L’Algérie au cœur d’un nouveau corridor énergétique euro-méditerranéen
La signature, à Alger, de la Déclaration ministérielle relative au projet SoutH2 Corridor marque une nouvelle étape dans la construction d’un partenariat énergétique entre l’Afrique du Nord et l’Europe. Réunissant l’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne, cette initiative dépasse le cadre d’un simple projet d’infrastructures. Elle dessine les contours d’une nouvelle coopération énergétique fondée sur l’hydrogène vert et place l’Algérie au centre d’une future chaîne d’approvisionnement reliant les ressources renouvelables du Sud aux besoins industriels du Nord.
La rencontre ministérielle tenue au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal a permis aux cinq pays de formaliser leur engagement autour d’un projet particulièrement ambitieux.
Le SoutH2 Corridor prévoit, à terme, le transport de quelque 4 millions de tonnes d’hydrogène vert par an depuis l’Algérie vers les marchés européens, à travers un corridor d’environ 3.000 kilomètres.
Derrière ces chiffres se profile une transformation profonde du paysage énergétique méditerranéen.
Pour Alger, l’enjeu est de taille. L’Algérie dispose déjà d’une position historique de fournisseur d’énergie de l’Europe grâce à ses importantes ressources en gaz naturel et à son réseau d’infrastructures.
L’hydrogène vert ouvre désormais une nouvelle perspective : celle de diversifier son offre énergétique et de s’inscrire dans les mutations du marché mondial de l’énergie.
Mais la réussite d’une telle ambition dépendra d’abord de la capacité à produire de grandes quantités d’hydrogène à partir de sources renouvelables.
Le développement du solaire et de l’éolien, la mise en place de capacités d’électrolyse, l’adaptation des infrastructures et la formation de compétences spécialisées constituent autant de conditions indispensables. Le projet impose donc une approche intégrée, allant de la production d’électricité renouvelable jusqu’à l’acheminement de l’hydrogène vers les consommateurs européens.
C’est précisément cette dimension qui donne au SoutH2 Corridor son caractère stratégique. Il ne s’agit pas uniquement de construire une nouvelle voie d’exportation. Il s’agit de mettre en place une chaîne industrielle associant producteurs d’énergie, opérateurs de réseaux, industriels et utilisateurs finaux.
La création d’un Secrétariat chargé notamment de l’appui technique, avec le soutien de l’Onudi, doit contribuer à renforcer cette coordination entre les différents partenaires.
Le projet intervient également dans un contexte où l’Europe cherche à accélérer sa transition énergétique et à développer de nouvelles sources d’approvisionnement en hydrogène. L’Italie constitue, dans cette architecture, un point de passage essentiel vers le continent européen, tandis que l’Autriche et l’Allemagne représentent d’importants pôles industriels susceptibles de constituer des débouchés pour cette nouvelle énergie.
Pour l’Algérie, le véritable enjeu sera toutefois de ne pas limiter cette dynamique à l’exportation d’une nouvelle matière énergétique. Le développement de l’hydrogène peut également constituer une opportunité pour renforcer l’industrie nationale. La fabrication d’équipements, les électrolyseurs, la maintenance, l’ingénierie, la recherche et la formation peuvent contribuer à créer une véritable filière industrielle autour de cette énergie.
Les différentes initiatives engagées depuis 2024 vont dans ce sens. Sonatrach et Sonelgaz ont déjà établi des partenariats avec plusieurs acteurs européens afin d’étudier la faisabilité du projet et les conditions de production et d’exportation de l’hydrogène vert.
Les accords conclus avec des groupes industriels allemands viennent également renforcer cette orientation vers la technologie, la fabrication d’équipements et le développement des compétences.
La Déclaration d’Alger traduit ainsi une évolution importante : la coopération énergétique entre l’Algérie et l’Europe tend progressivement à s’élargir du gaz naturel aux énergies de demain. Cette évolution ne signifie pas la disparition des hydrocarbures, mais l’ouverture d’un nouveau chapitre dans les relations énergétiques entre les deux rives de la Méditerranée.
Le chemin reste néanmoins long avant la concrétisation du projet. Les investissements nécessaires seront considérables et plusieurs défis devront être relevés, notamment en matière de coûts de production, d’infrastructures, de financement, de réglementation et de sécurisation des débouchés.
La réunion d’Alger constitue donc davantage qu’une cérémonie de signature. Elle traduit une volonté politique de faire émerger un nouvel espace énergétique euro-méditerranéen.
Pour l’Algérie, le défi sera désormais de transformer cet engagement en capacités industrielles réelles et de faire de l’hydrogène vert non seulement une nouvelle source d’exportation, mais aussi un levier de diversification économique et de développement industriel.
Larbi Balta
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- 683 words · 3 min read
- Published
- October 3, 2026
- Byline
- Rédaction LNR