier ministre a également rappelé la préparation du State of the Economy Report 2024, présenté comme un exercice destiné à établir une base factuelle sur la situation économique du pays.
« Nous devions établir une base de référence pour les politiques correctives et les réformes et restaurer la confiance », a-t-il expliqué.
Dans cette même logique, il a insisté sur le rôle des institutions dans la solidité d’une économie. Faisant référence à la Grèce, il a estimé que l’absence de changement politique aurait pu conduire Maurice vers une situation comparable, une appréciation qui relève de son analyse politique.
Il a plaidé pour des institutions capables de fonctionner de manière indépendante, impartiale et transparente, estimant que leur qualité constitue un facteur déterminant de la compétitivité d’un pays.
Ramgoolam critique l’ancien gouvernement
Navin Ramgoolam a aussi attribué plusieurs des avancées engagées dans le domaine statistique au changement de gouvernement intervenu en novembre 2024.
Il a notamment cité la nouvelle direction de la Banque de Maurice, son Chief Economic Advisor Jibriyani ainsi que le directeur de Statistics Mauritius, Nipah Chankar.
Le Premier ministre a par ailleurs rappelé que deux anciens responsables ont dû quitter leurs fonctions après avoir refusé de falsifier des statistiques.
À l’issue du lancement, interrogé par la presse sur la dépréciation de la roupie, il a replacé la situation dans une perspective de dix ans. La roupie a perdu 46 % de sa valeur face au dollar américain entre décembre 2014 et octobre 2024. Navin Ramgoolam a également évoqué la rétention de dollars par certains acteurs et le déséquilibre entre importations et recettes en devises.
Des chiffres communiqués à l’Assemblée nationale indiquent par ailleurs que, du 1er janvier au 26 août 2026, les banques et cambistes avaient acheté 5,16 milliards de dollars américains et vendu 5,06 milliards de dollars. La Banque de Maurice a notamment évoqué la rétention de devises par certaines entreprises comme l’un des facteurs pouvant limiter l’offre effective.
« La force d’une économie moderne dépend non seulement des politiques, mais aussi de la qualité des informations », a résumé le Premier ministre.
BOMStats se veut ainsi l’un des outils de cette nouvelle approche, avec pour ambition de rendre les statistiques plus accessibles tout en renforçant la transparence et la confiance dans les institutions économiques du pays.