L’évolution des salaires a-t-elle suivi celle de l’inflation entre 2000 et 2026 ?
Les maladies apparentes du corps social reflètent des dysfonctionnements au sein de l’économie. Ce sont pour tous les pays l’inflation et le chômage, appartenant à tout gouvernement d’en analyser l’essence afin d’atténuer les tensions sociales.
Cette présente contribution, pouvant être appliquée à bon nombre de pays en voie de développement, analyse l’essence du processus inflationniste de l’Algérie et sa relation avec le pouvoir d’achat via l’analyse des salaires. Comprendre le processus inflationniste interne implique, à la fois, de le relier à l’inflation mondiale, aux équilibres macroéconomiques et macro- sociaux internes, et selon une vision dynamique, à la répartition du revenu par couches sociales, l’évolution des salaires et traitements pour déterminer le pouvoir d’achat réel. C’est un problème complexe : l’objectif étant de concilier l’efficacité économique et la nécessaire cohésion sociale, mais ne devant jamais oublier que le besoin n’est pas statique mais historiquement daté devant réactualiser constamment le calcul de l’indice des prix. À titre d’exemple, voyager, avoir un ordinateur et se brancher sur internet sont des besoins nécessaires au même titre que manger.
1.- L’évolution de l’inflation
Pour le FMI après correction des données algériennes tenant compte des prix réels sur le marché de 1970 à fin 2023, la moyenne du taux d’inflation moyen a été de 8,8% par an et durant cette période le taux d’inflation aurait été de 6969,61%, un bien de consommation qui coûtait 100 dinars en 1970, coûte 7069,01 dinars à fin décembre 2023.
Selon Statisca International corrigeant légèrement les données de l’ONS entre 2014 et fin 2023, l’inflation en Algérie a évolué ainsi : de 2014 à 2023 : 2014-2,92%, 2015 4,78%-2016 6,40%- 2017-5,59% – 2018 -4,27%- 2019- 5,60%- 2020- 6,70%- 2021-8,70% – 2022- 10,20% – 2023- 9,2%, -2024 4,1% – 2025 –2,2% septembre 2025 mais avec une reprise accéléré pour les produits de larges consommation durant les 9 premiers mois de 2026. Bon nombre de biens entre 2020/2026 ont connu une hausse entre 100% et 300% comme les pièces détachées et bien d’autres produits tenant compte de l’offre et de la demande car le besoin est historiquement daté. Car nous avons les chiffres officiels et la réalité que vivent quotidiennement les citoyens loin des bureaux climatisés des bureaucrates, les ménages algériens ne mangeant pas les chiffres. C’est que la structure du panier de l’ONS dont les coefficients de pondération du panier de référence ne correspondent pas toujours aux dépenses réelles et marginales des familles face à la cherté de la vie spécifique de certains. Afin de ne pas se tromper de cibles pour paraphraser les stratèges militaires, il faut cerner les causes profondes, l’essence et non les apparences du processus inflationniste où je recense 6 facteurs.
La première raison est la pression démographique et la faiblesse de la production et productivité interne et la non proportionnalité entre la dépense publique et les impacts économiques et sociaux. La population algérienne a évoluée ainsi :– 1960 11,27 millions – 1970 14,69 millions -1980 19,47 millions -1990 26,24 millions -2010 à 37,06 millions et au 1 janvier 2026, 48 millions habitants, -moins de 15 ans : 29 %-15-59 ans : 59 % et 60 ans et plus de 11%. Cela accentue la couverture des besoins à tous les niveaux, consommation, logements, emplois, etc… (voir étude pour la présidence de la République sous la direction du Pr Abderrahmane Mebtoul pour la révision salariale, «Pression démographique, inflation et évolution salariale» en 4 volumes, 560 pages -2008).
La deuxième raison est la faiblesse de la production et de la productivité ? Car, l’Algérie doit avoir un taux de croissance supérieur au taux de croissance de la population pour atténuer le taux de chômage. Le ministère du Travail a fait état de plus de 2 350 000 bénéficiaires de l’allocation chômage (Source APS), soit pour une population active d’environ 13 millions, donnant un taux de chômage officiel de 18% incluant les emplois temporaires et les sureffectifs dans les administrations et entreprises publiques, alors qu’il faut un taux de croissance, selon les institutions internationales de 8/9% sur plusieurs années pour absorber un flux de demande d’emplois par an entre 350.000/400.000 qui s’ajoute au taux de chômage actuel. Or, l’économie algérienne est caractérisée par une désindustrialisation, alors que ce secteur est un des facteurs déterminant de la croissance de l’économie nationale. La part de l’industrie dans le PIB est sur une courbe décroissante entre 1965/2025, 1965/1977 près de 13% du PIB, 11% entre 1985/1999 et 6,6% en 2000/2005 , selon le ministère de l’Industrie et de la Production pharmaceutique, le secteur industriel national en Algérie contribue fin 2023 à 4,1% du PIB (source APS – 12 mai 2024) et certains membres du gouvernement invoque 5% pour 2025. Selon le Premier ministère, l’assainissement des entreprises publiques ont coûté au Trésor public, environ 250 milliards de dollars, durant les trente dernières années à fin 2020, dont plus de 90% sont revenues à la case de départ et plus de 65 milliards de dollars de réévaluation, les dix dernières années à fin 2020, faute de maîtrise de la gestion des projets et ces assainissements ont continué entre 2024 et 2025.
