
Les accusations portées mardi par le député Cheikh Bara Ndiaye ont relancé les spéculations sur l'avenir politique d'Abass Fall à la tête de la mairie de Dakar. Le parlementaire du groupe Pastef affirme détenir des preuves de manœuvres visant à installer une délégation spéciale à la capitale, évoquant un scénario comparable à la chute de l'ancien maire Khalifa Sall. Mais concrètement, par quels mécanismes juridiques et politiques un maire en exercice peut-il perdre son fauteuil ? Le Code général des collectivités territoriales prévoit un nombre limité de situations dans lesquelles une délégation spéciale — une administration provisoire chargée de gérer les affaires de la commune — peut se substituer à une équipe municipale élue. Trois cas de figure sont juridiquement possibles : La dissolution du conseil municipal. Lorsque le fonctionnement d'un conseil municipal se révèle durablement impossible — blocages répétés, paralysie institutionnelle —, sa dissolution peut être prononcée par décret, après avis du Conseil d'État. C'est l'hypothèse la plus fréquemment évoquée dans ce type de crise politique. La démission collective des conseillers. Si la totalité des membres du conseil municipal venait à démissionner de leurs fonctions, une délégation spéciale serait automatiquement nommée par arrêté du ministre chargé des Collectivités territoriales, dans les huit jours suivant l'acceptation des démissions. C'est ce scénario qui semble sous-tendre les accusations du député, selon lequel des acteurs politiques chercheraient à obtenir le départ d'une partie des élus municipaux pour rendre le conseil inopérant. L'annulation définitive de l'élection de tous les membres du conseil. Un troisième cas, plus rare, concerne l'annulation contentieuse de l'ensemble du scrutin municipal par la justice électorale. Dans les trois cas, une nouvelle élection doit en principe être organisée dans un délai de six mois, prorogeable par décret motivé.
C'est ce scénario que redoute ouvertement Cheikh Bara Ndiaye lorsqu'il évoque un parallèle avec l'ancien maire de Dakar. Khalifa Sall avait perdu son mandat en 2018 après avoir été condamné en justice pour des faits de détournement de deniers publics et faux et usage de faux, une condamnation ayant entraîné sa déchéance de ses fonctions électives et l'installation d'une délégation spéciale à la mairie de Dakar. Le député affirme redouter la mise en place d'un mécanisme comparable contre Abass Fall — évoquant des accusations de diffamation ou d'autres griefs judiciaires — qui aboutirait, en cas de condamnation, à une perte automatique de son mandat de maire. Il importe de souligner que ces déclarations, si elles émanent d'un député du parti au pouvoir lui-même, reposent pour l'heure sur des affirmations non étayées publiquement. Cheikh Bara Ndiaye n'a produit aucune preuve tangible à l'appui de ses accusations, se contentant d'affirmer en détenir. Le même député avait par ailleurs affirmé, dans une sortie distincte, que le président
Bassirou Diomaye Faye
envisagerait lui-même de démettre Abass Fall de ses fonctions — une allégation, là encore, présentée comme reposant sur des « sources sûres » non identifiées. En l'état du droit Sénégalais, Abass Fall ne peut donc perdre la mairie de Dakar que par l'une de ces voies : une dissolution du conseil municipal par décret, une vague de démissions des conseillers municipaux rendant l'institution inopérante, ou une condamnation judiciaire personnelle entraînant la déchéance de son mandat. Aucun de ces scénarios n'est aujourd'hui engagé de manière officielle ou publique ; les propos de Cheikh Bara Ndiaye relèvent, à ce stade, de l'alerte politique et non d'une procédure constatée.