
Le Gabon célèbre ce dimanche 30 août le troisième anniversaire du coup d’État qui a renversé le régime des Bongo, désormais appelé « fête de la libération ». Le président Brice Oligui Nguema a prononcé un discours à la veille de la commémoration, rendant hommage aux militaires qui l’ont soutenu.
Oligui Nguema a rappelé les réformes engagées depuis trois ans, sans citer son prédécesseur Ali Bongo. La commémoration se tient à Makokou, ville natale de l’opposant Alain Claude Bilie By Nze, actuellement emprisonné. La ville a bénéficié d’importants investissements pour l’occasion, avec des voiries rénovées et des bâtiments publics réhabilités.
La « libération » du Gabon
30 août au Gabon. La date est devenue, depuis trois ans, un jour férié, chômé et payé sur tout le territoire. Elle commémore le coup d’État militaire qui, en 2023, a mis fin à plusieurs décennies de règne de la famille Bongo. Aujourd’hui rebaptisée « fête de la libération », cette journée est l’occasion pour le président Brice Clotaire Oligui Nguema de dresser un bilan et de réaffirmer les principes qui ont guidé son arrivée au pouvoir. La veille de la commémoration, le chef de l’État s’est adressé à la nation. Sans citer une seule fois son prédécesseur, Ali Bongo, il a rappelé les réformes engagées depuis qu’il dirige le pays. « Le 30 août nous a rendu la liberté de choisir. Il nous impose désormais le devoir de réussir », a-t-il martelé. Un message aux accents solennels, qui entend marquer la rupture avec un passé jugé obsolète tout en appelant à l’unité pour bâtir l’avenir.
Dans son allocution, le président a tenu à rendre hommage aux militaires qui l’ont aidé à prendre le pouvoir il y a trois ans. Un geste de reconnaissance à l’égard de ceux qui ont accompagné ce qu’il considère comme une « libération » des Gabonais. Il a également souligné que cette libération ne s’est pas limitée à l’adoption d’une nouvelle Constitution ou de codes électoraux, mais qu’elle visait à « corriger les dérives qui minent notre société ». Un discours qui se veut programmatique, rappelant que le 30 août n’est pas une fin en soi, mais le point de départ d’une refondation nationale. Le président Oligui Nguema a ainsi cherché à inscrire cette date dans la durée, comme un repère pour les générations futures. Ce sont les actes qui sont attendus, dans un pays où la transition peine encore à convaincre certains observateurs.
Makokou commémore
Cette année, la célébration du 30 août se déroule à Makokou, dans la province de l’Ogooué Ivindo, à l’est du pays. Makokou est la ville natale d’Alain Claude Bilie By Nze, principal opposant au régime, actuellement emprisonné pour une dette de 5 millions de francs CFA remontant à dix-huit ans. Son parti avait dénoncé une instrumentalisation politique de cette affaire, et plusieurs citoyens espéraient sa libération à l’occasion de cette fête. Mais le président n’a fait aucune annonce en ce sens.
Pour accueillir la cérémonie, la ville a bénéficié d’importants investissements. Les voiries urbaines ont été rénovées, des bâtiments publics sont sortis de terre ou ont fait peau neuve. Ce dimanche, une grande parade militaire marque la commémoration, déployant tout le faste du pouvoir en place. Le spectacle destiné à montrer la force de l’État et sa capacité à mobiliser les ressources, même dans une province reculée.
Pas d’Etat de grâce
L’absence de libération de l’opposant Alain Claude Bilie By Nze plane sur la cérémonie. L’opposition, qui espérait un geste de clémence, a été déçue. Cette décision pourrait nourrir un sentiment de frustration dans une partie de la population, qui voit dans cette détention un symbole des limites de la « libération » proclamée par le régime. Le discours du président, bien que ferme, laisse entrevoir les défis qui attendent le Gabon. La transition doit encore consolider ses acquis et répondre aux attentes sociales, économiques et politiques des Gabonais. Le 30 août, célébré en grande pompe à Makokou, est un rappel que l’histoire récente du pays est encore en train de s’écrire.