La troisième raison est l’inflation importée du fait de l’extériorisation de l’économie algérienne important près de 85% des biens d’équipement et des matières premières des entreprises et une grande fraction des biens de consommation des ménages, Malgré des dépenses en devises importantes entre 2000/2025 plus de 1200 milliards de dollars d’importations en biens et services en devises (sans compter les dépenses en dinars), la croissance a été en moyenne annuelle 2000-2025 entre 2,5/3,5%, alors qu’elle aurait dû dépasser 9/10% : mauvaise gestion ou corruption ou les deux à la fois.
La quatrième raison est l’accroissement du déficit budgétaire (monétarisation de l’économie par le recours à la planche à billets par les banques centrale avec le risque d’hyperinflation et de perte de confiance généralisée dans la valeur même de la monnaie car en injectant des liquidités massives sans contrepartie de production réelle, les autorités dévaluent silencieusement le pouvoir d’achat et menacent la stabilité financière à long terme. Calculé en référence aux lois de finances , différence entre les recettes et les dépenses fonctionnement et équipements, le niveau varie entre 10 % et 13 % du PIB : Année 2020 : ~16 milliards de dollars -Année 2021 : ~22 milliards de dollars -Année 2022 : ~30,50 milliards de dollars -Année 2023 : ~42 milliards de dollars -Année 2024 : ~46,04 milliards de dollars (soit environ 19,8 % du PIB) Année 2025 : ~61,72 à 63,60 milliards de dollars (soit entre 21,8 % et 22,20 % du PIB, atteignant 8 271,55 milliards de dinars).
Le déficit budgétaire de l’Algérie pour l’année 2026 est officiellement projeté à 40 milliards de dollars par le gouvernement algérien, ce qui correspond à 12,4 % du PIB, ce montant qui représente le solde global du Trésor (basé sur un taux réel d’exécution des dépenses de 70 %), s’inscrit dans une stratégie de réduction du déficit de 35,5 % par rapport à l’exercice précédent. Le déficit budgétaire, c’est une loi universelle appliquée à tous les pays, contribue à accélérer le processus inflationniste. Le prix fiscal et le prix du marché contenu dans les lois de finances de 60/70 dollars étant simplement un artifice comptable. Cette dépréciation du dinar officiel permet d’augmenter artificiellement la fiscalité des hydrocarbures (reconversion des exportations d’hydrocarbures en dinars) et la fiscalité ordinaire (via les importations convertis en dinar dévalué), accentuant l’inflation des produits importés (équipements), matières premières, biens, montant accentué par la taxe douanière s’appliquant à la valeur du dinar, supportée, en fin de parcours, par le consommateur comme un impôt indirect, l’entreprise ne pouvant supporter ces mesures : soit elle licencie ou augmente ses prix pour éviter la faillite, n’existant pas, contrairement aux discours populistes, sans impacts, de patriotisme dans les affaires.
La cinquième raison est la dévaluation rampante du dinar algérien de 1970 à 2026. De 1970 à septembre 2026, nous avons assisté à l’évolution suivante de la cotation officielle 1970 : 4,94 DA pour 1 dollar (équivalent à l’époque à environ 1 franc français). -1980 : 5,03 DA pour 1 dollar. -1995 : 47,68 DA pour 1 dollar (suite à la dévaluation de 40,17 % en avril 1994 dans le cadre de la thérapie de choc du FMI après la cessation de paiement). -2001 : 77,26 DA pour 1 dollar et 69,20 DA pour 1 euro. -2005 : 73,36 DA pour 1 dollar et 91,32 DA pour 1 euro. -2010 : 74,31 DA pour 1 dollar et 103,49 DA ; pour 1 euro ;-2015 : 100,46 DA pour 1 dollar et 111,44 DA pour 1 euro ; -2020 : 128,31 DA pour 1 dollar et 161,85 DA pour 1 euro ; -2025 (septembre) pour 1 dollar 129 DA et 152 DA pour 1 euro ; -2026 (26 septembre) pour 1 dollar 133,65 dinars et 153,21 dinars 1 euro. . Sur le marché parallèle, le 22 septembre 2022, l’euro s’échangeait à 227 dinars à l’achat et 229 dinars à la vente, le dollar américain à 210 dinars à l’achat et 212 dinars soit un écart entre l’officiel et le parallèle de près de 57%. Le 07 mars 2024, nous avons un : euro achat 238 dinars un euro, vente 240 dinars un euro-218 dinars un dollar américain achat, vente 220 dinars – Le 12 mars 2024, la monnaie continue sa dépréciation et un euro s’échange à 241,5 dinars vente au niveau du Square Port Saïd à Alger et un dollar à 223 dinars , entre les 18/20 septembre 2024, l’euro s’échange à 146.79 dinars algériens à l’achat et à 146.82 dinars à la vente.
A fin septembre 2026, l’euro s’échange officiellement autour de 152-153 DA, tandis qu’il atteint DA à la vente sur le marché noir (Square Port-Saïd), environ 275 DA à l’achat et 277 dinars et 1 USD (dollar), 131,63 dinars à l’achat et 239 dinars à la vente.
Abderrahmane Mebtoul
Professeur des Universités
Expert international
(A suivre…)
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- October 6, 2026
- Byline
- Rédaction LNR