
Construire une maison en milieu insulaire est un parcours du combattant. En plus de l’acheminement du matériel par pirogue, l’accès à l’eau constitue un immense défi.
Diouré n’est pas le seul village insulaire confronté au manque d’eau. Siwo, un village de la commune de Bassoul, paie également un lourd tribut. À l’exception de la période hivernale, les habitants embarquent des bidons dans les pirogues durant toute l’année, à la recherche d’eau à Thiallane ou à Diogane.
Contrairement à Diouré, Siwo bénéficie du programme d’adduction d’eau. Mais, le problème ici, c’est que la pression est trop faible. Finalement, les robinets ne fonctionnent plus comme prévu. Ainsi, avant l’arrivée de l’hivernage, de jeunes gaillards se rendaient, chaque jour à Thiallane où ils se ravitaillaient dans les maisons à proximité de la plage.
À en croire Abdou Senghor, acteur de développement à Siwo, la situation ne s’améliore que durant trois mois, c’est-à-dire la saison des pluies (entre juillet et septembre). Cependant, même durant cette période bénie, l’obtention du liquide précieux n’est pas aussi évidente qu’on puisse le penser.
« Tout le monde ne reçoit pas d’eau durant ces trois mois. Elle ne concerne que quelques maisons avec une pression trop faible », renseigne M. Senghor. Preuve à l’appui, le jeune homme montre des images insolites dans son téléphone. En effet, on y voit des jeunes sur la plage de Siwo, en train de remplir d’eau de mer plusieurs bidons.
« Quand je travaillais, je mélangeais l’eau douce avec celle de mer. C’était la seule solution pour avoir une quantité assez importante pour la construction. Mais, certains utilisaient simplement l’eau de mer pour le moulage des briques puis les arrosaient avec l’eau douce. Cela permet de mieux utiliser le peu d’eau douce qu’on a », révèle-t-il.
Malang Senghor, un autre jeune natif du village de Siwo, a éprouvé toutes les peines du monde pour bâtir sa maison à cause de la pénurie d’eau. Ainsi, le jeune homme a bravé l’obscurité des bolongs à plusieurs reprises.
Entre le chantier et la corvée de l’eau, M. Senghor n’a eu aucun répit durant presque une vingtaine de jours. Puisque la construction d’un bâtiment nécessite énormément d’eau, tous les deux jours, il embarquait plusieurs bidons dans une pirogue à destination de Thiallane ou de Diogane.
Le plus souvent, en pleine nuit. « Je quittais souvent notre village à 22h pour arriver à Thiallane aux environs de 23h. Une fois là-bas, des amis m’aidaient à puiser et à charger les bidons dans la pirogue », raconte-t-il.
Le remplissage des bidons pouvait durer 3h. C’est généralement aux environs de 2h du matin qu’il rentrait à Siwo. Avec ces voyages nocturnes, à travers le bolong obscur, il bravait constamment le danger.
« J’ai vécu deux situations compliquées à Thiallane. En pleine nuit, le moteur est tombé en panne et nous sommes restés dans la pirogue pendant des heures à le réparer. J’ai appelé mes amis de ce village voisin qui ont emprunté un autre moteur pour moi », raconte Malang.
Lui et son petit frère ont également affronté la marée basse. Une fois, la pirogue s’était immobilisée en cours de route. Il fallait donc descendre tous les bidons qui étaient déjà rangés pour pousser l’embarcation vers le canal. Une fois que la pirogue a retrouvé le bas-fond, ils ont dû embarquer encore les bidons pour arriver à Siwo à 5h.
Comparé à Thiallane, le village de Diogane semble être l’option la plus simple pour Malang Senghor, au regard des nombreuses péripéties nocturnes. Ainsi, pour Diogane, il pouvait aller le jour sans aucun risque. Mais, derrière cette facilité, se cache un réel souci. En effet, le château d’eau de ce village offre une eau saumâtre qui n’est destinée qu’aux travaux.
Sinon, pour trouver une eau douce, Malang devait se rapprocher des maisons raccordées au réseau d’adduction d’eau. Si la situation est moins grave dans certains villages insulaires, force est de constater que la commune entière de Bassoul est confrontée au manque d’eau.
Bien que le programme d’adduction d’eau soit présent dans les îles, d’une façon générale, la pression n’est pas tout à fait normale, avec beaucoup d’irrégularités dans pratiquement toutes les localités traversées par le tuyau d’eau.
Cependant, la situation est moins alarmante à Djirnda, commune voisine de Bassoul. Si l’on s’en tient aux explications du maire Badara Diome, l’adduction ne pose pas problème dans cette collectivité locale, mis à part les villages de Fayako et de Félir qui ne sont pas encore raccordés.
« Ce sont des villages excentrés. Mais, nous sommes dans les démarches pour qu’ils soient inclus dans le programme d’adduction d’eau des îles du Saloum », rassure M. Diome. L’édile de Djirnda précise, dans le même sillage, que deux possibilités de raccordement s’offrent à ces villages.
Ils peuvent, soit être rattachés à la commune de Loul Sessène (département de Fatick), soit à celle Nioro Alassane Tall, dans le département de Foundiougne. Pour les villages de Djirnda déjà raccordés, au nombre de neuf, il se pose le souci de l’extension.
Du côté de la mairie, c’est une priorité que de faire parvenir l’eau dans certains endroits de ces villages qui grandissent naturellement. Selon Badara Diome, des hameaux comme Ndindé n’ont pas aussi été raccordés. « Les habitants de ce hameau vont chercher de l’eau à Djirnda, à bord d’une pirogue », rappelle l’autorité locale.
Par El hadji Fodé SARR (De retour de Foundiougne)