
Les électeurs de Saxe-Anhalt, Land de l'est du pays, sont appelés aux urnes pour des élections régionales le 6 septembre 2026. L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) pourrait y remporter une majorité et accéder ainsi au pouvoir. Il s'agirait d'une première dans le pays pour un parti d'extrême droite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
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De notre correspondant à Berlin,
Cette campagne des régionales de l'AfD mobilise bien loin des modestes rassemblements des partis concurrents et s'illustre dans les derniers sondages : ceux-ci créditent l'AfD en Saxe-Anhalt de 42% des intentions de vote, contre 20% il y a cinq ans. Jamais le parti d'extrême droite, créé en 2013, n'a obtenu un tel score dans une région allemande, même dans l'est du pays où il est la première force.
Aujourd'hui, l'Alternative pour l'Allemagne arrive en tête des sondages sur le plan national avec près de 30% des intentions de vote. Les dernières élections régionales dans la partie Ouest du pays ont montré, avec des percées spectaculaires, que ce parti est désormais une force centrale dans toute l'Allemagne.
L'AfD est un des partis d'extrême droite les plus radicaux en Europe parmi ceux qui comptent. Et la fédération de Saxe-Anhalt a produit un programme plus radical qu'au plan national. Les thèmes de l'immigration et de la sécurité figurent logiquement en bonne place. Le parti veut utiliser toutes les marges de manœuvre possibles pour renvoyer un maximum de migrants en situation irrégulière. Il veut obliger les demandeurs d'asile à effectuer des travaux d'intérêt général sous peine de perdre les aides dont ils bénéficient. Mais d'après l'analyse de chercheurs, 21 des 56 mesures migratoires proposées ne peuvent être mises en œuvre qu'au niveau fédéral ou européen.
Au-delà des propositions concrètes envisagées, les milieux économiques s'inquiètent d'un état d'esprit hostile aux migrants, alors que la Saxe-Anhalt, qui a perdu un tiers de sa population depuis la réunification, a besoin de main-d'œuvre étrangère. L'ordre des médecins dans la région a lancé un appel pour souligner combien le réseau médical et hospitalier en Saxe-Anhalt serait exsangue sans ces migrants déjà nombreux.
Les personnes concernées sont aussi souvent inquiètes. Un gouvernement dirigé par l'AfD est, pour beaucoup, une menace, même si le parti corrige le côté radical de son programme en soulignant qu'il ne rejette que l'immigration illégale, et que les migrants intégrés et disposant d'un travail sont les bienvenus. L'espoir de l'AfD que des Allemands « patriotes » qui ont quitté la région reviennent dans leur Land d'origine pour combler l'impasse démographique paraît, en revanche, assez illusoire.
La radicalité du programme de l'AfD s'illustre également sur les dossiers culturels. Le parti veut « penser allemand » et dénonce des théâtres et autres institutions trop ouvertes sur le monde ou trop modernes comme le Bauhaus, prestigieux héritage des années 1920, classé au patrimoine de l'Unesco et qui attire de nombreux touristes en Saxe-Anhalt. Les milieux culturels se mobilisent contre ce qu'ils considèrent comme une possible mise au pas.
L'AfD, qui critique très régulièrement les médias publics (ainsi que d'autres), veut dès son arrivée au pouvoir rompre le contrat qui rattache la région au réseau de radio-télévision publique ARD. Et à l'école, l'obligation scolaire doit disparaître ; les programmes inclusifs pour les handicapés seraient remis en cause ; les cours d'histoire ne devraient plus être centrés sur la culpabilité allemande liée au IIIeme Reich mais mettre en avant les chapitres positifs de l'histoire nationale. Autant de mesures que le parti pourrait éventuellement appliquer, car les régions disposent d'une large autonomie en matière de culture et d'éducation.
Durant cette campagne, l'AfD s'efforce toutefois de relativiser, depuis quelques semaines, des propositions qui font polémique, notamment l'inclusion des enfants handicapés ou le rejet des migrants.
