Impôt sur la fortune, TVA, classe moyenne, pouvoir d’achat… Ce que contient vraiment le plan fiscal de l’USFP

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Dans son programme électoral 2026, l’Union socialiste des forces populaires consacre l’un de ses engagements à la réforme fiscale, avec une conviction simple posée en préalable : la justice fiscale est l’un des chemins obligés vers l’État social, et le système d’imposition doit cesser d’alourdir la charge des salariés et de la classe moyenne pour devenir un instrument d’équité et de contribution juste à l’effort public. Le programme ne se limite pas à ce constat. Il détaille cinq volets, de l’allègement de la pression sur les ménages jusqu’à la fiscalisation des grandes fortunes, en passant par l’élargissement de l’assiette, la réforme de la TVA et une refonte du calcul de l’impôt autour de la famille plutôt que de l’individu.
Un revenu net qui augmente sans attendre la croissance
Le premier engagement s’attaque directement au pouvoir d’achat des salariés et de la classe moyenne. Révision des tranches de l’impôt sur le revenu d’au moins deux points, relèvement progressif de la tranche exonérée jusqu’à 50 000 dirhams par an, déduction d’une partie des dépenses d’éducation, de santé et de logement de l’assiette imposable, et révision de l’impôt sur les pensions de retraite. Autant de mesures qui n’attendent pas les fruits hypothétiques d’une croissance future pour améliorer le revenu disponible des ménages, mais qui agissent directement sur le montant prélevé chaque mois.
Élargir la base plutôt que serrer la vis aux mêmes
Le deuxième volet s’attaque à un déséquilibre que le parti connaît bien pour l’avoir dénoncé, sans succès, lors des précédents débats budgétaires : celui d’une pression fiscale qui pèse toujours sur les mêmes catégories, déjà en règle, pendant qu’une partie de l’activité économique reste hors du radar de l’administration. Intégration progressive des activités informelles dans l’économie organisée, généralisation de la facturation électronique et de la déclaration numérique des transactions, renforcement de la coordination entre administrations fiscales et institutions financières, durcissement des sanctions contre la fraude organisée. Le principe directeur tient en une phrase, élargir la base des contribuables plutôt qu’augmenter la pression sur ceux qui paient déjà.
Une TVA qui cesse de s’accumuler sur le dos du consommateur
Le troisième engagement s’attaque à un mécanisme technique aux effets très concrets sur le panier des ménages. Réduction ou exonération des produits de première nécessité soumis à des taux élevés, et surtout achèvement de la réforme de la taxe sur la valeur ajoutée pour garantir sa neutralité économique, en élargissant le droit à déduction et en accélérant le remboursement des crédits de TVA accumulés par les entreprises. Le programme fixe un délai légal de traitement de ces remboursements ne dépassant pas trente jours, avec un principe de remboursement automatique pour les dossiers en règle, une procédure accélérée pour les entreprises exportatrices, et un mécanisme dédié aux dossiers en souffrance. L’objectif est double, empêcher que la charge fiscale ne se déplace d’un maillon à l’autre de la chaîne de production jusqu’à se répercuter sur le prix final, et améliorer la trésorerie des entreprises pour renforcer leur capacité à investir et à créer des emplois. Le texte y ajoute un mécanisme d’évaluation périodique et indépendant de l’impact de la fiscalité sur le pouvoir d’achat et l’inflation, avec des rapports annuels soumis au Parlement, et un principe de révision automatique de toute disposition fiscale dont l’effet négatif serait avéré.
Faire contribuer la richesse à la richesse
Le quatrième volet aborde le sujet le plus sensible du programme, celui d’un impôt progressif sur les grandes fortunes nettes dépassant un plafond fixé par la loi, avec exonération explicite des actifs productifs et des investissements créateurs de richesse et d’emplois. Le produit de cet impôt serait réservé au financement de l’école publique, au développement du système de santé et au renforcement de la protection sociale et de la réduction des disparités territoriales. Le programme prévoit également un registre national unifié des grandes fortunes et un renforcement des mécanismes d’échange d’informations financières et foncières, ainsi qu’un système fiscal distinguant la richesse qui produit de la richesse de celle qui reste inexploitée, de manière à encourager l’investissement productif plutôt que la thésaurisation ou la spéculation.
L’impôt calculé sur la famille, pas sur l’individu isolé
Le dernier engagement propose un changement de logique plus structurel encore, celui de faire de la famille, et non du seul individu, l’unité de référence du calcul de l’impôt sur le revenu. Le nombre d’enfants et de personnes à charge serait pris en compte dans ce calcul, et des incitations fiscales seraient accordées aux familles assumant les frais d’éducation, de formation ou de soins de santé de personnes en situation de handicap ou de personnes âgées. Une manière de reconnaître, dans le calcul même de l’impôt, ce que chaque foyer supporte réellement comme charges, plutôt que de traiter chaque contribuable comme s’il vivait seul.
En articulant dans un même engagement l’allègement de la charge sur les salariés, l’élargissement de la base fiscale, la neutralité de la TVA, la contribution des grandes fortunes et la prise en compte de la famille, l’USFP dessine une fiscalité pensée comme un outil de justice sociale autant que de financement de l’État, plutôt qu’un simple levier de recettes.
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About this article
- Length
- 846 words · 4 min read
- Published
- September 18, 2026
- Byline
- Mehdi Ouassat
- Source
- Libération