Le programme pour les 100 premiers jours est beaucoup moins ambitieux et ne propose avant tout que des mesures symboliques peu ou pas coûteuses. L'Institut économique de recherche de Halle, dans la région, a montré dans une étude que le programme de l'AfD était difficilement finançable. Faute de hausses d'impôts ou de réductions sensibles des dépenses, il creuserait le budget de la région dans une proportion irréaliste. Les responsables du parti expliquent aujourd'hui que leurs propositions, notamment une politique nataliste et familiale, sont à comprendre sur la durée.
Mais le programme du parti est secondaire durant cette campagne. L'AfD surfe sur le sentiment d'identité égratigné des Allemands de l'Est, dont 60% ont l'impression d'être, depuis la réunification, des citoyens de seconde zone. Cela n'est pas un hasard si le candidat Ulrich Siegmund organise des tours très populaires où il emmène avec lui sur les routes des centaines de personnes sur leurs Simson, mobylettes est-allemandes d'un autre âge.
L'AfD mise sur la « revanche de l'Est », le rejet du système politique, le manque de confiance dans la démocratie, l'impopularité massive du chancelier Friedrich Merz – que la CDU a préféré cacher durant la campagne avec deux déplacements en catimini. Tout cela explique pourquoi ils sont beaucoup à placer leurs espoirs dans l'AfD. Les Est-Allemands ont le sentiment qu'un renouveau est possible.
Mais malgré cet engouement pour le parti d'extrême droite, une majorité de la population et de la classe politique lui restent hostiles. Cela explique la mobilisation de la société civile avec différentes initiatives qui mobilisent contre l'AfD sur les réseaux sociaux, avec des affiches ou des manifestations comme celle prévue samedi 5 septembre dans la capitale régionale, Magdebourg.
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L'Allemagne a les yeux rivés vers la Saxe-Anhalt, où un tremblement de terre politique se déclencherait dimanche 6 septembre au soir si l'AfD parvenait à obtenir une majorité en sièges au parlement régional. C'est à cette seule condition que Ulrich Siegmund se dit prêt à accéder au pouvoir. Ses espoirs pourraient être mis à mal également selon le score de petits partis comme les Verts.
Les chrétiens-démocrates, qui gouvernent la région depuis un quart de siècle – aujourd'hui avec les sociaux-démocrates et les libéraux –, sont très largement distancés, seulement crédités de 22% dans les derniers sondages. Le nouveau ministre-président de la Saxe-Anhalt, Sven Schulze, qui a pris ses fonctions seulement en janvier 2026, ne bénéficie pas du bonus dont profitent des barons régionaux qui sont en place depuis longtemps. Son seul espoir réside dans un échec de l'AfD à atteindre la majorité absolue en sièges.
Mais Sven Schulze serait alors confronté à une équation quasi insoluble pour gouverner si le score de la CDU reste bas dimanche soir. Il lui sera difficile de garder la main sur le Land, sans compter sur le mouvement de gauche Die Linke, avec lequel les chrétiens-démocrates refusent officiellement de s'allier. Dans les régions voisines de Thuringe et de Saxe, la CDU a dû faire des contorsions idéologiques pour bénéficier officieusement d'un soutien sans participation de Die Linke.
Pour l'AfD, une telle constellation serait du pain béni. L'extrême droite pourrait à nouveau dénoncer la « collusion » des partis établis contre elle. À se demander si cette option ne lui serait la plus favorable, car arriver au pouvoir en Saxe-Anhalt, avec toutes ces promesses et en ayant nourri de grands espoirs peu réalistes, pourrait provoquer une désillusion de la base.
L'AfD n'a ni le personnel ni les compétences pour diriger une région. Pour la direction nationale du parti, qui n'a d'yeux que pour les élections fédérales de 2029, il est préférable de conserver sa « virginité politique » et de faire fructifier un peu plus les déjà très bons résultats de l'AfD dans les sondages.
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